Par Kahina Sidhoum
L’accord énergétique signé lundi dernier par l’Algérie et l’Italie inquiète l’Espagne, qui craint de devoir se contenter d’un approvisionnement en gaz algérien au-dessous de ses besoins et d’être obligée de payer plus cher ce produit énergétique.
C’est ce qu’indiquait, hier, l’agence Bloomberg qui évoque des contacts entre des diplomates espagnols et italiens, à Rome, et la recherche par les premiers d’informations et d’indications sur les intentions futures des autorités algériennes et la manière dont elles comptent revoir les termes de la relation énergétique qui les lient à l’Espagne. Une révision qui est à l’ordre du jour depuis que le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez a décidé, le 18 mars dernier, d’abandonner la neutralité de son pays vis-à-vis du dossier du Sahara occidental – un territoire éligible à la décolonisation, selon les résolutions des Nations unies – et d’annoncer son soutien au plan marocain d’autonomie du territoire sous la souveraineté de Rabat.
L’information de Bloomberg appelle une remarque importante. Si des diplomates espagnols de haut rang s’inquiètent auprès de leurs homologues italiens du sort qui sera incessamment réservé par Sonatrach aux accords d’approvisionnement en vigueur (40% de gaz importé d’Algérie) et aux nouveaux prix qu’elle entend défendre, c’est qu’ils n’ont pas eu, jusqu’à présent, de contacts ni de canaux de discussion directe avec les responsables algériens.
Cela veut dire que, depuis le rappel par l’Algérie de son ambassadeur à Madrid, le 19 mars dernier, la crise politique et diplomatique entre Alger et Madrid est plus grave que ne le disaient des responsables du gouvernement espagnol. Les mécanismes de dialogue, de concertation et de discussions entre les deux capitales sont à l’arrêt ou ne fonctionnent plus comme à l’habitude.
Pour combien de temps ? L’annonce par le PDG de Sonatrach d’un «recalcul» des prix avec son partenaire espagnol Naturgy indique que les négociations pour la révision des tarifs – peut-être même pour les quantités de gaz vendues à l’Espagne- ne peuvent être retardées indéfiniment. Compte tenu du caractère stratégique des contrats qui les lient, compte tenu de l’impact que leur révision peut avoir sur l’approvisionnement de certains pays de l’UE en gaz, ces négociations qui ont déjà commencé devraient aboutie dans les semaines, voire les jours, à venir.
L’information de l’agence américaine de presse rappelle, également, l’évidence que le pétrole et le gaz constituent des arguments, voire des armes, aux mains d’un pays producteur pour défendre au mieux ses intérêts. Dans le cas de l’Algérie, il s’agit de répondre du tac au tac au gouvernement espagnol actuel qui, sans crier gare, a décidé d’apporter un soutien stratégique au royaume du Maroc, engagé plus que jamais dans une politique d’agressivité et d’hostilité ouverte à l’égard de notre pays.