Par Sihem Bounabi
L’Association des distributeurs pharmaceutiques algériens (Adpha) est montée au créneau pour se défendre, d’une part, contre les récentes accusations du ministre de l’Industrie pharmaceutique de pratiques illégales de rétention de médicament et de vente concomitante, et d’autre part, assurer de «la mobilisation de ces membres pour l’approvisionnement régulier et équitable du marché du médicament».
L’Adpha souligne ainsi qu’elle est «légitimement préoccupée par toute une série d’accusations infondées qui tendent à rendre les grossistes répartiteurs, responsables des dernières perturbations ayant touché le marché interne de médicaments, notamment ceux en rapport avec les protocoles de traitement de la pandémie» dans un communiqué publié vendredi dernier.
L’Adpha a aussi tenu à rassurer quant à «la garantie de l’approvisionnement régulier et équitable du marché national en produits pharmaceutiques» en insistant sur «la mobilisation totale de ses membres» afin de «continuer à garantir l’approvisionnement en produits pharmaceutiques à travers l’ensemble du territoire national et ce, malgré un contexte économique difficile, marqué par la persistance des effets délétères de la pandémie de la Covid-19 ; qui continue de déstabiliser en profondeur les réseaux de production et de distribution en Algérie et de par le monde».
Désignée comme principale responsable de la tension et de la pénurie de médicaments enregistrées ces dernières semaines, surtout concernant les traitements des malades Covid, à l’instar du Paracétamol et de l’Enoxaparine, l’Adpha, estime que «l’ensemble des acteurs de notre système de santé publique, à quelque niveau où ils exercent, doit pouvoir travailler dans l’harmonie, le calme et la sérénité avec les pouvoirs publics, garants en dernier ressort de la sécurité sanitaire nationale». Il est à noter que la sortie médiatique de l’Adpha intervient au lendemain d’un durcissement de sanctions envers les distributeurs de médicaments.
En effet, le ministère de l’Industrie pharmaceutique a annoncé, jeudi dernier, que 20 mises en demeure ont été adressées à des établissements pharmaceutiques de distribution pour rétention de médicaments inscrits dans le protocole de traitement de la Covid-19, ainsi que la fermeture provisoire de 2 établissements pharmaceutiques de distribution. Il est précisé à ce sujet que «32 opérations d’inspection ont été diligentées en direction des établissements pharmaceutiques de distribution au Centre, à l’Est et à l’Ouest du pays, où il a été constaté le non-respect des dispositions de la réquisition du 18 janvier 2022 ainsi que la rétention d’une importante quantité de médicament anti-Covid-19, notamment l’Enoxaparine et le Paracétamol et pour lesquelles 20 mises en demeure ont été prononcées».
Le communiqué du ministère de l’Industrie pharmaceutique annonce également la fermeture provisoire de deux d’établissements pharmaceutiques de distribution, en l’occurrence Sarl Attiryak Pharm, à Constantine, et Société Emir pharmaceutique, à Alger, pour «non-respect de l’obligation de mise à la disposition des officines de toutes les quantités disponibles en stock dans un délai maximum de 48 heures et pour pratique commerciale illégale, à savoir vente concomitante et vente dites par packs».
L’intensification de ces opérations de contrôle se déroule dans «le cadre de la lutte contre les pratiques illégales de spéculation, de rétention ou de ventes concomitantes et en vue de garantir la disponibilité et l’approvisionnement continu des pharmacies d’officine en produits pharmaceutiques inscrits au protocole thérapeutique de la Covid-19» selon, le ministère de l’Industrie pharmaceutique, qui rappelle qu’une boite mail requetemedic@miph.gov.dz est mise à la disposition des pharmaciens d’officine, victimes de ces pratiques commerciales illégales. Ils peuvent porter directement leurs réclamations à la connaissance des services de l’Inspection générale relevant du ministère.
Par ailleurs, afin de mieux réguler le secteur du médicament, un cahier des charges des distributeurs de produits pharmaceutiques en gros et des dispositifs médicaux sera publié dans les prochains jours. Le ministre de l’Industrie pharmaceutique a ainsi planché sur une trentaine d’articles qui définissent les obligations du distributeur en gros de produits pharmaceutiques et dispositifs médicaux. Parmi elles, selon certains médias qui ont reçu une copie du nouveau cahier des charges, il est exigé que «les établissements pharmaceutiques de distribution doivent obtenir en permanence un stock minimum couvrant une période de vente de trente jours de produits pharmaceutiques essentiels pour répondre aux besoins des officines ou autres, qu’ils approvisionnent et doivent couvrir au moins les deux-tiers de la nomenclature». De même, concernant la réquisition de ces établissement, il est aussi souligné que «pour des raisons de disponibilité et d’accessibilité aux produits pharmaceutiques et dispositifs médicaux essentiels, l’établissement pharmaceutique s’engage à distribuer des produits à titre dérogatoire, à la demande du ministère chargé de l’Industrie pharmaceutique» et ce «pour répondre aux besoins prioritaires de la population». <