À l’occasion du Congrès international sur les énergies renouvelables et la sécurité énergétique et alimentaire, «trois thèmes interdépendants et cruciaux pour l’Algérie», selon M. Guitouni, Abderrahmane Mebtoul, consultant autour des questions énergétiques, se montre optimiste malgré le retard pris par l’Algérie en termes de transition énergétique.

Reporters : Dans sa quête de sécurité énergétique, l’Algérie a mis en place un programme national de développement des énergies renouvelables. Comment évaluez-vous le déroulement de ce programme ?
Abderrahmane Mebtoul : Ce programme a été lancé en 2011, nous sommes en 2018, nous avons réalisé 450 MW environ sur les 22 000 prévus à l’horizon 2030. Il faut être réaliste, il sera quasi-impossible de réaliser ce programme d’ici à 2030. Mais cela ne veut pas dire que nous avons échoué, car ce retard a eu paradoxalement une retombée positive. En effet, l’investissement initial devait réaliser, à partir de la technologie solaire thermique, 12 000 MW destinés au marché national et 10 000 autres destinés à l’export. Mais entre 2011 et 2015, beaucoup de paramètres ont évolué au niveau mondial. Le prix d’investissement et de production électrique à partir du photovoltaïque a baissé de manière considérable comparativement à la technologie thermique. Si nous avions poursuivi le même programme de 2011, nous aurions eu à investir de plus grandes sommes. En 2015, le programme a donc évolué et ce sont 18 000 MW qui doivent être réalisés à partir du photovoltaïque.

Quels sont les obstacles à lever, selon vous, pour dynamiser ce programme national ?
L’une des problématiques est celle de l’investissement. Lorsque nous demandons aux entreprises locales ou étrangères de bâtir une nouvelle industrie dans le solaire, c’est difficile car il faut un marché. On ne crée pas une industrie pour le marché algérien, c’est insuffisant. C’est comme pour l’automobile, à l’étranger le client s’oriente vers la voiture électrique et la voiture autonome, alors qu’en Algérie on se lance dans les usines de véhicules de technologie datant des années 1980. Ce sera difficile d’avoir des marchés à l’étranger avec une industrie dépassée. D’autre part, le problème réside aussi dans la création de centrales de grande capacité de 1 300 MW de solaire. À mon avis, il faut décentraliser la production et réduire la capacité des unités de production.

Quelles perspectives sont envisagées pour le pétrole et le gaz ?
Le marché du gaz pourra s’améliorer car il s’agit de l’allié des énergies renouvelables. Il aidera à pallier le problème de stockage et d’intermittence de la production photovoltaïque. Quant à la consommation de pétrole, celle-ci baissera, car les principaux consommateurs, les Etats-Unis, l’Europe et le Japon, envisagent de consommer moins de pétrole. À partir de 2025, l’ère du pétrole liquide devra s’achever. Le pays peut faire face à la crise avec un prix du baril entre 55 et 60 dollars sous réserve de dynamisation des autres secteurs d’activité et de réorientation de la politique socio-économique.

Vous plaidez pour que le secteur de la pétrochimie soit géré par le ministère de l’Energie et non celui de l’Industrie. Pourquoi ?
Le secteur de la pétrochimie n’aurait jamais dû être mis sous la coupe du ministère de l’Industrie et des Mines, car ce choix pose un problème de compétence. Il est difficile de vendre les produits pétrochimiques sur le marché international. Il faudrait placer le secteur pétrochimique au niveau du ministère de l’Energie, car Sonatrach a les capacités de nouer des partenariats avec des firmes étrangères pour placer les produits algériens sur le marché international.

 Quelle est votre position sur l’exploitation du gaz de schiste en Algérie dans les prochaines années, comme l’a mentionné le ministre de l’Energie ?
Il ne faut pas avoir une vision négative du pétrole et du gaz de schiste. Celui-ci ne pourra être exploité que dans huit ou neuf ans. D’ici-là, de nouvelles techniques verront le jour, elles seront plus économiques en eau et en produits chimiques. L’Algérie doit donc investir massivement dans la ressource humaine pour maîtriser cette nouvelle technique.
Recueillis par Rafik AIOUAZ