Reporters : Dans leur réunion du 28 janvier, les syndicats membres de la Confédération des syndicats autonomes (CSA) réclament l’agrément qu’ils n’ont toujours pas reçu. Quand ce dossier d’approbation officielle a-t-il été déposé ?
Abdelouahab Lamri Zegar : Nous avons déposé la demande d’agrément en décembre 2018, mais le ministère du Travail a refusé d’enregistrer la déclaration de constitution de la CSA au prétexte que le dossier en question n’était pas conforme à la loi. La tutelle s’était, en effet, appuyée sur les dispositions de l’article 2 de la loi n° 90-14 relative aux modalités d’exercice du droit syndical ; une clause qui donne le droit aux travailleurs représentant un secteur ou une activité, mais pas d’autres, de créer une organisation syndicale. A la suite de ce refus, nous avons sollicité des experts juridiques et avons réintroduit le dossier de création de la CSA en incluant les précisions et leurs éclaircissements. Par ces documents, nous avons expliqué que nous voulons constituer une «confédération» et non pas une organisation syndicale, ce qui ne requiert pas l’exigence pour ses membres d’appartenir à la même profession. Le problème est que nos explications n’ont pas fait avancer le dossier. Deux ans après, la tutelle persiste dans son refus de nous délivrer le récépissé d’enregistrement, alors qu’elle a enregistré depuis un grand nombre de syndicats, notamment du secteur de l’Education. Cette façon de faire, nous la percevons comme une contradiction de la tutelle qui, d’un côté, admet le pluralisme syndical, mais, de l’autre, entrave la constitution d’une confédération de syndicats.

Pourquoi cette contradiction, selon vous ?
C’est une tentative d’empêchement et de destruction de toute initiative visant à fédérer l’action et l’effort syndical. Le ministère du Travail continue d’enregistrer de nouvelles structures syndicales, mais redoute leur alliance. C’est de cette façon que nous comprenons la contradiction dans laquelle il se trouve aujourd’hui et derrière laquelle il y a une arrière-pensée politique. La tutelle sait parfaitement qu’une confédération aura inéluctablement davantage de poids et d’audience dans le débat syndical et socio-économique. Ce qu’elle semble ignorer, c’est qu’une confédération permet d’unifier les visions et les points de vue, permet de gagner du temps et facilite le dialogue et la concertation.

Vous dites que les nouveaux syndicats sont enregistrés sans difficulté. C’est encourageant, non ?
Il faut faire la différence entre la procédure administrative et le terrain. L’autorité compétente multiplie les agréments au sein des corporations, mais elle empêche la constitution d’une force syndicale, capable de négocier et de se concerter avec le gouvernement sur les dossiers et les grandes questions socioprofessionnelles. D’un côté, elle atomise le champ syndical, ce qui est un moindre mal si ce dernier était libéré des entraves, d’un autre, on freine toute initiative de rapprochement et de fédération des forces syndicales.

Sur la question des retraites, la CSA n’est pas tendre avec l’UGTA qui milite pour le maintien de la «proportionnelle sans condition d’âge» après avoir appelé à sa suppression. Pourquoi ?
C’est de la démagogie et de la schizophrénie syndicale ! Cette organisation syndicale s’est positionnée depuis toujours pour la suppression de la «proportionnelle» en soutien aux décisions des différents gouvernements qui se sont succédé depuis que l’avenir de la Caisse des retraites est en débat. Aujourd’hui, elle fait machine arrière et fait mine de s’aligner derrière les syndicats autonomes qui ont toujours considéré que la «proportionnelle» ou la «retraite anticipée» est un droit. Nous pensons que c’est une tentative d’induire en erreur les travailleurs et l’opinion publique afin d’attirer plus d’adhérents et noyer le dossier par la suite.

Revenons à l’actualité de la CSA. Quelles sont les actions à entreprendre par ses membres ?
La CSA représente par ses syndicats membres près de trois millions de travailleurs. Elle suit de très près l’évolution du champ social et socio-économique et compte mobiliser ses bases en menant une série d’actions pour préserver les droits et les acquis des salariés. Le pouvoir d’achat est en chute libre. La flambée des prix continue d’affecter une série de produits de première nécessité, les familles algériennes aux bourses moyennes subissent une véritable saignée, le niveau de vie est en baisse, accentué par l’inflation et la dévaluation du dinar, tous ces éléments appellent à la vigilance. L’urgence est d’améliorer le pouvoir d’achat fortement touché. Le gouvernement est dans l’obligation d’ouvrir un dialogue social, sérieux et inclusif, avec les représentants des travailleurs pour éviter une explosion sociale.