Reporters : Dans votre intervention d’ouverture des JIPA 2020, vous avez soulevé avec insistance le besoin de revoir la politique des prix dans le secteur. Peut-on en savoir un peu plus sur ce qui, apparemment, est un frein à vos perspectives de croissance ?
Abdelouahed Kerrar : Il faut savoir en premier lieu que de par notre statut d’union professionnelle, nous avons notre mot à dire dans la procédure de fixation des prix des médicaments que nous produisons au niveau de nos unités de fabrication. Mais à ce jour, on continue d’ignorer quelle est la politique suivie réellement dans la fixation des prix. Pis encore, on n’a jamais été consultés. Je conçois que les pouvoirs publics ont toujours cherché à tirer vers le bas les prix parce qu’on importait la quasi-totalité de nos besoins en médicaments, mais, aujourd’hui, les choses ont changé, car, force est de constater que nous produisons actuellement plus de 50% de nos besoins. Donc notre politique devrait changer. Mais une procédure de fixation de prix a été adoptée au mois de juillet dernier sans que l’on soit consultés, bien que nous sommes un espace de concertation avec les pouvoirs publics. L’entrée en vigueur de la procédure est intervenue en septembre dernier avec comme exigence de rendre les prix du médicament les plus bas de la région avec lesquels l’Algérie se compare, à savoir la France, la Turquie, l’Egypte et nos voisins marocains et tunisiens. Cette fixation des prix à un niveau bas nous pénalise et nous freine. Devant cette procédure, nous n’avons eu de cesse de rappeler notre rôle social. Autant nous tenons à l’équilibre de la sécurité sociale, autant nous recrutons chaque année des centaines de jeunes diplômés et créons des postes d’emploi. Les pouvoirs publics se doivent de mener une politique qui puisse concilier un large accès aux soins avec le développement du tissu industriel. J’espère que les mesures annoncées par le ministre délégué à l’industrie pharmaceutique vont vite être mises en oeuvre sur le terrain.
Justement à propos de développement de notre industrie pharmaceutique, vous avez souligné que cela restait tributaire du facteur exportation. Sur ce point, qu elle est la stratégie ?
En effet, il faut savoir que le pays compte 95 unités de production de médicaments. C’est un tissu dense appelé à trouver des débouchés pour le surplus de production. En d’autres termes, vers l’export. Mais pour ce faire, il faudra que nos prix ne soient pas les plus bas par rapport aux pays voisins.
C’est la règle en vigueur. Et d’où l’intérêt à revoir à la hausse les prix des médicaments sortis d’usines. De notre côté, nous avons notre idée sur comment développer nos exportations de médicaments. A partir du moment où nous avons compilé tous les obstacles qui freinent les exportations, il nous a été facile à l’époque d’élaborer une stratégie qui puisse assurer des résultats concrets. En clair, les solutions que nous avons préconisées ont été transcrites dans un document que nous avons remis aux ex-ministres du Commerce. Aujourd’hui, après l’installation d’un délégué au commerce extérieur, nous espérons que nos solutions seront prises en compte. Nous attendons à ce que l’exportation qui était une alternative puisse devenir une nécessité pour nous, sinon nos unités vont se retrouver dans une très mauvaise posture et au risque de baisser rideau. J’espère que nous n’en arriverons pas là.