Le premier responsable de cette association patronale fournit des détails sur la feuille de route en voie de finalisation élaborée en particulier par le patronat, Logitrans et la Safex, qui comporte les mesures pratiques adéquates à appliquer sur le terrain pour atteindre cinq milliards de dollars d’exportation en 2021.

Entretien réalisé Par
Khaled Remouche
Reporters : Où en est-on en matière de développement des exportations hors hydrocarbures ?
Abdelouahab Ziani : L’exportation est l’affaire de tous les industriels. Nous sommes en train de travailler sur une feuille de route pour parvenir à atteindre de 4 à 5 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures. L’organisation patronale, la CIPA, avec ses opérateurs et ses experts, est en train de tracer une nouvelle feuille de route : comment faciliter l’exportation et comment pouvoir nettoyer l’environnement de toutes les entraves. Par rapport à cela, nous avons identifié la bureaucratie qui doit sortir de notre sphère pour qu’on soit propre. Nous avons travaillé avec deux organes, Logitrans, qui s’occupe de la logistique, et la Safex, pour la nouvelle société qui s’appelle Tasdir. Nous, nous avons proposé la zone franche au niveau du Nord et les trois zones franches, qui sont au niveau du Sud, pour le marché africain. Notre rôle est de recenser actuellement les opérateurs qui ont des excédents à l’exportation et qui veulent faire de l’exportation. Nous avons aussi discuté avec les experts de Logitrans et de la Safex pour créer la vitrine annuelle au Nord et au Sud pour les trois zones franches qui vont bientôt voir le jour. Assihar est en train de se préparer pour cela. Ensuite, nous appelons tous les opérateurs à nous rejoindre pour faire de la formation dans l’export et pour destiner nos produits vers les zones franches. Nous espérons atteindre un bon chiffre. Il est vrai que depuis la fermeture des frontières et de l’espace aérien, l’exportation, en 2020, a été réduite. Parce que sans contacts, on ne peut rien faire. On espère atteindre un chiffre de 4 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures en 2021, contre un peu moins de 2 milliards de dollars en 2020.
Est-ce que cet objectif d’exportation est réaliste ?
Avec la volonté des pouvoirs publics et la nôtre, on peut atteindre cet objectif. On peut faire 10 milliards de dollars sans aucun problème. On peut tripler le volume d’exportation en valeur de 2020. Rien que la société qui sponsorise le trophée du meilleur exportateur, à savoir Faderco, qui a une usine, peut exporter sur 20 pays sur l’Afrique et l’Europe. Elle peut faire un chiffre d’affaires d’1 milliard de dollars à l’export. Elle est en surcapacité, trois cents fois sa capacité. Où va aller cette production excédentaire ? Je connais les entreprises qui font de l’exportation. Tout est possible.
Quelles sont les contraintes qui restent à lever pour développer de façon significative les exportations hors hydrocarbures ?
Les problèmes sont connus. Il faut faciliter tout ce qui est bancaire, tout ce qui est réglementation. Il faudrait également que les douaniers aient l’esprit export et non import-import. C’est très compliqué. Il faut commencer tout de suite par créer des guichets uniques dans les zones franches précitées. Toutes les administrations seront réunies au sein d’un guichet unique. Il y aura la Douane, la Banque, la Chambre de commerce, l’organisme de certification sanitaire. Il faut que le guichet unique soit décentralisé, pas sur toute l’Algérie mais, notamment dans ces zones franches. C’est le guichet unique qui pourra aujourd’hui faire sortir l’Algérie de l’anonymat. La Safex existe, la zone sous douane de la Safex existe, je m’appuie sur l’existant et j’agrandis au fur et à mesure. Vous prenez l’Assihar, c’est un salon qui est déjà clôturé. Il appartient à la wilaya de Tamnarasset. L’Etat peut décider que ce soit une zone franche à partir de demain. A Tindouf, il y a le Mouggar. A Debdeb, à la frontière Est, permet de cibler notamment la Libye et le Tchad. Il y a également de l’espace pour faire une zone franche. S’il y a la volonté politique, en un jour, on peut régler tous les problèmes. En un jour, on peut se réunir autour d’une table et on désigne des personnes. Il faut des capitaines d’équipe pour chaque filière. On peut les désigner en vingt-quatre heures. Attention, actuellement, la CIPA ou la CAPC n’est pas seule sur le terrain, maintenant le patronat travaille en coordination. Le document, c’est-à-dire la fameuse feuille de route, qui sera remise au Président de la République – contenant les propositions du patronat concernant le dossier exportation – est un seul document (ndlr, c’est le document de tout le patronat). Ce n’est pas plusieurs documents. Ce document sera finalisé la semaine prochaine. Ce n’est pas le patronat seul qui travaille sur la feuille de route. La partie logistique a été confiée à Logitrans, la partie zone franche à la Safex. Le patronat s’occupera de recenser les produits exportables. On a demandé dans cette feuille de route que quelques agences bancaires soient ouvertes dans certaines capitales de l’Afrique, Abuja, Bamako, Yaoundé… On a désigné la BEA. La BEA va ouvrir des antennes en Afrique. Cela doit rassurer. Leur travail, ce n’est pas uniquement la marchandise et le rapatriement. On a la diaspora qui vit là-bas. Les Africains savent que l’Algérie est le pays le plus solide. C’est un marché pour ces agences bancaires. Il faudrait également de la fluidité dans le transfert de devises. Les secteurs ciblés en vue de développer ces exportations sont l’agriculture et l’agro-alimentaire, l’industrie pharmaceutique. Nous sommes champions dans le générique. Nous avons le BTPH et les matériaux de construction. Nous sommes également champions dans le ciment et le plâtre. La quatrième position, ce sont les services. Les contraintes administratives, c’est à l’Etat de les changer. On ne doit pas attendre un an pour les changer. C’est une décision politique qui vient du Président qui peut changer les choses. Il ne faut plus, par exemple, qu’on demande aux hommes d’affaires de séduire leurs homologues africains alors qu’ils sont obligés de recourir à l’argent du marché noir et d’avoir la peur au ventre devant le douanier en prenant l’avion. Il ne faut plus que cela se fasse. On ira dans un cadre ordonné séduire les hommes d’affaires comme cela se fait dans tous les pays du monde. Nous, on ne fait pas de la politique. On fait de l’économie.
