Alors que l’accord de réduction, convenu entre l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses partenaires, a consommé son premier mois d’application hier, l’Opep s’apprête à tenir, le 9 juin, sa 179e réunion ministérielle, par visioconférence, puis une seconde réunion, le lendemain (10 juin) avec les pays non-membres engagés dans l’accord.

Ces deux réunions seront principalement consacrées à l’évaluation des coupes opérées depuis le 1er mai et de leur impact sur l’offre mondiale. Une échéance qui, faut-il le rappeler, avait été retenue le 12 avril dernier, date de l’accord convenu dans le cadre de l’alliance Opep+, portant sur des coupes massives qui s’étaleront jusqu’à avril 2020, dans l’objectif de stabiliser un marché de l’or noir plongé dans un marasme sans précédent par les mesures sanitaires mises en place contre la Covid-19.
De son côté, l’Algérie a, en sa qualité de présidente de l’organisation, proposé, samedi, d’avancer au 4 juin cette réunion, rapporte l’agence Reuters, citant un courrier qu’elle aurait consulté et dans lequel le ministre de l’Energie Mohamed Arkab déclare s’être entretenu avec plusieurs ministres des pays membres du cartel dans l’objectif d’une réunion avancée d’une semaine. Ce qui permettrait de «faciliter les nominations». Le terme «nominations» est usagé par l’Arabie saoudite, mais aussi par l’Irak et le Koweït, pour allouer du pétrole brut à ses clients traditionnels en fonction de la demande, explique l’agence britannique, précisant que ces «nominations» se déroulent habituellement le 10 de chaque mois.
Pour rappel, les deux premiers mois de l’accord Opep+, à savoir mai et juin, portent sur une réduction de 9,7 millions de barils (mbj) par jour que les 13 pays membres de l’organisation et leurs partenaires doivent consentir.
En attendant l’évaluation programmée par l’Opep et ses partenaires, le Secrétaire général de l’organisation, Mohammad Sanusi Barkindo, a déjà donné un avant-goût de ce que sera le constat lors des deux réunions. La semaine dernière, lors d’une réunion par vidéoconférence avec le nouveau ministre vénézuélien du Pétrole, Tareck El Aissami, M. Barkindo a fait part du «niveau élevé d’engagement, de motivation et de dévouement de l’Opep et des autres pays producteurs dans la Déclaration de coopération (DoC), en termes d’adhésion aux ajustements de production qui ont commencé le 1er mai et de fournir une plateforme pour la reprise de la croissance dans les mois et les années à venir», avait rapporté l’Opep sur son site web.
Le Secrétaire général de l’Organisation n’a pas fourni de chiffres sur la baisse de la production de l’Opep, mais il n’a pas, non plus, manqué de recommander aux membres du cartel de «rester constants, attentifs et de continuer avec le sens de l’objectif que tous les participants ont montré depuis les réunions ministérielles d’avril». «Nous ne voulons pas compromettre le revirement dont nous avons été témoins ces dernières semaines», a-t-il ajouté.
De son côté, Reuters a fait appel aux statistiques pour mettre en évidence une forte baisse de l’organisation durant le mois de mai. Cette offre a baissé à une moyenne de 24,77 mbj durant le premier mois de l’application de l’accord, soit 5,91 mbj de moins par rapport au niveau d’avril. Les fortes restrictions ont fait régresser l’offre du cartel à ses plus bas depuis 20 ans, a précisé la même source.
L’Arabie saoudite veut maintenir la même réduction jusqu’à décembre
En plus de l’accord de 12 avril, des baisses volontaires supplémentaires ont été annoncées par l’’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis et le Koweït pour le mois de juin. Mais les Saoudiens ne veulent pas se contenter des seules coupes supplémentaires. Poursuivant ses efforts au profit d’un rétablissement et une stabilisation des cours du brut, le premier exportateur mondial, et chef de fil de l’Opep, veut aller plus loin dans sa stratégie de redéploiement et faire oublier les journées sombres du marché dont il avait été le provocateur principal en lançant une guerre des prix à la Russie, en avril dernier. Des hostilités que le géant saoudien n’a pas tardé à vérifier à ses propre dépens, non sans faire subir à l’ensemble des pays producteurs les dommages collatéraux de son cavalier seul. Et dans le but de faire durer le redressement des prix de l’or noir observé durant le mois de mai, Ryad, et d’autres pays, souhaiteraient de maintenir la réduction de 9,7 mbj jusqu’à la fin de 2020, sachant que pour le second semestre de la même année, l’accord Opep+ prévoit des coupes qui baisseront à 7,7 mbj, puis à 5,8 mbj entre janvier 2021 et avril 2022.
En effet, «les Saoudiens voient que le marché a encore besoin de soutien et veulent prolonger les mêmes réductions jusqu’à la fin de l’année. Les Russes veulent également la même chose mais le problème réside encore avec les compagnies pétrolières», explique une source au sein de l’Opep+, citée par l’agence Reuters. Celle-ci rapporte aussi que la Russie ne serait pas contre le réajustement du programme de coupes souhaité par l’Arabie saoudite et d’autres pays membre de l’Opep. Selon l’agence de presse, le ministre russe de l’Energie, Alexander Novak, a rencontré les principales compagnies pétrolières russes, mardi, afin de discuter de la possibilité de prolonger les niveaux actuels de réduction au-delà de juin. Toutefois, les propositions de M. Novak font face à des avis divisés, souligne Reuters, précisant que certaines compagnies pétrolières du pays préféraient attendre pour voir les niveaux de la demande pétrolière une fois que les compagnies aériennes reprendront du service. «Evidemment, si nous recevons l’ordre de continuer la réduction, nous obéirons.
Mais si la demande est OK, nous ne voyons pas de raison de changer l’accord», a indiqué une source au sein d’une compagnie pétrolière russe, citée par Reuters.<