La Commission Finances de l’APN a refusé d’intégrer un amendement d’article dans la loi de Finances 2018, censé prendre en charge le budget pour généraliser l’enseignement de tamazight sur tout le territoire national et rendre également son enseignement obligatoire.

La demande, qui aurait émané du Parti des travailleurs (PT), s’est heurtée à un rejet sous prétexte que l’Etat œuvre et continue à œuvrer pour la promotion de cette langue ancestrale et que son enseignement est inclus dans les manuels et programmes scolaires et que les efforts du Haut-commissariat à l’amazighité visent également à prendre en charge une partie de la promotion et du développement de la langue amazighe.
Près de deux ans après son élévation au rang de « langue officielle dans ses différentes variétés», la promotion de tamazight accuse un « retard incompréhensible», souligne Abderezzak Dourari, directeur du Centre national pédagogique et linguistique de l’enseignement de tamazight (CNPLET), notamment s’agissant de la promulgation de la loi organique relative à l’application de cette disposition de l’article 4 de la Constitution de 2016. Cette langue est polynomique (plusieurs normes) et aucune de ces normes n’est fixée scientifiquement. «Il serait par conséquent incongru de parler de généralisation et du caractère obligatoire de l’enseignement de cette langue sans qu’on ait une loi organique qui définisse en principe le processus de mise en œuvre du caractère officiel de la langue dans ses variétés et sans une académie de langue censée la normaliser», ajoute M. Dourari. Dans ce sens, il explique que « le meilleur moyen d’aider à la promotion de tamazight, c’est la mise en place d’une académie algérienne de la langue amazighe», créée en droit en vertu de l’article 4 de la Constitution en cours. Le Pr. Dourari rappelle que tamazight est une langue polynomique (nom singulier pour une réalité plurielle), qui englobe en son sein un ensemble de variétés très différenciées linguistiquement et culturellement. « Je me demande quelle variété entend-on généraliser ou imposer et à qui ? », s’interroge ce professeur en science du langage et directeur du CNPLET. « A-t-on pensé un seul instant aux conséquences sociétales fâcheuses d’une généralisation/obligation non réfléchie ? » Pour ces raisons, il affirme que « sa promotion ne passera que par le respect de ce qui a été stipulé dans la Constitution de février 2016 ». Dans son article 4, ladite Constitution indique que l’Etat œuvre à la promotion de tamazight et à son développement dans toutes ses variétés linguistiques en usage sur le territoire national. Et qu’il sera créé une académie de la langue amazighe qui s’appuie sur les travaux des experts et qui est chargée de réunir les conditions de la promotion de tamazight en vue de concrétiser, à terme, son statut de langue officielle. Le nombre de wilayas où tamazight est enseigné a été porté à « 37», à l’entame de l’actuelle année scolaire.
Le HCA prépare un plaidoyer qu’il compte soumettre à la ministre de l’Education nationale, Nouria Benghebrit, pour qu’elle règlemente l’enseignement par une nouvelle circulaire, car la dernière en date remonte à 2008. Le HCA lui propose, en effet, d’élaborer une nouvelle circulaire permettant de « repositionner l’enseignement de tamazigh », avait indiqué Si El Hachemi Assad, secrétaire général du HCA, et mettre un terme au caractère optionnel qui régit l’enseignement de cette langue.
Or, pour le Pr. Dourari, « il n’est pas sérieux d’envisager l’enseignement généralisé et obligatoire d’une langue polynomique dans un système éducatif aussi lourd que le nôtre avec plus de neuf millions de personnes, réparties sur un territoire de plus de deux millions et demi de kilomètres carrés, connaissant une variation linguistique et culturelle importante et compliquée par la non-fixation de sa norme ou de ses normes par une instance académique ayant le statut d’une autorité morale et scientifique en la matière », précise le professeur Dourari.