L’entente préalable sur une diminution de l’offre mondiale de dix millions de barils de brut par jour, à partir de mai, est bien une nouvelle un tant soit peu lénifiante dans un océan d’inquiétude. La pandémie mondiale de Covid-19, qui frappe outrageusement le monde, est venue insuffler un effet grossissant à une crise du brut qui donnait déjà à voir un forum sans pitié. Notamment pour les plus fragiles. L’arrêt d’une grande partie des activités économiques en raison de l’épidémie de coronavirus a provoqué une chute considérable de la demande mondiale, de 30%. Environ trente millions de barils par jour, au moment même où l’Arabie saoudite et la Russie inondaient le marché avec une offre accrue. L’attitude de ces deux acteurs importants, avec en parallèle une posture américaine à la limite du cynisme, n’étaient pas pour rassurer. L’Algérie, qui a longuement appelé à une réduction «globale, massive et immédiate» de la production, tente de peser de son poids afin que les «mastodontes» reviennent à la raison, pour s’installer dans une posture qui arrange le plus grand nombre. La position de l’Algérie devrait être à l’évidence appuyée par d’autres membres, dont les économies sont fortement dépendantes de ce cours du brut, décidément trop chancelant. C’est une question vitale. En raison du confinement de la moitié de la population mondiale pour limiter la propagation de la pandémie, du fort ralentissement des transports et de la baisse de la production industrielle, les conséquences sont terribles. La demande de pétrole est en chute libre. Les treize pays de l’Opep et leurs dix pays partenaires, avec lesquels ils forment l’alliance Opep+, sont plus que jamais face à une lourde responsabilité. Il est évident que les pays exportateurs jouent carrément l’avenir de leur économie. La crise sanitaire inédite qui vient de mettre un coup de frein surprenant à l’évolution économique et commerciale du monde est chargée d’enseignements. Provoquera-t-elle un effet positif sur la vision des acteurs d’un marché énergétique devenu intenable ?