Par Fazil Asmar
Face aux tensions économiques et sociales secouant le pays ces derniers temps, un discours de vérité, loin des promesses «utopiques», s’impose, selon l’expert international en économie, Abderrahmane Mebtoul. Ces promesses «utopiques» sont, d’après lui, des «facteurs de démobilisation» de la population, de plus en plus «consciente de la gravité de la situation que nous traversons». «Dans ce cadre, la directive du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, au dernier Conseil des ministres interdisant à ces derniers les sorties afin de ne pas perturber la campagne électorale, est salutaire, en espérant que soient mis fin à certaines déclarations ignorant la dure réalité quotidienne des citoyens», souligne-t-il.
«Sans une bonne gouvernance induisant la moralisation surtout des dirigeants», soutient-il, qui doivent donner «l’exemple par un langage de vérité» et dans la stabilité politique, l’on ne «peut parler de développement».
«La coordination fait cruellement défaut dans différents secteurs. Dans celui de la santé, par exemple, les discours sont contradictoires entre les différents membres du Conseil scientifique, le ministère de la Santé et les industries pharmaceutiques. Malgré les directives du Président de la République, nous n’avons pas à ce jour le bilan des vaccinations premières et deuxièmes doses», constate-t-il. Il note aussi des contradictions dans les discours du ministère du Commerce et celui des Finances sur l’appréciation du dinar et la maîtrise de l’inflation. «A la fin de ce mois béni, les prix ont connu un niveau inégalé tandis que le dinar continue sa dépréciation avec des incidences inflationnistes. Le ministre du Travail a annoncé la création de 200 000 emplois alors que c’est impossible dans la conjoncture actuelle. Rien que dans le secteur du BPTH, il y a eu des pertes d’emplois de plus de 150 000. Plus de 95% des entreprises du secteur sont des unités personnelles ou de petites Sarl à gestion familiale, peu innovatrices et dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15%. Et selon les organisations patronales, plus de 50% des activités sont en sous-capacités», signale-t-il.
Et puis, précise-t-il, un secteur non producteur d’emplois ne peut se prononcer sur la création de postes de travail. «La loi est universelle, l’on ne crée pas d’emplois par des actes administratifs étant du seul ressort des entreprises créatrices de richesses. Quant aux start-ups, il leur faut un environnement productif favorable étant des prestataires de services. Elles ne peuvent évoluer dans le temps que dans un cadre stratégique clair et si elles ont un marché. On se retrouvera sinon avec le même impact négatif de faillites comme les nombreux projets de l’ex-Ansej. Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs !», estime-t-il.
Le point positif, selon lui, c’est que l’Algérie continue de bénéficier d’une marge de mouvement positive sur la dette extérieure, qui reste modeste et qui, selon le FMI, devrait atteindre 3,6% et 5,2% de la production respectivement en 2021 et 2022, contre 2,3% en 2020. «Nous avons besoin d’une communication qui soit loin des promesses utopiques. La stratégie hors hydrocarbures demande du temps, il faut le dire. Pour les PMI/PME, si le projet est lancé en 2021, sa rentabilité est pour 2024/2025. Pour les projets hautement capitalistiques, comme le complexe de phosphate de Tébessa, le fer de Gara Djebilet et le phosphate, si l’on résout le problème du partenaire et du financement très élevé, n’étant encore qu’en intention, la rentabilité ne sera pas avant 2027/2028. Force est de reconnaître qu’en ce mois de début mai 2021, malgré toutes les potentialités, et elles sont énormes, la prédominance de la rente des hydrocarbures subsiste et irrigue toute l’économie et le corps social. Sonatrach, c’est l’Algérie et l’Algérie, c’est Sonatrach», prévient-il.
Il conclura en assurant qu’un front social interne solide, tenant compte des différentes sensibilités, est impératif dans le cadre d’un dialogue productif pour relever les défis du nouveau monde et surtout, valoriser les compétences humaines, richesse bien plus importante que toutes les réserves d’hydrocarbures.