Le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière Abderrahmane Benbouzid a annoncé, hier, qu’à l’occasion de la journée nationale de vaccination, prévue le 4 septembre prochain et pour une semaine, un coup d’accélérateur sera donné à la campagne de vaccination en Algérie, en relevant le défi de vacciner un million d’Algériens en une journée à l’échelle nationale.

Par Sihem Bounabi
Afin de réussir ce pari, le ministre de la Santé a organisé, hier, une visioconférence avec les directeurs de santé et d’établissements hospitaliers de toutes les wilayas pour analyser les mécanismes et les avancées de la campagne de vaccination à la veille de la rentrée sociale, scolaire et universitaire.
Abderrahmane Benbouzid a ainsi souligné, lors de cette rencontre, que les préparatifs de la plus grande opération nationale de vaccination, à partir du 4 septembre prochain, se déroulent en coopération avec plusieurs secteurs ministériels et en coordination avec les walis et les présidents d’APC.
Le ministre de la Santé a précisé à ce sujet que le lancement de ce défi durant la semaine qui coïncide avec la rentrée sociale aura pour objectif «de pouvoir vacciner le plus grand nombre de citoyens, en impliquant tous les professionnels du secteur de la santé en coordination avec les autres secteurs». Ajoutant que pour cela «toutes les wilayas doivent bénéficier de l’intensification de la campagne de vaccination à travers une carte sanitaire qui touchera tout le territoire national, en particulier, les régions enclavées et celles situées dans les zones d’ombre».
Le ministre a déclaré dans ce sillage que la date du 11 septembre, ou ce qu’on appellera le «Big Day», sera «un véritable défi à travers lequel nous visons à vacciner le plus grand nombre de citoyens et au cours duquel le résultat sera évalué lors de cette journée ouverte», affirme-t-il.
Abderahmane Benbouzid a également assuré que tous les moyens matériels et humains seront mobilisés pour la réussite de l’accélération de cette campagne de vaccination qui se poursuivra jusqu’à ce que le plus grand nombre de citoyens soit vacciné. Il a également mis en relief la nécessité d’un accompagnement médiatique par divers médias audiovisuels pour la réussite de cette opération de grande envergure.
Le premier responsable de la santé a ainsi insisté, lors de cette rencontre, que l’accélération de cette campagne de vaccination reste «la seule solution pour une entrée sociale sûre», annonçant dans ce sillage la réception imminente de 5 millions de nouvelles doses de vaccins contre la Covid-19 sera suivie de trois lots supplémentaires d’ici la fin de l’année.
Les antidotes disponobles
Le Pr Ryadh Mahyaoui, membre du Comité scientifique du suivi de la pandémie de la Covid-19 en Algérie, a également mis en exergue l’importance cruciale de l’accélération d’une campagne de vaccination massive contre le coronavirus à la veille de la rentrée sociale, mettant en exergue que maintenant les Algériens ont compris que la véritable démarche pour la réussite de cette campagne de vaccination est une démarche «multisectorielle». Affirmant au journaliste Ahcène Chemache de la Chaîne III de la Radio nationale que «tous les secteurs ont compris qu’ils doivent mettre la main à la patte, ce qui a permis aujourd’hui que cette campagne de vaccination est en pleine vitesse de croisière».
Le membre du comité scientifique a également annoncé qu’«on va encore augmenter cette vitesse, en proposant la vaccination au niveau des universités, des écoles, du milieu sportif, et à l’élargir au supporter de clubs. Il s’agit également d’impliquer des influenceurs, des stars de football et de cinéma pour encourager les Algériens à se faire vacciner».
Le Pr Ryadh Mahyaoui a toutefois tenu à exprimer son optimisme par rapport à l’engouement des Algériens pour la vaccination qui s’est traduit, depuis le mois de juin, par l’augmentation du nombre de personnes vaccinées qui, selon lui, a atteint 6 millions. Il a également estimé que cela va prendre de l’ampleur et «au début du mois de septembre, il va y avoir plus d’engouement avec la reprise sociale, les rentrées scolaire et universitaire».
Le Pr Mahyaoui a aussi mis en exergue le point positif de l’accélération de cette campagne est la disponibilité du vaccin, qui est un grand avantage étant donné le contexte de la tension mondiale sur la demande de vaccin et les inégalités de sa disponibilité.
Il affirme dans ce sillage que «l’avantage, c’est l’acquisition par l’Algérie de millions de doses de vaccins par mois. Ce qui va permettre une croissance exponentielle du nombre de personnes vaccinées d’autant plus qu’il y a une adhésion massive de toute la population».

