The deal is a significant step towards building a more peaceful, secure, and prosperous Middle- East. Now that the ice is broken, I expect more Arab and Muslim countries will follow the UAE”
(Donald Trump, August 13, 2020).

In one blow, President Trump has destroyed not only the chances of any peace but the stability And security of the region as a whole
(Hanan Ashrawi, Palestinian member of
Parliament).

Par Arezki Ighemat, Ph.D en économie Master of Francophone Literature (Purdue University, USA)
Les déclarations ci-dessus citées en épigraphes sont symptomatiques des sentiments totalement divergents des partenaires à l’Accord de paix du 13 août 2020 entre Israël et les Emirats Arabes Unis (EAU) et des non-partenaires à l’accord, notamment les Palestiniens. Cela n’empêche pas la date du 13 août 2020 de faire histoire dans le conflit israélo-palestinien. Car, ce jour-là, en effet, Israël et les EAU ont annoncé à la Maison Blanche—grâce à l’intermédiation du Président Donald Trump—qu’ils se sont mis d’accord pour faire la paix et établir des relations diplomatiques, économiques et culturelles entre eux. En outre, cet accord est symboliquement appelé “The Abraham Accords” en référence à Abraham, celui qui est considéré comme le père des trois principales religions monothéistes: le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam. Préparé secrètement par Jared Kushner, le beau-fils et conseiller spécial de Donald Trump, cet accord sera le troisième accord bilatéral entre Israël et les pays arabes, le premier étant l’accord Israël-Egypte en 1974 et le second entre Israël et la Jordanie en 1994. Selon les spéculations de Donald Trump et des milieux israéliens, d’autres pays arabes vont bientôt suivre l’exemple des EAU et rejoindre le “club” des trois pays arabes qui ont choisi la voie bilatérale de la paix avec Israël sans se soucier de la question palestinienne qui, en fait, est la cause première et fondamentale de l’instabilité au Moyen-Orient. Quels sont les tenants et aboutissants de l’accord? Pour répondre à cette question, nous examinerons successivement : (1) le principe “Land-for-Peace” dans les accords de paix précédents, (2) le principe “Peace-fo-Peace” dans l’accord Israël-EAU, (3) les objectifs cachés de l’accord, et (4) les inconnues et doutes sur les perspectives de l’accord.
Le principe “Land-for-Peace” dans les accords antérieurs à l’accord Israel-EAU
Ce principe, qui signifie “terre contre paix”, a été utilisé jusqu’à maintenant par Israël comme arme diplomatique pour faire la paix avec les pays arabes. Comme le dit un expert de la région : “For decades, the framework of international diplomacy was based on “land-for-peace”—Israël giving up land it conquered in wars with the Arabs in exchange for the Arabs promising no future aggression” (Pendant des décennies, le cadre de la diplomatie internationale était basée sur le principe “terre contre paix”—Israël restituant les terres qu’il a conquises pendant les guerres avec les Arabes en échange de la promesse des Arabes de non-agression dans le futur) (Robin Wright, Israel’s new peace deal transforms the Middle East, The New Yorker, August 14, 2020). Pour donner plus de détails sur ce principe, nous partirons de la définition du principe “Land-for-Peace”, puis nous verrons les accords dans lesquels il a été appliqué. S’agissant de la définition de “Land-for-Peace”, il faut rappeler tout d’abord qu’il a été initié par la Résolution 242 du Conseil de Sécurité de l’ONU du 22 Novembre 1967 faisant suite à la guerre des Six Jours de Juin 1967 entre Israël et les pays arabes. Ce principe, dont la rédaction est attribuée à un certain Sir Hugh Foote, plus connu sous le nom de Lord Caradon, comporte lui-même deux sous-principes: le retrait des forces armées des territoires palestiniens, notamment Gaza et la Rive Ouest (c’est la notion de “land”, c’est-à-dire de terre) et l’arrêt de toute attaque contre Israël (c’est la notion de “peace” ou paix). Ce principe a été adopté après la Guerre des Six Jours où Israël a conquis des territoires dans la Rive Ouest appartenant à la Jordanie, le Sinaï qui appartenait à l’Egypte et les Hauteurs du Golan appartenaient à la Syrie. S’agissant des accords dans lesquels ce principe a reçu une application, les principaux sont l’accord de paix entre Israël et l’Egypte de 1974 et l’accord entre Israël et la Jordanie de 1994. Dans le premier, Israël a accepté de retirer 18 implantations et trois bases militaires dans la péninsule du Sinaï qui ont été conquises pendant la guerre de 1967. Ce processus, qui a duré trois années, a abouti à établir une paix entre les deux pays et une coopération, notamment dans la lutte commune contre le terrorisme islamiste. Dans l’accord Israel-Jordanie, Israël est revenu aux frontieres d’avant 1967 et la Jordanie a accepté en retour de renoncer à toute souveraineté sur la Rive Ouest. Cet accord a permis aussi à Israël de passer avec la Jordanie des contrats de “lease” sur certaines zones de la Vallée du Jourdain. Mais ces contrats ont pris fin en 2019 quand Amman a refusé de renouveler ces contrats. Ce principe a été également appliqué dans d’autres accords, mais ces deux-là sont les plus typiques et les plus importants.