La logistique constitue-t-elle toujours un frein à l’expansion des exportations hors hydrocarbures du pays ?
On a fait un exercice dernièrement avec Logitrans. Avec 170 camions à 40 tonnes de chargement, on fait 21 000 tonnes de fret. C’est presque deux bateaux par mois. Avec le privé, qui est doté de beaucoup de camions, on peut multiplier par 10 ce volume si on veut. En 10 jours, on peut acheminer les marchandises vers ces pays contre 28 jours par bateau. On gagne de l’argent. On fait travailler notre flotte. On s’adresse uniquement aux pays de la Cedeao, qui est un marché de 400 millions d’habitants.
Mais le PIB par habitant de ces pays est très modeste…
Les habitants de ces pays sont obligés de manger, de s’habiller, d’acheter des médicaments. Je connais chaque pays. Ils ont de l’argent pour acheter. On va les aider à travailler. On n’est pas là uniquement pour vendre, on est là aussi pour acheter. C’est cela l’astuce. Il y a des matières premières produites par ces pays qui coûtent 10 fois moins cher qu’en Europe, le cacao, le gingembre, les céréales, les arachides, les fruits… On va faire un échange de marchandises.
Qu’attendez-vous de la révision de la loi sur la monnaie et le crédit ?
On attend des modifications de la loi sur la monnaie et le crédit. Elle a été faite pour l’import. Elle doit s’adapter à l’export. Il y a une division du travail. Le patronat ne s’occupe pas de cette partie. La partie institutionnelle (changement de réglementations), on l’a laissée au Président de la République et au gouvernement. Nous, ce qu’on va faire, c’est tracer une feuille de route. Comment exporter, les astuces pour accroître les exportations, pour atteindre ces 4 à 5 milliards de dollars. Nous, nous sommes des hommes d’affaires. Nous avons pour tâche de séduire les hommes d’affaires de ces pays d’Afrique. Mais nous ne travaillons pas seulement pour développer les exportations vers l’Afrique. Nous travaillons également pour accroître les exportations vers l’Europe. Parce que l’Europe est en train de relocaliser ses entreprises.
Faut-il continuer à protéger la production nationale ?
En 2005, on a signé un accord d’association avec l’Union européenne. L’exigence était que l’Algérie démantèle 11 800 positions tarifaires jusqu’à 0%, pour permettre la libre circulation des marchandises. L’exigence de l’Algérie était de mettre à niveau les entreprises algériennes. On a perdu avec ce démantèlement 10 à 15 milliards de dollars par an. L’UE ne nous a pas aidés à mettre à niveau le tissu productif national. Si on prend Faderco, qui est un leader dans le domaine du papier, il n’est pas protégé. On continue à importer du papier d’Europe alors que cette société couvre toute la demande nationale et dégage de substantiels excédents à l’exportation. Je dis donc qu’il faut protéger l’entreprise algérienne parce qu’en le faisant, on protège l’emploi en Algérie. Il faut des mesures de protection pour reconquérir notre marché. Il y a la responsabilité du citoyen. Il doit consommer algérien. Dès lors qu’il y a un produit de qualité, on protège par des barrières non tarifaires, sans remettre en cause les positions tarifaires. Il y a des barrières tarifaires qui protègent le produit local. On protège par la certification, la réglementation, la qualité, les normes de consommation.
Quel a été l’impact de la Covid-19 sur l’activité des entreprises algériennes ?
Les entreprises algériennes ont perdu 60% de leur chiffre d’affaires à cause de la Covid-19. Le BTPH a perdu 100% de son chiffre d’affaires. Beaucoup d’entreprises ont mis la clé sous le paillasson. Les secteurs les plus touchés par ordre de gravité sont le BTPH, les matériaux de construction, puis, viennent les secteurs de l’industrie, la mécanique, le plastique, la manufacture. Les secteurs qui ont été épargnés sont l’agroalimentaire et pharmaceutique. Pour rétablir la situation, il faut rétablir la confiance. La confiance n’est pas établie entre l’entreprise et l’institution. Nos institutions ne reçoivent plus la réflexion du patronat. Ils travaillent seuls. Ils font des théories qui ne sont pas adaptées à l’Algérie. Nous, nous sommes sur le terrain. Depuis le discours du Président, en août dernier, qui a affiché son engagement à accompagner les entreprises de production, cela n’a changé que de 10%. C’est pourquoi, nous comptons l’interpeller pour faire bouger les choses dès son retour au pays. n