L’Opep+ et autres producteurs de pétrole, dont le Mexique et les Etats-Unis, ont scellé, dimanche soir, un accord historique visant à réduire la production pétrolière mondiale de près de 10 millions de barils par jour. Un accord au forceps qui intervient après de longues semaines de guerre des prix à laquelle se sont livrés Russes et Saoudiens ainsi qu’après le préalable opposé par le Mexique, conditionnant sa participation à la baisse de l’offre à la contribution des Etats-Unis. Les producteurs, ayant participé aux réunions de l’Opep+, jeudi, ainsi qu’à celle des ministres de l’Energie du G20, ayant eu lieu vendredi dernier, ont fini par trouver un accord.
Le consensus consiste à réduire l’offre pétrolière mondiale de 9,7 millions de barils par jour à compter du 1er mai, soit près de 10% de la demande mondiale. L’Arabie saoudite, le Koweït et les Emirats arabes unis ont même offert d’aller plus loin que ce que prévoit l’accord et de réduire davantage encore leur production. L’offre de pétrole globale au sein de l’Opep+ pourrait de fait baisser de 12,5 millions de bpj, a indiqué le ministre saoudien de l’Energie.
Au lendemain de l’accord, jugé historique par certains, les cours du brut n’ont bougé d’un iota, voire à des proportions très limitées. Un léger rebond des cours a été observé le matin, à l’ouverture hebdomadaire des marchés, avant que celui-ci ne cède à la résurgence des inquiétudes, les investisseurs craignant que cet accord à l’arraché ne soit suffisant pour rééquilibrer le marché. Il va sans dire que la persistance de ces appréhensions joue à contrecourant d’une reprise des cours tant espérée par les producteurs. Il est ainsi peu probable que l’accord en question puisse aider à faire remonter les prix dans un contexte d’inquiétudes et de doutes persistants quant à l’état de l’économie mondiale et les conséquences de la pandémie du coronavirus. De nombreux analystes s’accordent à dire que l’accord en question n’était pas censé aider à faire remonter les prix mais à éviter que ceux-ci ne s’enfoncent dans le rouge vers des niveaux à un chiffre, ce qui est de nature à paralyser l’industrie pétrolière mondiale. «Après une réaction initiale positive sur les cours pétroliers, nous nous attendons à ce que la décision de l’Opep+ se traduise au mieux par un cours plancher», estime Harry Tchilinguirian de BNP Paribas dans une note. «Mais nous n’anticipons pas une reprise durable des cours du pétrole tant que la demande latente ne sera pas pleinement exprimée au troisième trimestre», ajoute-t-il. Avec une économie mondiale qui vire à la récession et une demande au pétrole en baisse de plus de 30%, il est peu probable que le compromis entre producteurs puisse avoir de sitôt un grand impact sur la courbe des prix. Certains spécialistes des marchés des matières premières estiment que l’accord a le mérite d’avoir mis fin à une guerre des prix qui aura été contreproductive pour l’ensemble des producteurs. Quant à voir les cours repartir, il est encore trop tôt de parier sur des tendances haussières prononcées compte tenu, non seulement de l’état de l’économie mondiale et de la demande au pétrole mais aussi des stocks mondiaux et des excédents de production dont souffre le marché. Sur cette question, l’influente banque américaine Goldman Sachs semble être pessimiste quant à la tendance future des prix, qualifiant l’accord de «historique, mais insuffisant». «L’accord est un peu inférieur à ce que le marché prévoyait, étant donné que le Mexique s’en est tiré facilement», estime-t-on, soulignant que le vrai travail ne fait que commencer au sein de l’OPEP+ qui devrait s’assurer de l’adhésion totale de ses membres à cet accord. Selon les estimations de la banque, les réductions volontaires de l’OPEP+ ne conduiraient qu’à une coupe réelle de 4,3 millions de barils par jour de la production par rapport aux niveaux du premier trimestre, même dans le cas où les membres de l’OPEP adhèrent totalement aux engagements et à 50% par les autres participants. Goldman Sachs dit en revanche enregistrer des pertes de demande en avril et en mai de 19 millions de barils par jour en moyenne. n