Le principe “Peace-for-Peace” dans le nouvel accord Israel-EAU
Il faut d’abord dire que le nouveau principe “Peace-for-Peace” est un slogan populaire chez les extremists de la droite Israélienne et qu’il est basé sur le principe “no exchange of land and only temporary suspension of a promise to proclaim sovereigny over more Arab land, in exchange for a non-aggression pact and formal relations” (pas d’échange de terres, seulement la suspension temporaire d’une promesse de proclamation de la souveraineté sur les terres arabes en contrepartie d’un pacte de non aggression et de relations formelles) (Robin Wright, op.cit.). Pour comprendre ce principe, qui signifie “Paix-contre-Paix”, il est utile d’examiner les quatre questions suivantes: (1) Quel est l’objet de l’accord?, (2) quelles sont les parties à l’accord, (3) quels sont les bénéficiaires de l’accord?, et (4) quells sont les oubliés et perdants de l’accord?. L’accord Israel-EAU a pour objet, pour les EAU, d’ouvir la voie à des relations diplomatiques, économiques, politiques et culturelles avec Israel. En échange, Israël accepte de renoncer “temporairement” à son projet d’annexion de la Rive Ouest, de Gaza, de la Vallée du Jourdain et de Jérusalem. Dans les domaines économique, politique et culturel, les deux pays prévoient, dans les prochaines semaines, de signer des protocoles d’accord sur l’investissement, le tourisme, les vols aériens entre les deux pays, la sécurité, les télécommunications, la technologie, l’énergie, la santé (notamment déveloper un vaccin contre le covid-19), la culture, l’environnement, l’établissement d’ambassades, et autres domaines d’intérêt commun. Immédiatement après l’annonce de l’accord, Trump a tweeté: “HUGE breakthrough today! Historic Peace Agreement between our two GREAT Friends, Israël and the UAE” (Un immense bond en avant aujourd’hui! Accord Historique de Paix entre nos deux GRANDS amis, Israël et les EAU”. Il ajoutera : “Everybody said this would be impossible. After 49 years, Israël and the UAE will fully normalize their diplomatic relations” (Tout le monde disait que cela serait impossible. Après 49 ans, Israël et les EAU normaliseront leurs relations diplomatiques” (tweet de Trump, August 13, 2020). Les parties à l’accord sont donc principalement Israël et les EAU. Cependant, les Etats-Unis ont joué un grand rôle dans la réalisation de cet accord. Cela fait partie du plan de Donald Trump pour la paix au Moyen-Orient intitulé “Peace to Prosperity: A Vision to Improve the Lives of the Palestinians and Israeli People” (De la Paix vers la Prospérité: Une vision pour améliorer les vies des Palestiniens et des Israéliens). Nous verrons plus loin que l’accord Israël-EAU ignore complètement la question palestinienne contrairement aux déclarations des dirigeants des EAU, comme celle du Prince Mohammed bin Zayed qui dit: “Au cours d’un appel téléphonique entre Trump et le Premier Ministre Israélien, un accord a été passé pour arrêter l’annexion des territoires palestiniens” (Peter Baker et al., Israël and United Arab Emirates Strike Major Diplomatic Agreement, The New York Times, August 13, 2020). Ceci est entièrement contredit par la déclaration du Ministre des Affaires Etrangères des EAU qui dit: “Israelis and Palestinians must reach their own settlement” (Les Israéliens et les Palestiniens doivent réaliser leur propre accord) (Felicia Schwartz and al., Israel, UAE agree to establish Formal Diplomatic Ties, The Wall Street Journal, August 13, 2020). Selon un analyste du Moyen-Orient, “Abu Dhabi, like Anwar Sadat’s Egypt in 1978, is putting its national interests above Arab solidarity” (Abu Dhabi, comme Anwar Sadat en 1978, a mis ses intérêts nationaux avant la solidarité arabe) (Bobby Gosh, How Israel, UAE and the U.S. will Benefit from the Historic Peace Agreement, Bloomberg, August 14, 2020). Quant aux bénéficiaires et perdants dans l’accord, il est clair que les premiers sont les deux partenaires à l’accord (Israël et les EAU) ainsi que les pays qui sont déjà amis avec Israël (Egypte, Jordanie), et les perdants sont tout d’abord les Palestiniens, mais aussi d’autres pays comme l’Iran et la Turquie qui voient une coalition se constituer pour contrer les velléités hégémoniques réelles ou supposées des deux pays sur la région.

