L’ancien ministre des Finances et analyste financier, Abderrahmane Benkhalfa, a estimé que l’économie algérienne avait plus que jamais besoin d’un «traitement structurel». L’ex-ministre en poste entre 2015 et 2016, après avoir exercé à la Banque d’Algérie, souligne que l’économie algérienne souffre de «dysfonctionnements», évoquant tour à tour «les problèmes» de liquidités, l’accord d’associations avec l’UE, le code de l’investissement ou encore la question de l’informel…

«Ce sont des ‘grains de sable’ qui deviennent grands parce que le traitement conjoncturel de l’économie ne pourra jamais remplacer le traitement structurel», a indiqué le spécialiste qui était l’invité de la Chaîne III de la radio nationale. Il s’est toutefois voulu optimiste quant à l’avenir, en expliquant que la «rénovation de l’édifice institutionnel» a déjà pour conséquence un «environnement des affaires tout à fait acceptable et prometteur».
En effet, questionné sur les projets de réformes économiques et financières, qu’il juge prioritaires, Abderrahmane Benkhalfa met en avant trois axes, «la modernisation bancaire, avec le paiement électronique (…), le changement de la gouvernance des entités publiques, avec, entre autres, l’ouverture du capital. Et en troisième lieu, revoir les règles d’un marché financier algérien, aujourd’hui inexistant». Des objectifs, ajoute l’expert, qui impliquent, cependant, une «réforme structurelle» de l’économie nationale en veillant à la mise en place de règles «stables dans le temps».
Ainsi Abderrahmane Benkhalfa met en garde : «Il faudra stabiliser le code de l’investissement… Nous changeons trop les règles (…) Partout ailleurs elles sont stables pour des périodes de 10 à 20 ans.» Même constat sans appel en ce qui concerne la politique socio-économique, où il s’agit pour A. Benkhalfa de «découpler le social de l’économique (…) C’est cela qui a fragilisé nos grandes entreprises». Et dans cette même logique, il demande au gouvernement de continuer sur la voie de l’ouverture de l’investissement : «Ce n’est pas parce que le ressources et l’investissement viennent du public que les règles doivent êtres différentes (…) Le Président a inscrit ce changement dans son programme, nous devons consacrer cette rupture dans les deux ans à venir.»
Expert des questions financières, qui fait également savoir que l’Algérie ne peut plus compter sur des règles économiques «spécifiques», Abderrahmane Benkhalfa appelle à réfléchir à une relance «post crise de la Covid», basée sur la «débureaucratisassions» et l’investissement «dans le lobbying pour soigner l’image du pays». Le pays devant se mettre au diapason des règles internationales, «nous devons amener nos règles de travail au niveau des règles universelles (…) Le code de l’investissement, les règles industrielles, mais aussi les règles qui régissent les services, le régime de change, le système de subvention, la banque… devront connaître une rupture. Le Président et le gouvernement ont géré une rupture politique et institutionnelle, nous plaidons pour l’année 2021 en faveur d’une rupture économique». Une ambition qui nécessitera toutefois «du temps» qu’il estime à «au moins trois ans», avec «un rythme et un agenda serrés».
En ce sens, Abderrahmane Benkhalfa a fait savoir que l’Algérie a aujourd’hui une nouvelle chance : «Nous sommes un pays qui a raté plusieurs occasions. Le pétrole était à 120 dollars le baril, mais nous n’avons pas fait les réformes, puis, nous avions des liquidités et nous avons raté l’occasion (…) Maintenant, nous avons une nouvelle occasion avec l’ambiance politique et institutionnelle, il ne faudra pas rater cette étape. Je plaide pour une année 2021 qui met l’économie en priorité, autrement, nous resterons dans le traitement conjecturel».
Quant à la mise en œuvre des réformes, l’ancien ministre souligne l’importance du consensus et de la pédagogie : «Ces réformes» ne doivent pas forcément passer par la contrainte de la loi, explique-t-il en substance. «Nous traitons trop de problèmes par la loi, or, les comportements ne répondent pas à la loi (…) Il faut des mesures d’incitation à destination des acteurs économiques.
Expliquant les avantages de ces nouvelles dispositions, je ne connais pas un pays où les gens se sont mis au payement électronique par la loi». Même chose en ce qui concerne les «près de 60 milliards de dollars de l’économie informelle» qu’il s’agit de «ramener progressivement» vers le circuit officiel.
Ancien responsable politique au sein du gouvernement Sellal, Abderrahmane Benkhalfa s’est également exprimé, hier, sur les questions de la dépréciation du dinar et du futur accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne. Ainsi, s’il estime la dépréciation du dinar décrite dans la loi de finances 2021 comme un fait inévitable, il qualifie cependant cette action de simple «ajustement» : «Le dinar est le reflet de la compétitivité de l’économie. On ne peut pas avoir un dinar fort avec une économie faible (…) Mais je ne parle pas pour autant de dépréciation parce que la valeur dinar est actuellement subventionnée tout comme le pain ou le lait. Dans les faits, ce qu’on nomme dépréciation est dans les faits un ajustement». Quant à l’accord avec l’UE, Abderrahmane Benkhalfa se dit résolument «pour», en expliquant qu’il marquera aussi une sorte de rupture symbolique dans la gestion économique algérienne : «Toutes les économies s’ouvrent, j’entends, celles qui veulent sortir de l’accord d’association avec l’UE. Non, il faut continuer et même se préparer à l’OMC (…) Il faut mettre fin à la spécificité algérienne et sortir du couplage économie et social, d’un côté, et la gouvernance publique de l’autre.» <