«Face à la crise économique mondiale et les tensions internes en Algérie, la loi de finances 2021 est-elle réaliste ?», se demande l’expert international en économie, Abderrahmane Mebtoul. Rappelant que le cours des hydrocarbures est en recul, le pétrole en Bourse étant coté à 37,46 dollars, le Brent à 39,70 et le prix de cession du gaz sur le marché libre à 3,35 dollars le MBTU, soit une baisse de plus de 70% par rapport à 2008/2010, il a indiqué que l’Algérie ne peut qu’être impactée par cette situation en matière d’exportations hors hydrocarbures notamment. «Vu le retard, en plus, accusé dans les réformes structurelles internes, cette situation influe sur le taux de croissance, du chômage et du niveau des réserves. Les données de l’ONS du 7 novembre 2020 contredisent autant la loi de finances complémentaires 2020 que les prévisions optimistes de la PLF 2021», remarque-t-il. Car selon l’ONS, dit-il, durant les six premiers mois de cette année, le volume des exportations algériennes a baissé de 35,9%, totalisant 1 365 milliards de DA. Quant aux importations, elles ont atteint 2 128,4 milliards de DA durant les six premiers mois de l’année en cours contre 2 660 milliards de DA à la même période en 2019. «Une évolution qui a conduit à un creusement du déficit commercial, passant de 4,5 milliards de dollars au 1er semestre 2019 à 6,5 milliards de dollars», constate-t-il.
La loi de finances 2021 prévoit, souligne-t-il, une baisse des importations de 14,4%, pour atteindre 28,21 milliards de dollars, 27,39 milliards de dollars en 2022 puis 27,01 milliards de dollars en 2023, et une croissance économique nationale de 3,98 % en 2021. «Mais il ne s’agit là que de simples hypothèses puisque le tissu productif sera dynamisé entre temps. Aussi, l’objectif de réaliser la symbiose entre équilibres macro-économiques et équilibres sociaux sera un exercice difficile et sans un retour à la croissance. Cette dernière sera conditionnée tant par l’investissement productif interne public/privé qu’international, supposant la levée des entraves bureaucratiques et la lutte contre la corruption», remarque-t-il. Pour lui, si les recettes d’hydrocarbures sont en baisse, ce n’est pas seulement en raison du coronavirus mais aussi des nouvelles tendances dans le modèle de consommation énergétique au niveau mondial. «L’Algérie connaîtra plusieurs impacts négatifs qui exigent des stratégies d’adaptation. L’impact hydrocarbure qui dépend fortement du retour à la croissance de l’économie mondiale. La politique socio-économique est liée à l’évolution du prix du pétrole et du gaz puisque la loi de finances 2021 prévoit une stabilisation autour de 40 dollars pour la période 2021-2022 et 45 dollars pour 2023. Mais aussi un impact sur le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB), du taux de chômage et sur les caisses de retraite qui connaissent actuellement un déficit structurel», signale-t-il.
Un impact aussi sur le déficit budgétaire et la balance des paiements où, selon la loi de finances complémentaire 2020, le déficit budgétaire devrait atteindre -1 976,9 milliards de dinars, soit -10,4% du PIB. «La balance des paiements enregistre un solde négatif de -18,8 milliards. Mais dans le PLF 2021, les comptes extérieurs de l’Etat devront atteindre un solde global négatif de -3,60 milliards de dollars, soit une amélioration ressentie par rapport à 2019 (-16,93 milliards de dollars) et à 2020 (-12,3 milliards). Mais ces prévisions optimistes sont difficilement réalisables car c’est établi en fonction d’un cours de pétrole supérieur à 40 dollars et d’une baisse drastique des importations de biens et services», conclut-il. Sans oublier, poursuit-il, l’impact sur le taux d’inflation qui influe sur le pouvoir d’achat et sur la cotation du dinar où la valeur d’une monnaie dépend avant tout du niveau de la production et de la productivité. «Approfondir les réformes internes institutionnelles et micro-économiques, portées par de nouvelles forces sociales, est plus qu’une urgence. C’est un grand défi pour l’Algérie de demain, qui est à sa portée du fait de ses importantes potentialités», assure-t-il. <