Théoriquement, la zone de libre-échange Algérie-Union européenne devrait entrer en vigueur le 1er septembre prochain, même si, au plan pratique, cet objectif auquel tenaient les deux partenaires commerciaux jusqu’à une date récente semble être difficile à concrétiser dans l’état actuel des choses.

L’accord de libre-échange devrait être effectif le 1er septembre 2017, mais ajourné à septembre 2020 à la demande d’Alger, prétextant les tensions financières que traversait le pays, nées de la chute des cours du brut sur le marché mondial depuis la mi-2014 ainsi que l’état de son appareil de production, peu outillé et mal préparé pour le démantèlement des barrières tarifaires dès septembre 2017. Trois années plus tard, l’Algérie exprime, cette fois-ci, le vœu de revoir carrément l’accord d’association qui semble être remis en cause, alors que l’accord de libre-échange devrait entrer en vigueur ce mardi le 1er septembre 2020. Il est vrai que la situation financière s’est détériorée depuis 2017, date de l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange avant que celui-ci ne soit reporté, mais Alger ne motive plus sa demande de réévaluation de l’accord d’association par les conditions économiques difficiles que vit le pays, mais par le fait que le retour sur investissement laisse à désirer et que l’Algérie aspire désormais à un partenariat gagnant-gagnant, tant il est vrai qu’après 15 ans depuis l’entrée en vigueur de l’accord d’association, force est de constater que la balance des échanges et des gains n’a jamais été à l’équilibre. En plus du fait que les objectifs de l’accord, aussi bien en matière de circulation des capitaux, des investissements et des marchandises de et vers l’Algérie, ne se sont pas totalement concrétisés, l’Algérie a plus besoin de jamais de réguler son commerce extérieur aux fins de faire face au déficit de la balance de paiements que démanteler complètement les barrières tarifaires. En ces temps de crise sanitaire, les mesures protectionnistes sont légion. C’est pourquoi, une remise à plus tard de l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange peut être facilement justifiable, au-delà, bien sûr, de l’état de l’économie et des finances du pays. Aller, en ces temps de crise, vers la suppression progressive des obstacles tarifaires et non tarifaires, à l’heure où les entreprises industrielles algériennes sont mises à genoux par le Covid-19, est un non-sens économique. Du reste, au plan des échanges, la situation a été, les Européens eux-mêmes le disent, déséquilibrée avec, au tableau, des importations algériennes en provenance de l’Europe d’une valeur de 320 milliards de dollars en 2005 et 2019, alors que les exportations algériennes hors hydrocarbures à destination du Vieux Continent sont d’environ 15 milliards de dollars seulement. Face à cette balance en état de déséquilibre et le constat de la faiblesse des investissements européens en Algérie, l’UE a récemment fait le bilan de sa coopération commerciale avec l’Algérie, justifiant la faiblesse du flux d’IDE vers l’Algérie en opposant le doing business de la Banque mondiale pour dire que le climat des affaires en Algérie est parmi les plus médiocres de la région. L’UE a indiqué également que l’Algérie n’a pas su profiter des avantages accordés par certains de ses pays pour accélérer les échanges dans le domaine agricole. L’UE se contentait jusqu’ici de critiquer les restrictions au commerce extérieur et les barrières tarifaires mises en place par l’Algérie.
Visiblement, dans son dernier rapport, les experts de l’UE ont dépassé leurs traditionnelles critiques, quand bien même l’Algérie envisageait de nouvelles restrictions des importations aux fins de réduire le déficit de la balance des paiements et préserver ses réserves de change. Il y aurait tout compte fait, pour le moment, un accord tacite que les choses restent en l’état, en attendant que la crise sanitaire passe, pour que les deux parties puissent engager de nouvelles discussions sur leurs futurs rapports économiques. n