L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses dix partenaires dans l’Accord de réduction de la production de pétrole continuent à faire preuve d’un respect scrupuleusement maintenu de leurs quotas respectifs, faisant que le niveau de conformité en la matière a atteint 149% en mars, soit un nouveau record que le Comité ministériel conjoint de suivi de l’accord Opep-non-Opep (JMMC) s’est bien réjoui d’annoncer hier au terme de sa 8e réunion tenue à Djeddah (Arabie saoudite).

«Sur la base du rapport du Comité technique mixte (JTC) pour le mois de mars 2018, et après des mois consécutifs de performances record, les pays Opep et non Opep ont atteint un niveau de conformité de 149% avec leurs ajustements volontaires de production, le niveau le plus haut jusqu’ici», a indiqué le JMMC dans un communiqué, non sans souligner qu’avec ce taux de conformité, «les pays participants ont fait preuve, une fois de plus, d’un dévouement indéfectible pour le rééquilibrage du marché pétrolier mondial». Ces efforts collectifs «continuent de donner des résultats positifs», estime le JMMC, précisant à ce propos que les niveaux des stocks commerciaux de brut de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), ont été ajustés, passant de 3,12 milliards de barils en juillet 2016 à 2,83 milliards de barils en mars 2018, soit une baisse de 300 millions de barils. Toutefois, le comité appelle les pays impliqués dans l’accord «à rester concentrés et, si nécessaire, à intensifier leurs efforts sur la base des principes fondamentaux de la déclaration de coopération Opep-non Opep», et ce au vu des stocks commerciaux actuels qui restent au-dessus des niveaux observés avant le ralentissement du marché, explique-t-il.

«Un accord déterminant»
Le JMMC a indiqué, par ailleurs, qu’il continuera à réfléchir à d’autres moyens pour renforcer la coopération Opep-non Opep. La prochaine réunion du comité est prévue le 21 juin prochain à Vienne, alors que la 10e réunion se tiendra à Alger en septembre 2018. En attendant ces échéances, le souhait d’une reconduction de l’accord de réduction, paraphé à Alger en décembre 2016 et entré en vigueur en janvier 2017 puis prolongé jusqu’à fin 2018, est réitéré à travers les déclarations de hauts responsables du secteur pétrolier représentant les intérêts de l’Opep et ses partenaires. Le dernier en date à s’exprimer dans ce sens est le secrétaire général de l’Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (OPAEP), Abbas Ali al-Naqi, qui répondait jeudi aux questions de l’APS, en marge du 19e Sommet international du pétrole qui se tient à Paris sur le thème «Investir dans un avenir énergétique changeant».  Notant le changement «positif» opéré par le marché depuis «l’accord historique d’Alger», la «discipline» et le «grand engagement» au sein des pays signataires, Ali al-Naqi dira que «cet accord a été déterminant pour la situation du marché que nous connaissons aujourd’hui». C’est pourquoi, «nous souhaitons la reconduction de cet accord et sa poursuite pour l’avenir. Ceci va dans le sens de la stabilité du marché et du prix du pétrole autour des limites acceptables», a-t-il ajouté, se disant contre le qualificatif de «prix juste» du baril tel qu’évoqué par certains. «Parce que ce «pris juste» peut être bénéfique pour une partie mais, en même temps, n’arrange pas l’autre. Par contre, je suis pour un prix adéquat qui puisse satisfaire toutes les parties», a-t-il expliqué, soulignant qu’«il y a de l’espoir mais, en même temps, il y a une réalité du marché».
Le SG de l’Opep faisait cette remarque suite à l’intervention dans les débats de la matinée du P-DG de Total, Patrick Pouyanné, qui a qualifié de «meilleur» prix celui qui se situe entre 50 et 60 dollars.

Trump s’en mêle
Sur le même registre des prix, le ministre saoudien de l’Energie, Khaled al-Faleh, s’est lui aussi exprimé hier, en marge de la réunion du JMMC, pour affirmer que le marché avait la capacité de supporter des prix du brut plus élevés que ceux qui sont affichés actuellement.  «Je n’ai constaté aucun impact sur la demande avec les prix actuels. Dans le passé, nous avons connu des prix beaucoup plus élevés -deux fois plus qu’aujourd’hui», a dit M. Faleh dont le pays est le premier exportateur de pétrole dans le monde et chef de file de l’Opep. «L’intensité énergétique (de l’économie) a, comme vous le savez, baissé de façon importante, ce qui me fait dire que (le marché) a la capacité d’absorber des prix plus élevés», a ajouté le ministre saoudien devant les journalistes.
Une déclaration qui n’a pas été du goût du Président américain Donald Trump, ce dernier n’ayant pas tardé à réagir aux déclarations du ministre saoudien à travers en recourant au raccourci du tweet qu’il affectionne. «On dirait que l’Opep recommence. Avec des quantités record de pétrole partout, y compris des bateaux pleins à ras bord en mer», a déclaré Trump, considérant que «les prix du pétrole sont artificiellement très élevés! Ce n’est pas bon et c’est inacceptable!».
De quoi s’attendre à de manœuvres des Etats-Unis pour perturber l’Accord Opep-non Opep qui repose, entre autres, faut-il le rappeler sur un engagement indéfectible de la Russie, que le ministre russe de l’Energie Alexander Novak a d’ailleurs rappelé hier à Djeddah. «Nous avons créé une base solide pour la coopération future entre les pays Opep et non-Opep». A noter que dans l’après-midi d’hier, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juin valait 73,21 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en baisse de 57 cents par rapport à la clôture de jeudi, alors que sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de «light sweet crude» (WTI) pour le contrat de mai, dont c’est le dernier jour de cotation, cédait 43 cents à 67,86 dollars une heure et demie après son ouverture.