Les objectifs cachés mais réels de l’accord Israel-EAU
Dans cet accord, il y a les objectifs officiellement annoncés—paix contre arrêt momentané de la politique d’annexion—et les objectifs non avoués mais non moins réels: (1) faire oublier les problèmes politiques internes de Trump et de Netanyahu, (2) faire face aux menaces (supposées ou réelles) des pays considérés comme ennemis communs d’Israël et des Etats-Unis, et (3) forcer l’Autorité Palestinienne à se remettre à la table des négociations après que celle-ci ait refusé le plan de paix de Trump appelé “Peace to Prosperity”. Beaucoup d’analystes pensent que, en annonçant l’accord Israël-EAU le 13 août 2020, Trump et Netanyahu voulaient faire oublier les problèmes qu’ils ont tous deux à l’intérieur de leurs pays. En effet, Trump fait face à une critique acerbe de sa politique en général (intérieure et extérieure) et de sa gestion de la pandémie du Covid-19. Il voulait faire un coup médiatique en espérant que cela augmenterait ses chances d’être réélu pour un second mandat. Netanyahu, de son côté, voulait satisfaire ses supporters de l’aile droite en Israël et échapper ainsi aux accusations de corruption auxquelles il fait face avec la justice israélienne. C’est ce que pense un analyste averti qui écrit: “What Netanyahu is doing is doing everything he could to appease the right-wing forces in Isael—with shiny objects such as annexation—so they would side with him in his corruption trial against Israel’s court system and attorney general” (Ce que Netanyahu a fait est d’essayer d’appaiser les forces de la droite en Israel, utilisant des objets brillants tells que l’annexion, afin que ces forces l’appuient dans son jugement pour corruption par le tribunal et le procureur général israéliens) (Thomas Friedman, A Geopolitical Earthquake Just Hit the Middle-East: Israel-UAE deal will be felt throughout the region, The New York Times, August 13, 2020). Netanyahu est critiqué aussi pour n’avoir pas pu réaliser sa promesse d’annexer au moins 30% de la Rive Ouest. Comme Trump, il est aussi critiqué pour sa mauvaise gestion de la pandémie du coronavirus. Le deuxième objectif non avoué est que les partenaires à l’accord, Israël et les EAU, veulent contrecarrer les velléités réelles ou supposées des pays comme l’Iran et, à un moindre degré, la Syrie, qui constitueraient, selon eux, une manace constante contre leur sécurité et souveraineté. Selon un analyste de la région, l’accord “is probably the beginning of the end for Turkey’s and Iran’s imperial projects in the region. With the most powerful regional military on its side [Israel], the UAE will be increasingly able to put pressure on the Iran-backed Houthi movement in Yemen, and will be able to threaten Turkey’s designs for Libya” (l’accord est probablement le début de la fin des projets impériaux de la Turquie et de l’Iran dans la région. Avec à son côté la plus grande puissance militaire [Israel], les EAU seront en mesure de faire pression sur le mouvement Houti appuyé appuyé par l’Iran au Yemen, et seront capables de contrecarrer les desseins de la Turquie en Lybie) (Dmitri Shufutinsky, The Israel-UAE Peace Agreement Spells Trouble for Ankara and Tehran, The Begin-Sadat Center for Strategic Studies, August 18, 2020). C’est pour celà que ces deux pays ont été les premiers à condamner l’accord. Le porte-parole du movement Houti a ainsi déclaré à propos de l’accord: “C’est un acte qui provoque la nation arabe et islamique…et prouve que ces pays, y compris les Emirats qui lancent un assault contre le Yemen, servent l’entité israélienne” (Mohammed Abdelsalam, cité par Dmitri Shufutinsky, op. cit.). Le troisième objectif non avoué de l’accord est de forcer l’Autorité Palestinienne à reprendre les négociations de paix. Le problème est que les Palestiniens considèrent ces traités bilatéraux