Par Fazil Asmar
Pour l’expert international en économie, Abderrahmane Mebtoul, le Projet de la loi des finances 2022 (PLF 2022) repose essentiellement sur des indicateurs économiques et financiers dont la réalisation sera difficile au vu des contraintes internes et externes. Il a rappelé, à ce propos, que ce projet prévoit une dépréciation progressive du dinar par rapport au dollar de 149,3 dinars en 2022, de 156,8 en 2023 et de 164,6 en 2024 et que les objectifs tracés seront atteints en fonction des recettes issues des hydrocarbures.
«Le PLF 2022, se basant sur un cours de 45 dollars le baril du Brent et un prix du marché de 50 dollars, prévoit une croissance de 3,3% et 3,7% hors hydrocarbures, avec un excédent de la balance commerciale de 2,35 mds dollars (+1.5% du PIB), des exportations hydrocarbures de 32,4 mds dollars fin 2021 et hors hydrocarbures de 5 milliards de dollars. Mais d’un autre côté, la balance des paiements incluant les sorties de devises des services souffre d’un déficit estimé à -5,3 mds dollars (3,3% du PIB), contre -16,4 mds dollars fin 2020, soit un recul de 67,5%», remarque-t-il. Par ailleurs, signale-t-il, les dépenses sont estimées dans ce projet à 9 858,43 milliards de dinars qui causera un déficit budgétaire de 4 175,21 milliards de dinars. «Le gouvernement prévoit de combler ce déficit en recourant aux mécanismes du Trésor et du Fonds de régulation des recettes. Seulement, il y a une différence entre les chiffres réels et ceux inscrits dans le PLF. Soyons réalistes, entre 2021-2025, comme pour les années passées, 98% des recettes en devises avec les dérivés dépendront toujours des hydrocarbures, nécessitant une nouvelle politique énergétique axée sur l’efficacité et la transition énergétique», prévient-il, appelant à éviter les utopies par un langage de vérité.
Si les projets du fer de Gara Djebilet et du phosphate de Tébessa, poursuit-il, commencent leur production en 2022, l’investissement de ces deux projets étant estimé à environ 15 milliards de dollars ainsi que celui du gazoduc Algérie, dont le coût est estimé entre 19 et 20 milliards de dollars, la rentabilité ne se fera que dans 5 à 7 ans. «Les caisses de retraites étant alimentées indirectement par la rente des hydrocarbures, qui irrigue toute l’économie nationale, l’Algérie pourra-t-elle profiter pleinement des cours exceptionnels du pétrole et du gaz à long terme ou même à moyen ou à court termes ? Surtout que, selon les prévisions de l’Opep, le cours devrait se stabiliser, en 2022, entre 70 et 80 dollars avant de redescendre entre 2025-2030 avec l’accélération de la transition énergétique», se demande-t-il. D’autant plus, qu’à son sens, l’Algérie ne s’est pas adaptée, faute de prévisions, aux nouvelles mutations gazières mondiales avec la percée du marché libre dit spot, qui privilégie les contrats à moyen et à long termes à des prix fixes même dans le cas de hausse ou de baisse des cours. «Certes, la remontée des prix pour 2021 engendre pour Sonatrach une recette entre 32 et 33 milliards de dollars, soit un gain de 6 à 8 milliards de dollars par rapport à celle de 2020 mais, le plus important, ce sont les décrets d’application de la loi des hydrocarbures et le code des investissements que les opérateurs attendent toujours», assure-t-il. L’Algérie, conclut-il, possède encore des marges de manœuvres mais elles sont de plus en plus étroites. «L’avenir de notre pays dépendra des réformes et d’une nouvelle gouvernance avec pour objectif stratégique de diversifier l’économie, loin de la mentalité rentière, les lois économiques étant insensibles aux slogans politiques. Il est impératif, en outre, de cesser de donner des chiffres qui ne correspondent pas à la réalité, en matière d’exportations hors hydrocarbures notamment», soutient-il.