Que va-t-il se passer pour l’accord passé entre l’Occident et l’Iran et son programme nucléaire ? La réponse à cette question devrait intervenir le 12 mai prochain, date butoir choisie par les Etats-Unis et l’administration Trump pour garder ou dénoncer l’entente dite des «5+1» signée en juillet 2015 à Vienne après de longues tractations entre cinq puissances mondiales (Etats-Unis, France, Allemagne, Grande-Bretagne, Russie, Chine) et l’Iran.

D’ici dix jours, deux Etats, l’Arabie saoudite et Israël, font feu de tout bois sur Téhéran et cherchent à obtenir auprès des Etats-Unis essentiellement et des pays européens la dénonciation de l’accord sur son programme nucléaire. Alors l’Arabie saoudite demande à ses partenaires occidentaux, américain en particulier, des sanctions contre l’Iran qu’elle accuse de soutenir la rébellion houthie au Yémen, leur théâtre d’affrontement par procuration, et de constituer une menace nucléaire potentielle, Israël affirme détenir des «preuves concluantes » d’un plan secret que Téhéran pourrait activer à tout moment pour se doter de la bombe atomique. Lundi dernier, et à l’approche de la date du 12 mai, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a présenté à la manière théâtrale dans laquelle il excelle «les copies exactes» de dizaines de milliers de documents originaux iraniens obtenus il y a quelques semaines au prix d’une «formidable réussite dans le domaine du renseignement».
Ces documents, contenus dans des classeurs ou stockés sur des CD servant de décor à sa déclaration, avaient été déplacés en 2017 dans un lieu secret et apparemment délabré à Téhéran, a-t-il dit. Ils contiennent des «preuves nouvelles et concluantes du programme d’armes nucléaires que l’Iran a dissimulé pendant des années aux yeux de la communauté internationale dans ses archives atomiques secrètes», a-t-il affirmé. M. Netanyahu a déclaré fournir des détails relatifs à un plan iranien ancien appelé Amad visant à produire cinq têtes nucléaires. Israël peut à présent «prouver que l’Iran stocke secrètement du matériel provenant du projet Amad pour s’en servir au moment de son choix et développer des armes nucléaires», a-t-il dit, à grand renfort de documents ou de cartes diffusés sur un écran. Il a assuré que l’accord de 2015 reposait «sur les mensonges iraniens» et que l’Iran avait failli à ses obligations en ne faisant pas la lumière sur ses activités passées. «Même après l’accord (de 2015), l’Iran a conservé et continué à développer son savoir-faire nucléaire militaire pour un usage ultérieur», a-t-il dit.

