Par Fazil Asmar
Evoquant le dernier Conseil des ministres, où le programme économique du gouvernement a été examiné, l’expert en économie, Abderrahmane Mebtoul, estime qu’une hausse de la croissance est primordiale afin d’atténuer les tensions sociales. De même que des réformes systémiques autour d’une nouvelle gouvernance sont à imposer et nécessitent une nouvelle politique, d’une part, et la moralisation de la société, d’autre part. «La bureaucratie et la corruption n’arrangent pas les choses puisqu’elles accentuent le divorce entre l’Etat et les citoyens, constituant ainsi un frein à l’investissement national et international productif», remarque-t-il, signalant que le «plan d’action du gouvernement est confronté à des tensions budgétaires et sociales».
Budgétaire, explique-t-il, car il faudrait une importation en devises en 2021 et en 2022 entre 15 et 20 milliards de dollars uniquement pour relancer l’appareil productif déjà mis en branle ou pour financer les nouvelles réalisations. «Rien que pour les projets du fer de Gar Djebilet et du phosphate de Tébessa, l’investissement nécessaire est de 15 milliards de dollars, projets hautement capitalistiques dont la rentabilité ne se fera pas avant cinq années s’ils sont lancés en 2021. Sans parler du port de Cherchell, dont le coût est estimé entre 5 et 6 milliards de dollars et du projet gazoduc Nigeria-Algeria d’un coût estimé, par les Européens, de plus du 17 milliards de dollars», rappelle-t-il. Pour lui, il faut être réaliste dans ce contexte. Les recettes en devises ne dépasseront pas les 30 milliards de dollars si le cours se maintient entre 65 et 70 dollars et le gaz entre 3 et 4 dollars le MBTU, sous réserve d’une relance de la production de Sonatrach qui connaît une baisse entre 20 et 25% de sa production en volume physique entre 2010-2020. «Il ne faut pas parler de dépenses de plusieurs dizaines de milliards de dollars alors que l’Algérie, outre une crise de gouvernance, est en crise de financement, souffrant d’un manque de devises et d’une rigidité structurelle, faute de réformes», souligne-t-il.
La solution de facilité serait, selon lui, la planche à billets, la Banque d’Algérie se proposant d’émettre 2 100 milliards de dinars, soit 16 milliards de dollars environ, au cours de cette année, sans contreparties productives, risquant ainsi d’accélérer la spirale inflationniste. «L’Algérie devra éviter à tout prix l’expérience de la Roumanie communiste qui, pour préserver ses réserves de change, avec une économie interne en berne, a restreint d’une manière drastique les importations amenant à l’implosion sociale», prévient-il. Il estime à ce propos que la décision récente, afin de préserver les réserves de change, d’interdire les importations de produits finis risque d’amplifier le processus inflationniste avec l’extension de la sphère informelle si elle n’est pas bien ciblée. D’après lui, pour réussir les réformes tant annoncées dans tous les secteurs, l’Algérie a besoin de nouvelles intermédiations politiques, sociales, culturelles et économiques et surtout, loin des aléas de la rente. Ce qui nécessite, toujours selon lui, une réorganisation des partis politiques et des mouvements associatifs et syndicales, la réforme de la justice, du système de l’éducation, du foncier agricole et du système financier. «Afin d’éviter un affrontement direct entre forces de sécurité et citoyens en cas de malaise social, un regard critique et juste doit être posé sur la situation actuelle et sur ce qui a déjà été accompli de 1963 à 2021. Mais également sur ce qu’on devra accomplir entre 2021 et 2030 au profit exclusif d’une patrie, dont la préoccupation essentielle serait de réunir tous ses enfants autour de ce même objectif : la sécurité nationale et le développement économique et social du pays», conclut-il. n