entre Israël et certains pays arabes comme un coup de poignard planté dans le dos des Palestiniens et que le plan de paix proposé par Donald Trump est biaisé en faveur d’Israel. L’Autorité palestinienne, en effet, a condamné l’accord Israël-EAU et a été jusqu’à rappeler son ambassadeur aux EAU. Mahmoud Abbas a dit, à propos de l’accord, qu’il est “an aggression against the Palestinian people and a betrayal of their cause, including their claim to Jerusalem as the capital of their future state” (l’accord est une aggression contre le peuple palestinien et une trahison de sa cause, y compris de son droit à établir Jérusalem comme la capitale de son futur Etat) (World Divided over Controversial Israel-UAE deal, Daily Sabah, August 14, 2020).

Les inconnues et les doutes sur les perspectives de l’accord Israel-UAE
Si l’accord Israël-EAU est considéré par ses promoteurs—Trump, MBZ et Bibi—comme un “breakthrough” (un bon en avant), il laisse néanmoins plusieurs questions non résolues ou dans le doute. La première est que l’accord ne parle pas d’un renoncement permanent du projet israélien d’annexion, mais d’un renoncement “temporaire”. Ainsi que le souligne un analyste de la région: “Now the Emiratis can claim they have saved Palestine from annexation while what they’ve really done is used a suspension of annexation…as a cover for their pursuit of their own national interests in ties with Israel” (Les Emirats peuvent maintenant se vanter d’avoir sauvé la Palestine de l’annexion alors qu’ils n’ont fait qu’utiliser la suspension de l’annexion…comme couverture de la poursuite de leurs intérêts dans leurs liens avec Israel) (Jeffrey Feltman, cité par Bobby Ghosh, op. cit.). Le deuxième point sombre de l’accord est le doute qui plane sur l’adhésion future des autres pays arabes (Bahrain, Oman, Qatar, Maroc, etc) au “club” des pays amis d’Israel. Dans son annonce de l’accord à la Maison Blanche, Donald Trump a déclaré qu’il était optimiste que les autres pays arabes suivraient l’exemple des EAU.: “Now that the ice is broken, I expect more Arab and Muslim countries will follow the United Emirates lead” (Maintenant que la glace est brisée, j’espère que d’autres pays arabes et musulmans suivront l’exemple des EAU) (Donald Trump, tweet, August 13, 2020). Plusieurs pays de la région (Iran, Turquie, Qatar) ont critiqué l’accord; la Turquie menace même de rappeler son ambassadeur à Abu Dhabi. Les pays qui l’ont acceuilli favorablement sont: Bahrain, l’Egypte, la Jordanie et Oman. Un grand doute plane sur l’Arabie Saoudite qui n’a pas encore donné son avis sur l’accord. Certains analystes pensent que le silence du Prince Mohammed bin Salman est le signe qu’il n’est pas contre, mais qu’il hésite pour le moment pour ne pas contredire son père qui était contre toute normalisation des relations avec Israël. Le troisième point d’achoppement de l’accord est qu’il ne parle pas du tout de la question de Jérusalem. On se rappelle que Trump avait unilatéralement déclaré, le 6 décembre 2017, Jérusalem comme la nouvelle capitale d’Israel, annonce qui a soulevé un tollé dans la région. Il déclare, lors de cette annonce: “Today, we finally acknowledge the obvious: that Jerusalem is Israel’s capital. This is nothing more, or less, than a recognition of reality. It is also the right thing to do. It’s something that has to be done” (Aujourd’hui, nous reconnaissons l’évidence: que Jerusalem est la capitale d’Israël. Ce n’est ni plus ni moins la reconnaissance de la réalité. C’était la chose juste qu’il fallait faire. C’est quelque chose qui devait être fait) (Donald Trump, cite par Robin Wright, op.cit). Trump va même jusqu’à transférer l’ambassade U.S de Tel-Aviv à Jérusalem. Ces décisions ont été caractérisées par le même analyste comme suit: “Trump’s decision fulfilled a campaign promise, but it threatened to