Des Occidentaux pas convaincus….
L’accord de 2015 «procure à l’Iran une voie dégagée vers un arsenal nucléaire» et n’aborde pas la question des activités balistiques de la République islamique, autre grande préoccupation d’Israël et de la communauté internationale, a-t-il poursuivi, parlant d’un «accord terrible, qui n’aurait jamais dû être conclu». Propos inquiétant, il s’est dit «sûr que (M. Trump) fera le bon choix, le bon choix pour les Etats-Unis, pour Israël…». Pour les observateurs, M. Netanyahu n’a pas fourni d’élément concret indiquant que la République islamique avait activement cherché depuis 2015 à se doter de la bombe atomique. «Pour ceux qui ont suivi le dossier nucléaire iranien, il n’y a rien de nouveau dans la présentation…», a tweeté Rob Malley, ancien conseiller du président Barack Obama, dont l’administration avait participé à l’accord de 2015. «Le Premier ministre israélien n’a qu’un seul public: Trump, et il n’arrivera probablement pas à la même conclusion», juge M. Malley.
Le président américain s’est contenté d’estimer que la déclaration de M. Netanyahu était une «bonne chose». Il a répété que l’accord passé en 2015 entre l’Iran et six grandes puissances internationales était «horrible pour les Etats-Unis». Son conseiller à la Sécurité nationale, John Bolton, a déclaré, dimanche dernier, avec le show guerrier du Premier ministre israélien, que «le président américain n’avait pas encore tranché». Le chef de la diplomatie britannique Boris Johnson a estimé hier que les affirmations du Premier ministre israélien sur l’Iran soulignaient «l’importance» de «conserver» l’accord sur le nucléaire conclu en 2015. Pour son homologue français Jean-Yves Le Drian, les déclarations de M. Netanyahu renforcent «la pertinence de l’accord», selon un communiqué du Quai d’Orsay. Paris défend l’accord mais s’est aussi dit pour un accord élargi: il a souhaité de nouvelles discussions «sur le contrôle de l’activité nucléaire après 2025 et le programme balistique de l’Iran».
Imprévisible, le chef de la Maison-Blanche peut, le 12 mai courant, opter pour le pire comme il peut soutenir l’initiative française d’«élargir» l’accord de 2015 dans le sens d’un durcissement du texte paraphé il y a trois ans et qui a permis la levée de l’embargo contre l’Iran. Mais ce pays qui se moque des accusations israéliennes, qui n’ont d’ailleurs visiblement pas convaincu grand monde, n’accepte pas non plus la proposition du président français Emmanuel Macron de «nouvelles discussions», qui pourraient être le signal à de nouvelles « restrictions» qui menaceraient son économie et ses intérêts. Selon Téhéran, les accusations lancées par le Premier ministre israélien sont l’œuvre d’«un menteur invétéré, en panne d’idées».
Ces allégations «éculées, sans intérêt, et honteuses» sont celles de «dirigeants sionistes qui ne voient pas d’autres moyens pour assurer la survie de leur régime illégal que de menacer les autres en usant d’un bluff ressassé », a déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères dans un communiqué publié sur son site internet. «Netanyahu et le tristement célèbre régime sioniste tueur d’enfants devraient pourtant comprendre que l’opinion publique mondiale est suffisamment éduquée et sage» pour ne pas croire de tels propos, conclut le texte. Dans un tweet Mohammad Javad Zarif a de nouveau parlé de «pseudo-révélations». Il reproche également à son homologue américain, Mike Pompeo, de tenir des propos contradictoires : le 12 avril dernier, «Pompeo avait déclaré qu’il n’était pas nécessaire de s’embêter à tuer l’accord nucléaire car l’Iran ne courait pas après l’arme atomique avant l’accord». M. Zarif faisait référence à des propos du secrétaire d’État devant une commission du Sénat. « Maintenant, il dit qu’il est temps de reconsidérer la question de savoir si l’on peut faire confiance à l’Iran et lui permettre d’enrichir» de l’uranium, ajoute M. Zarif, en évoquant des propos tenus à des journalistes dans la nuit par M. Pompeo après la présentation télévisée de M. Netanyahu. «Que faut-il croire ?» demande-t-il.

«Aucune indication crédible» selon l’AIEA
Sur la proposition française, le président iranien Hassan Rohani a souligné dimanche dernier que son pays n’accepterait «aucune restriction au-delà de ses engagements» actuels.
En vertu de l’accord de 2015, son pays a obtenu la levée temporaire d’une partie des sanctions internationales et étrangères – américaines notamment – visant son système économique et financier en échange d’une réduction de son programme nucléaire controversé destinée à prouver que la République islamique ne cherche pas à obtenir la bombe atomique.
La dernière déclaration de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) conforte sa position, l’agence onusienne ayant réitéré hier mardi n’avoir «aucune indication crédible d’activités en Iran liées au développement d’un engin nucléaire après 2009». Dans un communiqué, un porte-parole de l’AIEA a déclaré que le conseil des gouverneurs avait «déclaré avoir achevé son examen de cette question» après le rapport qui lui avait été présenté en décembre 2015. Sans se référer directement aux affirmations de M. Netanyahu, le porte-parole de l’AIEA explique dans son communiqué que l’agence «évalue toutes les informations pertinentes à sa disposition» relatives aux activités nucléaires de l’Iran. «Toutefois, il n’est pas dans les habitudes de l’AIEA de discuter de questions relatives à de telles informations», ajoute le communiqué.» Avant la fin 2003, une structure organisationnelle était en place en Iran, adaptée à la coordination d’une série d’activités liées au développement d’un engin explosif nucléaire», selon le communiqué. «Bien que certaines activités aient pris place après 2003, elles ne faisaient pas partie d’un effort coordonné». «Ces activités ne sont pas allées au-delà des études scientifiques et de faisabilité et l’acquisition de certaines compétences et capacités techniques pertinentes», poursuit le communiqué. Qu’en pense l’administration Trump ? Rendez-vous, le 12 mai.