Par Khaled Remouche
En marge de la visite de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, Sonatrach et ENI ont signé deux protocoles d’accord stratégique qui, s’ils aboutissent à des accords fermes, renforceront de façon importante le partenariat entre Sonatrach et ENI et consolideront la position de l’Algérie comme l’un des principaux fournisseurs de gaz de l’Europe.
Les deux accords préliminaires définiront les futurs projets communs portant sur l’approvisionnement de l’Europe et la transition énergétique. Le premier vise à identifier les meilleures options pour accroître les exportations d’énergie vers l’Europe. Ce protocole reposera sur l’évaluation de quatre axes : l’extension de la capacité de transport de gaz de l’Algérie, la pose d’un nouveau gazoduc qui acheminera alternativement avec l’hydrogène et l’ammoniac bleu ou vert, la réalisation d’un câble électrique entre l’Algérie et l’Italie, l’extension de la capacité de liquéfaction de gaz du pays. Le second accord préliminaire porte sur la réduction des gaz à effet de serre et la recherche des meilleures techniques de décarbornation dans le secteur des hydrocarbures algériens.
Le chef de l’Etat a indiqué hier qu’un nouveau gazoduc entre l’Algérie et l’Italie sera posé dans peu de temps. Il s’agit sans doute du Galsi qui reliera El Kala à la côte italienne et qui transportera du gaz naturel et alternativement de l’hydrogène vert et de l’ammoniac vert.
L’année 2023 sera ainsi marquée par un renforcement très sensible du partenariat entre Sonatrach et ENI. Une source sûre au sein du top management de Sonatrach, a indiqué à Reporters que Sonatrach a, en effet, exporté, en 2022, 27 milliards de mètres cubes via le gazoduc Enrico-Mattei reliant l’Algérie à l’Italie via la Tunisie, contre 20 milliards de mètres en 2020. Le pipe a donc été bien rempli quand on sait que sa capacité de transport est de 33 milliards de mètres cubes/an. La même source a ajouté que l’Algérie a exporté pour 52 milliards de mètres de gaz en 2022, gaz naturel liquéfié et gaz naturel via les gazoducs Medgaz et Enrico-Mattei.
La visite de la Première ministre italienne à Alger et la signature des deux protocoles d’intention stratégique constituent un signal à l’accroissement des ventes de gaz de l’Algérie à l’Italie en 2023 et 2024. L’Algérie sera ainsi l’une des principales alternatives au gaz russe pour l’Italie en 2023. Ce qui permettrait de contribuer de façon importante à la sécurité énergétique de l’Italie. L’Italie sera ainsi et de loin le premier client de Sonatrach et son premier partenaire dans le domaine de l’amont à travers les contrats d’achat et de vente de gaz ancien et nouveau et la position dominante de l’ENI sur le marché algérien des hydrocarbures.
Dans le domaine du gaz, en acquérant les parts de BP dans les gisements de gaz d’In Salah et In Amenas, elle devient le plus important associé de Sonatrach. Ces derniers gisements contribuent, en effet, à plus de 25% de nos exportations de gaz. ENI et Sonatrach développent également les champs de Zemlet El Arbi, Ourhoud II et Sif Fatima qui commencent à produire des quantités de gaz qui contribueront avec le portefeuille de gisements de gaz exploités par l’ENI à une augmentation de la production de gaz destinée à être exportée vers l’Italie.
L’ENI fait également partie du consortium avec Oxy et Total qui devra investir 6 milliards de dollars dans le développement des gisements exploités en partenariat entre Sonatrach et ces trois compagnies, Hassi Berkine sud et El Merk avec l’objectif, selon l’ENI, de récupérer les gaz associés de ces gisements, de les traiter et de les exporter vers l’Italie. Le partenariat entre Sonatrach et l’ENI ne se limite pas aux hydrocarbures. Il s’étend, ne l’oublions pas, aux énergies renouvelables avec deux centrales photovoltaïques ciblées, l’une en exploitation, l’autre en cours de réalisation à Bir Rebaâ.
L’ENI développe également sa coopération avec Sonatrach dans les domaines de la formation, de l’hydrogène, des biocarburants et, plus récemment, dans le lithium. Un minerai disponible en Algérie, à forte valeur ajoutée, actuellement utilisé dans les batteries pour voitures électriques.
Les protocoles d’accord d’intention stratégique augurent des accords fermes portant sur la réalisation du gazoduc Galsi, d’un câble électrique entre les deux pays et surtout le développement de la capacité d’exportation de GNL du pays.
Ce partenariat si indispensable pour l’Algérie ne devra pas faire oublier les dangers ou les risques d’une prééminence d’un quelconque partenaire étranger sur le marché algérien. La politique du pays a été depuis des décennies de diversifier son partenariat avec les compagnies étrangères. L’Algérie devra persévérer sur cette voie si elle veut développer rapidement ses ressources pétrolières et gazières, sa capacité de production d’énergie solaire, d’hydrogène, de biocarburants ainsi que ses ressources minières à forte valeur ajoutée. n