Les travaux du conseil national du RND qui se tiennent du 18 au 19 janvier 2018 ont apporté leurs lots de surprises. Outre l’attaque de Ouyahia contre «ceux qui veulent nous inonder de drogue», allusion à peine voilée contre le régime marocain, le patron du Rassemblement a aussi fait un clin d’œil à l’histoire en dévoilant «les heures peu glorieuses du temps du parti unique».

Il ne manquera pas aussi de réitérer son attachement au programme du président de la République, dont il reste un fidèle serviteur. Il révèlera aussi que Bouteflika, alors membre du Bureau politique du FLN en 1980, était résolument contre le fait d’interdire la fameuse conférence avortée de feu Mouloud Mammeri qui a conduit, comme tout le monde le sait aux douloureux événements du Printemps berbère.
Mais ce que l’on sait moins, c’est ce qui s’est passé loin des projecteurs de la télévision et des crissements des stylos sur les calepins. En effet, en renouvelant la composante de son bureau national, Ahmed Ouyahia a décidé de se séparer de deux membres influents du parti, deux poids lourds décisionnels et politiques. Il s’agit de Abdeslam Bouchouareb et de Fouzia Sahnoun. Le premier, créateur de la première association patronale, CGEOA, député, de la wilaya d’Alger, vice-président de l’Assemblée populaire nationale, est le directeur de la communication de la campagne présidentielle de Abdelaziz Bouteflika, il est nommé ministre de l’Industrie et des Mines, suite à la réélection du président sortant pour un quatrième mandat. Son passage à la tête de l’industrie fera le buzz à plusieurs reprises, notamment après qu’il eut accordé à Takhout une licence de montage des véhicules Hyundai en Algérie, alors qu’il importait les véhicules prêts et ne faisait que monter les roues en Algérie. C’est du moins ce qui ressortait à l’époque sur les colonnes de plusieurs journaux, mais n’a été en fait, jamais prouvé. Bouchouareb sera aussi l’acteur principal du feuilleton de son appartement parisien qui coûte une fortune. Mais c’est sans doute son implication dans le scandale des Panama Papers qui accélèrera sa disgrâce et mettra un terme, indirectement, à sa carrière de ministre. La deuxième, moins connue que Abdeslam Bouchouareb, reste quand même un poids lourd au RND. Du moins jusqu’au 18 janvier. Elle est actuellement députée de la wilaya d’Alger et siège à l’hémicycle Zighoud Youcef en tant que vice-présidente, représentant le RND, en compagnie de Torchi Boudjemaâ, et Aline Senouci, qui occupent aussi la même fonction. Mais c’est surtout son rôle au sein du RND qui a fait de Sahnoun ce qu’elle est politiquement. «Sahnoun était LA femme du RND. Elle était en quelque sorte le chaperon de toutes les femmes du parti et de toutes les causes féministes, et rien ne se décidait sans elle, aussi bien dans le giron féminin, qu’au sein du parti», nous confiera un membre du bureau. Lors de l’annonce de la nouvelle de la mise à l’écart de Bouchouareb et de Sahnoun du bureau national, un silence de mort a plané sur la salle. Si Bouchouareb était absent du congrès, Mme Sahnoun présente, quant à elle, n’a fait paraître aucun sentiment ni commentaire. «Elle est restée de marbre, elle n’a eu aucune réaction. On aurait dit une statue de cire», nous dira un participant audit conseil. Si pour certains participants, cette mise à l’écart est «normal» et rentre dans le cadre d’une sorte de rotation des cadres dirigeants du parti, d’autres par contre y voient un désaveu de Bouchouareb et de Sahnoun. En tout cas, la nuit a été longue à l’hôtel Le mas des planteurs de Staouéli où étaient logés la plupart des militants du RND, membres du bureau national…