Propos recueillis par Milina Kouaci
Reporters : Les mises en garde du ministère du Travail auront-elles un impact sur l’adhésion des travailleurs au mot d’ordre ?
Abdelouahab Lamri Zegar
: Absolument pas. Les travailleurs n’ont cessé d’appeler leurs syndicats à recourir à la contestation pour réclamer l’amélioration du pouvoir d’achat. Les mises en garde et menaces du ministère du Travail ne peuvent dissuader les syndicalistes de faire cette grève dans un cadre réglementaire. Il semble que c’est le ministère qui interprète mal les lois en vigueur ou ne les comprend pas. Le ministère tente de faire croire que les syndicats ne se sont pas conformés aux dispositions légales en vigueur en matière d’exercice du droit syndical, alors que chacun des syndicats a déposé individuellement son préavis de grève auprès de sa tutelle et non au nom de la Confédération des syndicats algériens (CSA) ou des Syndicats algériens du secteur de la Fonction publique (SASFP) qui n’existe pas d’ailleurs.

La grève de deux jours est donc maintenue ?
Absolument. Via sa sortie médiatique, le ministère du Travail tente d’induire en erreur les travailleurs pour qu’ils n’adhèrent pas au mot d’ordre. Mais les travailleurs sont en parfaite connaissance des lois de la République et conscients que la grève est un droit constitutionnel garanti par la loi. Ce qui s’est passé, c’est que plusieurs syndicats ont décidé d’unir leurs actions car l’amélioration du pouvoir d’achat est une revendication qui concerne tous les travailleurs des différents secteurs, et qui doit, par conséquent, être portée par tous les syndicats autonomes.
Je saisis l’opportunité pour dénoncer ces pratiques entravant l’action syndicale. Ces pratiques se sont malheureusement ancrées depuis la consécration du pluralisme.

Pourtant la loi 90-14 portant sur les modalités de l’exercice syndical a été révisée il y a quelques mois…
La loi 90-14 n’a pas été révisée dans son intégralité. D’ailleurs, le Président a ordonné de préparer un projet de loi cadre portant sur l’exercice syndical. Cela n’empêche pas que le droit à la grève est un droit constitutionnel reconnu par la loi et dans la loi suscitée. Et aucune loi ou clause ne conditionne l’observation de grève à l’obligation de remplir les conditions de représentativité syndicale.

Les syndicats de la Fonction publique menacent de radicaliser les actions dans le cas où le gouvernement ne répond pas à leurs revendications. Quelles formes prendraient la contestation ?
Cette question sera soumise à l’appréciation des syndicats initiateurs de ce mouvement de grève. Nous avons décidé d’unir nos actions en programmant à l’unanimité une grève nationale de deux jours. Et c’est à ces organisations syndicales de décider des suites à donner à ce mouvement si le gouvernement persiste dans sa surdité.