Sous le slogan « Une dose d’équité : pour un accès universel aux vaccins anti-Covid-19 », Amnesty International lance sa nouvelle campagne mondiale qui réclame l’accès universel aux vaccins anti-Covid-19. Cette campagne invite les entreprises pharmaceutiques à partager leurs connaissances et leur technologie afin de maximiser le nombre de doses de vaccin disponibles de par le monde. Elle demande aussi aux Etats de se départir de tout « nationalisme vaccinal » et de collaborer afin de garantir que les plus exposés à la Covid-19 dans tous les pays puissent avoir accès immédiatement aux vaccins propices à sauver des vies. Stephen Cockburn, responsable Justice économique et sociale à Amnesty International, souligne à propos des lobbies pharmaceutiques qu’ils ont, jusqu’à présent, créé une situation dangereuse, les inégalités mondiales en termes d’accès au vaccin échappant à tout contrôle. « Une poignée de pays riches sont en tête, tandis que le reste du monde n’a toujours pas pris le départ. Tout le monde mérite une dose d’équité : lorsqu’il s’agit de notre droit à la santé, il n’y a pas de place pour la discrimination. »
Amnesty International renforce son appel avec des chiffres qui parlent d’eux-mêmes, en soulignant que les pays riches ont acheté plus de la moitié des stocks de vaccins, alors qu’ils ne représentent que 16 % de la population mondiale. Ces mêmes pays ont administré plus de 60 % des doses mondiales, tandis que 100 pays n’ont pas encore vacciné une seule personne. Il est ainsi affirmé que des entreprises comme AstraZeneca, Moderna et Pfizer BioNTech « refusent, et ne sont pas les seules, de partager leurs recherches, leurs savoirs et leur technologie ». faisant de ce fait le constat que d’autres entreprises pharmaceutiques ne peuvent pas s’appuyer sur ces avancées de la science pour accélérer leur production de vaccins, ce qui permettrait pourtant d’augmenter les stocks et de les rendre accessibles aux pays disposant de budgets moindres.
Amnesty International rappelle qu’en mai 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a mis sur pied le Groupement d’accès aux technologies contre la Covid-19 (C-TAP), afin que les entreprises puissent regrouper données et connaissances et favoriser l’octroi de licences de production et le transfert de technologie à d’autres fabricants potentiels, dans le but de s’assurer que tout le monde, partout, ait accès aux vaccins plus rapidement. Or, pas un seul groupe pharmaceutique n’a pour l’instant rejoint le C-TAP. Un appel est ainsi lancé aux Etats pour se mobiliser et inciter les entreprises à faire leur part et à travailler collectivement pour que les plus exposés autour du globe soient vaccinés dès que possible.
Tamaryn Nelson, conseillère en matière de santé à Amnesty International, souligne l’importance de la solidarité mondiale pour la campagne de la vaccination anti-Covid 19 en soulignant que « dans la course des gouvernements pour vacciner toute leur population en premier, et au regard de la mainmise de l’industrie pharmaceutique sur les brevets, nous oublions que des vies sont en jeu », martelant que « nul n’est en sécurité tant que nous ne sommes pas tous en sécurité», rappelant que depuis le début de la pandémie et encore récemment, l’OMS et l’ONU ont lancé à plusieurs reprises des appels pour une solidarité mondiale des pays riches envers les pays en voie de développement et pauvres pour l’accès de leurs populations au vaccin anti-covid.
Malgré la mise en place du programme Covax, qui comprend notamment un mécanisme de financement qui doit permettre à 92 économies à faible et moyen revenus d’avoir accès aux vaccins, l’Organisation mondiale de la santé accuse « certains pays riches de saper ce dispositif », en persistant à approcher directement les fabricants pour avoir accès à davantage de doses. A la fin du mois de février, lors d’une visioconférence ministérielle du Conseil de sécurité consacrée à la santé, le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a déclaré que «le monde a urgemment besoin d’un plan mondial de vaccination pour rassembler tous ceux qui ont la puissance, l’expertise scientifique et les capacités de production et financières requises ». Le chef de l’ONU a également mis en garde les pays riches contre cette iniquité vaccinale en soulignant que « si on laisse le virus se propager comme une traînée de poudre dans les pays du Sud, il mutera encore et encore » avec pour conséquence « de nouveaux variants plus transmissibles, plus mortels qui menaceront potentiellement l’efficacité des vaccins. Affirmant que « cela peut prolonger considérablement la pandémie, permettant au virus de revenir pour ravager le Nord ». n