Possibilité de vacciner les 12/18 ans pour bientôt
Face au nombre d’enfants de plus en plus hospitalisés suite à leur contamination par la Covid et surtout face à la virulence de certains variants, à l’instar du Delta, le Pr Ryadh Mahyaoui confie que «des discussions très précises sont menées parmi les membres du Comité scientifique qui compte d’éminents experts et de nombreux pédiatres». Il rappelle qu’à travers le monde, ce qui est admis dans la plupart des pays, la vaccination se fait à partir de 18 ans et dans quelques autres pays elle a été élargie aux 12-18 ans. Il souligne à ce sujet qu’«on pense déjà à statuer sur le fait d’inclure ou non les enfants de 12 à 18 ans et de s’interroger sur les caractéristiques de cette vaccination. Nous sommes ouverts à cette possibilité en suivant de près ce qui se passe dans les pays qui l’ont déjà fait. On pense sérieusement à baisser l’âge de la vaccination aux moins de 18 ans très bientôt».
Concernant les milieux scolaire et universitaire, le membre du Comité scientifique rappelle que depuis le 22 août dernier, il y a la vaccination massive de 800 000 enseignants du de l’Education nationale et le report de la rentrée scolaire au 21 septembre permet d’atteindre cet objectif rapidement.
Concernant la rentrée universitaire, le Pr Ryad Mahyaoui déclare qu’ «un protocole est en train d’être mis en place pour vacciner les enseignants et même les étudiants, parce que la majorité des étudiants ont plus de 18 ans, ce qui va augmenter le taux de vaccination en Algérie».
Concernant la 3e dose exigée par certains pays pour certaines catégories de personnes, «pour le moment il n y a pas de preuve scientifique que cette troisième dose augmente l’immunité plus qu’une deuxième dose», précisant que scientifiquement parlant à partir de la première dose l’immunité de la personne vaccinée est au maximum. Il y a une semaine l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré qu’il n’est pas question de troisième dose», la véritable problématique pour l’OMS est d’avoir une équité vaccinale dans le monde, au lieu de dépenser une troisième dose pour un pays, il vaut mieux la donner à un pays qui en a besoin.
Dans un autre registre, le Pr Mahyaoui, un des premiers à proposer l’instauration d’un pass sanitaire en Algérie, explique que ce pass serait un outil de motivation pour pouvoir accéder aux administrations, aux espaces sportifs et de loisirs comme les stades et les cinémas, les centres commerciaux… Il estime à ce sujet que «grâce au pass sanitaire, le taux d’occupation de ces espaces pourra atteindre 100 % et donc fonctionner normalement», insistant que «le pass sanitaire est aussi une forme de garantie et d’assurance-vie pour les gens qui vont aller dans ces espaces et de ne pas être contaminé par les gens non vaccinés». Il estime également que l’avantage de ce pass pour les voyageurs est de ne pas passer de tests PCR qui coûtent excessivement cher à chaque voyage.
En conclusion, le Pr Ryadh Mahyaoui insiste encore une fois sur l’impératif d’apprendre à cohabiter et à vivre avec le virus, martelant que «le virus circule toujours avec des variants de plus en plus virulents et contagieux». En Algérie on compte 90% de variant Delta, alors qu’il y a à peine quelques mois on est était à 6%» Ainsi face à cette réalité du terrain, il estime qu’«il faut être plus intelligent que ce virus et vivre avec deux grand piliers et principes, le premier, respecter les moyens de protection, le masque obligatoire, le lavage fréquents des mains et la distanciation physique. Le second c’est la vaccination massive afin d’atteindre un minimum de 60 % de la population».
De son côté, le Pr Mustapha Benameur, chef de service de médecine interne à l’EPH de Rouiba, incite la population à se faire vacciner massivement pour «s’épargner les formes graves de la Covid-19 et d’éviter l’oxygénothérapie». S’exprimant sur le média spécialisé Essaha, il ajoute que «la vaccination contre la Covid-19 et le respect scrupuleux des mesures préventives, telles que la distanciation physique, le lavage des mains avec l’eau savonneuse ou hydroalcoolique et le port de bavette sont autant d’armes efficaces dans notre lutte contre cette pandémie».

Avec le delta, il faut immuniser 35 millions d’Algériens
Pour sa part, le Pr Kamel Senhadji, président de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS), dans un entretien accordé à TSA, déclare qu’«il y a aujourd’hui à peu près 6 millions de personnes vaccinées en Algérie. C’est encore peu mais c’est déjà important parce qu’on est parti de plus bas. Pour arriver à ce taux de vaccination, il y a eu beaucoup d’efforts fournis en matière de vaccination». Selon lui, avec le variant Delta, le taux de l’immunité collective qui était calculé auparavant à 20 millions de personnes à vacciner est aujourd’hui de 35 millions d’Algériens. Précisant que «ce n’est donc plus de 45 millions de doses dont on aura besoin, il va falloir avoir entre 75 et 80 millions de doses».
Le président de l’ANSS lance également un appel pour l’augmentation de la cadence de production de 2,5 millions de doses par mois, en la doublant, voire davantage, pour arriver à vacciner tout le monde». Il s’agit de la production du vaccin chinois Sinovac dont la production est censée démarrer au courant du mois de septembre. Probablement, il va falloir attendre la fin de l’année pour le lancement de la production du vaccin russe Spoutnik V, parce qu’il nécessite plus de moyens de production et des équipements particuliers», conclut-il.