Par Fazil Asmar
Le consultant international en économie Abderrahmane Mebtoul souhaite qu’en dehors des querelles partisanes stériles, les dirigeants, issus des élections de juin 2021, redonneront la confiance tant attendue, unifieront les Algériens et lutteront efficacement contre la corruption, et ce, par une bonne gouvernance. La lutte contre les malversations et la moralisation de la société, selon lui, sont les conditions sine qua non du retour à la confiance et de la croissance. «Il s’agit tout d’abord de réhabiliter la Cour des comptes, consacrée par la Constitution, et dont l’objectif est de permettre la transparence de la gestion des finances publiques. Le contrôle de la qualité de gestion doit avoir pour finalité l’appréciation des conditions d’utilisation et de gestion des fonds gérés par les services de l’Etat, les établissements et organismes publics et, enfin, l’évaluation des projets, programmes et politiques publics», indique-t-il, notant l’absence de maîtrise dans la gestion des projets qui font l’objet de surcoûts et de réévaluations permanentes.
A ce propos, il a souligné également la faiblesse de l’impact de ces projets en termes de rentabilité et de retour d’investissements. «Les déficiences observées dans le processus budgétaire et les goulets d’étranglement institutionnels ont entraîné systématiquement une mauvaise exécution des programmes d’investissement. Toutes ces insuffisances ont abouti à une mauvaise programmation, à la surestimation des dépenses et à de longs retards dans la réalisation», constate-t-il.
Parmi les carences importantes observées dans ce registre, poursuit-il, le décalage entre la planification budgétaire et les priorités sectorielles, l’absence d’interventions efficaces dues à un morcellement du budget résultant de la séparation entre le budget d’investissement et celui de fonctionnement et les écarts considérables entre les budgets d’investissement approuvés et les budgets exécutés. Ce qui témoigne, selon lui, de la faiblesse de la capacité d’exécution des organismes concernés.
Toujours dans ce contexte, il a signalé que les coûts des projets sont importants, la préparation technique du personnel d’exécution et la qualité des projets sont généralement faibles et inégales. Pour toutes ces raisons, ces projets ne contribuent que faiblement à l’atteinte des objectifs stratégiques sectoriels. «Il faut savoir que de nombreuses faiblesses trouvent leur origine dans l’urgence qui accompagne la préparation de projet et le chevauchement des responsabilités entre les diverses autorités et parties prenantes», observe-t-il.
Toutefois, le véritable contrôle, selon lui, passe surtout par la démocratisation de la société. Le contrôle de la Cour des comptes ou de tout autre organisme technique, explique-t-il, n’est pas une condition suffisante pour avoir un contrôle efficace. «Le véritable contrôle passe par des contrepoids politiques et sociaux avec l’implication de la société civile, par la démocratisation, en fait, de la société. Car ce n’est pas une question de lois ou de textes juridiques, mais d’une volonté politique de lutter contre la corruption et la mauvaise gestion. Les textes existent, mais il y a comme un divorce entre eux et la pratique», déplore-t-il.
D’après lui, si l’on veut lutter contre les surfacturations, les transferts illégaux de capitaux, rendre le contrôle plus efficient, il y a urgence de revoir le système d’information qui s’est totalement écroulé quand la problématique de la transparence des comptes s’est posée, y compris dans une grande société comme Sonatrach. «Sans une information interne fiable, tout contrôle externe est difficile et dans ce cas, la mission de la Cour des comptes serait biaisée. Dans les administrations, on ignore encore les principes élémentaires de la rationalisation des choix budgétaires», révèle-t-il, assurant que le fondement de tout processus de développement repose sur des institutions crédibles. n