Le nouveau procès de l’assassinat, en 2010, du chef de la police (DGSN) Ali Tounsi, a conclu vendredi à la culpabilité de l’accusé Chouaïb Oultache. Le traitement du dossier, lancé jeudi dernier par le Tribunal correctionnel près la Cour d’Alger, a ainsi abouti à la prononciation d’une peine de «prison à perpétuité». Un verdict qui fait suite à la demande du Procureur général requérant la «peine capitale» contre l’accusé.
Chouaïb Oultache, qui était, pour rappel, le chef de l’unité aérienne de la DGSN, avait immédiatement été arrêté après la mort de son supérieur le 25 février 2010. Il avait écopé le 27 février 2017, à l’issue du premier processus judicaire de la peine capitale, prononcée à l’époque par le même Tribunal criminel près la Cour d’Alger.
Jugement de faits qui remontent ainsi à plus d’une décennie. Le déroulement de ce nouveau procès a notamment été marqué jeudi par les déclarations de l’accusé, soutenant en substance avoir tiré sur son supérieur par légitime défense. Chouaïb Oultache, poursuivi pour «homicide volontaire avec préméditation», «tentative de meurtre» et «possession d’arme à feu de 4e catégorie sans autorisation», a en ce sens fait savoir, sans toutefois convaincre la Cour, qu’il n’avait aucune raison de tuer son supérieur. L’accusé niant au passage tout différend au sujet d’un prétendu «marché» : «Il n’y avait entre nous aucun différend qui m’aurait amené à commettre un crime pour un marché.» Quant aux circonstances qui l’auraient amené dans le bureau d’Ali Tounsi au siège de la DGSN et à ouvrir le feu, Chouaïb Oultache déclare : «Je n’avais aucune intention de tuer Ali Tounsi et tout s’est passé très vite. Je n’avais sorti mon arme qu’après avoir eu la certitude qu’il (Ali Tounsi) allait m’attaquer avec un coupe-papier. Je l’avais d’abord averti en tirant en l’air, mais comme il ne s’est pas arrêté j’ai dû tirer quatre autres balles sur sa main et non pas à sa tête comme cela été rapporté».
Version de l’accusé qui a largement été contestée par les témoignages des parties civiles ; l’ancien chef de la Sûreté d’Alger, Abderabi Abdelmoumène, a en ce sens expliqué qu’il avait lui-même été victime d’une tentative d’assassinat par l’accusé immédiatement après qu’il ait assassiné Ali Tounsi. Chouaïb Oultache aurait, en effet, porté des coups contre Abderabi Abdelmoumène. Ce dernier déclarant avoir reçu «des coups sur la tête assénés par l’accusé, dès que ce dernier a quitté le bureau de la victime». Les relations entre Chouaïb Oultache et les cadres de la DGSN étaient par ailleurs «crispées» selon les dires Abderabi Abdelmoumène, qui évoque aussi l’existence d’un différend entre les deux parties. «Un désaccord professionnel (qui) n’avait rien de personnel».
Audience de jeudi qui a, par ailleurs, été marquée par l’audition de la veuve d’Ali Tounsi, qui a demandé à la Cour l’application de la justice, en affirmant que son mari est «le martyr du devoir et le martyr de la patrie». L’audition de Daimi Youcef, ancien directeur de l’administration générale à la DGSN, a quant à elle laissé entendre que l’assassinat s’est produit très vite et sans alerter quiconque aux alentours du bureau du DGSN. L’ex-responsable explique, en effet, que les cadres présents à une réunion, tenue près du bureau d’Ali Tounsi «n’avaient entendu aucun coup de feu au moment des faits». Les présents avaient par ailleurs vu l’accusé Oultache, sortir du bureau de la victime, en menaçant toutes les personnes présentes qu’il leur réservait le même sort «que celui de Ali Tounsi», ajoute en substance Daimi Youcef.
Et à propos des considérations techniques de l’enquête, il est à préciser que les avocats de la défense ont demandé jeudi un nouvel examen des procès-verbaux de constat dans cette affaire, notamment l’arme portée par l’accusé en expliquant que les étuis des balles présentés en tant que preuves lors de l’audience «ne sont pas à Oultache». Une demande toutefois refusée par la présidente, qui explique, selon l’APS, «l’expertise réalisée n’a pas à être remise en cause» avant d’ajouter plus loin : «Je ne remets pas en cause l’expertise faite et il est inconcevable de tester l’arme du crime dans la salle.» n