Abderrahmane Benkhalfa, analyste économique et financier, contacté par Reporters, a bien voulu présenter à nos lecteurs les mesures qui, dans la conjoncture actuelle, devraient faire partie des priorités de la gouvernance actuelle du pays. « Nous passons à une phase institutionnelle nouvelle sur le plan économique qui impose un ordonnancement des priorités. On traite des questions de conjoncture mais on lance aussi parallèlement des grands dossiers de réforme », a-t-il suggéré d’emblée. Le spécialiste financier a indiqué que certains dossiers sont déjà ficelés et n’attendent qu’un arbitrage de nature politique sur des questions de conjoncture. Précisément, il cite quatre priorités de conjoncture qui relancent la mobilisation de financements alternatifs. Première priorité, reprendre avec rigueur les pistes d’inclusion bancaire et fiscal (effort de collecte de ressources financières) lancées en 2016, en poursuivant la démarche de mise en conformité fiscale au profit des contribuables qui ont des retards dans le paiement de leurs impôts, tout en mettant plus de souplesse dans les procédures pour collecter les ressources financières non bancarisées (hors des circuits bancaires), tout en maintenant les contrôles bancaires de base. Nous devons innover dans la communication, dans l’atténuation des procédures bancaires avec l’implication du système bancaire. Deuxième priorité, lancer un emprunt public avec taux d’intérêt variable qui se dédouble avec une formule islamique. Troisième priorité, mettre à contribution la diaspora en mettant en place des comptes devises à taux préférentiels (taux supérieurs à ceux en Europe qui sont très faibles : 0,5% à 1%). Quatrième priorité, libérer rapidement les fenêtres islamiques dans les grandes banques à réseaux, un financement alternatif qui vient desserrer l’étau des difficultés budgétaires et reprendre le chemin de l’inclusion fiscale. A travers cette mesure, inciter l’épargne de ceux dont l’argent circule hors des circuits bancaires pour des raisons religieuses et pouvoir ainsi le fiscaliser. Ce sont des mesures à caractère exceptionnel qui vont permettre d’atténuer la pression sur le budget et de réduire le déficit budgétaire. A ces mesures d’urgence, devrait parallèlement s’opérer le traitement de dossiers de fond. Premier dossier, libérer l’investissement dans la foulée de la suppression du 51/49 prévue dans la loi de finances de 2020, lancer de nouvelles incitations en la matière, améliorer le code des investissements actuel, ouvrir un couloir particulier pour les émigrés avec des avantages particuliers en leur faveur, supprimer la distinction résidents et non résidents au détriment de la diaspora algérienne, l’émigré doit être considéré comme un Algérien et non comme un étranger. Deuxième dossier, moderniser le régime de change pour réaliser une attractivité plus forte des capitaux en provenance des émigrés ou des IDE. Troisième dossier, légaliser le secteur informel. Quatrième dossier, achever la réglementation sur le partenariat public-privé (PPP). Cinquième dossier, reprendre le processus de modernisation du système bancaire et financier. Sixième dossier, les partenariats capitalistiques ou ouverture du capital des entreprises publiques (non stratégiques) y compris par l’ouverture du capital de ces entreprises via la Bourse. Septième dossier, passer de la réflexion à l’ingénierie d’application en matière de réforme du système de subventions. Huitième dossier, reprendre le dossier de la régulation des marchés qui interagissent sur les mécanismes de la concurrence, soit le retour à des prix normaux proches du marché, à des prix qui reflètent la vérité des prix avec la fin des prix des produits subventionnés fixés de manière administrative qui accompagne la réforme ou la réduction des subventions ainsi que des prix spéculatifs. « C’est aller vers un retour progressif vers les automatismes de marché », a souligné l’expert.
Ce sont des dossiers, a-t-il conclu, qui sont complémentaires, qui interagissent entre eux pour produire un effet sur l’économie nationale. Ils forment en somme un package de mesures qui revivifient, selon lui, le laboratoire de politiques publiques et qui peuvent être utilisés comme stratégie du gouvernement, suggère-t-il. Il préconise, en outre, la mise en place d’un conseil d’analyse stratégique auprès du gouvernement ou de la présidence pour déterminer ou affiner la stratégie économique à court, moyen et long termes du pays.