unravel one of his top foreign policy pledges: to broker peace between Israël and the Palestinians” (La décision de Trump a peut-être réalisé sa promesse de campagne électorale, mais elle menace d’aller à l’encontre de son plus haut défit de politique étrangère: réaliser la paix entre Israël et les Palestiniens) (Robin Wright, op.cit). Ses décisions vont même contre l’avis du Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Guterres, qui a dit que “le statut de Jérusalem devrait être détermine par les Israéliens et les Palestiniens”. Sans citer Trump, mais on devine qu’il parle de lui, Guterres a ajouté: “Il faut éviter de prendre des mesures unilatérales qui mettent en danger les efforts de paix entre Israël et les Palestiniens” (Robin Wright, op.cit). Il faut rappeler que lors d’une résolution de l’Assemblée Générale de l’ONU en 1947, Jérusalem était considérée comme un “corpus separatum” (une question séparée) en raison de son importance pour les trois religions monothéistes : le Judaïsme, le Christianisme, et l’Islam. Le quatrième problème qui complique la réalisation de la paix au Moyen-Orient est la décision de Trump d’arrêter de fournir une aide à l’Autorité Palestinienne. Il faut rappeler que Washington a fourni, entre 1994 et 2018, une aide de 5 milliards de dollars ainsi qu’une aide de 6 milliards de dollars à l’Agence de l’ONU pour les Réfugiés Palestiniens et cela depuis 1950. Depuis 2019, l’aide que Trump a fourni à l’Autorité Palestinienne s’est vue réduite à une seule donation de 5 millions de dollars pour financer la lutte contre le covid-19. (Robin Wright, op.cit).

Conclusion
Nous avons vu que Trump a “réussi” à changer de façon drastique la stratégie de paix au Moyen-Orient en la faisant passer du principe “Land-for-Peace”—qui était la règle depuis 1967 jusqu’à 2016–au principe “Peace-for-Peace”, ou encore du principe de “give and take” au principe de “give nothing and take”. Il a réussi à faire contracter un accord où Israël offre un semblant d’appât—la suspension “temporaire” (nous disons bien temporaire) de l’annexion des territoires Palestiniens occupés—et les EAU offrent la paix sans être sûrs que cette suspension temporaire allait être appliquée. Tout cela, pour faire oublier les problèmes politiques auxquels lui et son ami “ Bibi” (comme Netanyahu est appelé par ses intimes) font face à l’intérieur de leurs pays respectifs. Il a réussi aussi à élargir le “club” des pays alliés d’Israël qui, Trump espère, pourra faire face à la menace réelle ou créée des pays comme l’Iran, la Turquie et le Yémen. Il a réussi enfin à faire un accord de paix sans la présence des premiers concernés par l’instabilité au Moyen-Orient: les Palestiniens. C’est ce que certains experts ont appelé une stratégie “ Win-Win-Win-Lose”, c’est-à-dire trois gagnants (Israel, EAU et Trump) et un perdant (les Palestiniens) (voir Aaron David Miller, chercheur à la Carnegie Endowment for International Peace, cité par Peter Baker et al., op.cit.). Mais la finalité la plus sournoise de Donald Trump est non seulement passer du principe de “Land-for-Peace” à “Peace-for-Peace”, mais de passer d’une paix avec une “Two-State Solution” à une paix avec une “One-State Solution”, qui est la solution préférée des dirigeants israéliens, notamment les extrêmistes de droite. Comme le dit si bien Hanan Ashrawi, Parlementaire Palestinienne, avec ses deux stratégies, Trump a réussi à “raser”, complètement et d’un seul coup de crayon, la Palestine de la carte du Moyen-Orient: “In one blow, President Trump has destroyed non only the chances of any peace but the stability and security of the region as a whole” (D’un seul coup, le president Trump a détruit non seulement toute chance de paix mais la stabilité et la sécurité de la région dans son ensemble) (Hanan Ashrawi, citée par Felicia Schwartz et al., op.cit.).