Si l’Algérie devait recourir à l’exploitation du gaz de schiste, «ce ne sera pas dans 5 ans, ce ne sera pas dans 10 ans, ni dans 15 ans», soutient le ministre de l’Energie Abdelmadjid Attar. Cette voie n’est d’ailleurs pas incontournable, a-t-il laissé entendre, hier dans l’émission online LSA Direct, du quotidien Le Soir d’Algérie. Et pour cause, le pays peut compter sur d’autres pistes qui puissent lui assurer une production suffisante à même de lui éviter d’aller vers ce type d’énergie non conventionnelle.
Le ministre expliquera qu’à l’instar de tous les pays du monde, «la sécurité énergétique constitue la principale préoccupation de l’Algérie», sachant que celle-ci est «nécessaire au développement de l’électricité». Or, actuellement, le sous-sol algérien regorge de suffisamment de ressources pour assurer cette sécurité, rassure-t-il, chiffrant à «2,7 milliards de tonnes d’hydrocarbures liquides et 2 500 m3 de gaz». Toutefois, cette richesse doit être renouvelée, voire améliorée, à travers d’autres sources d’énergie qui permettraient de répondre beaucoup plus à la demande interne qui explose qu’à des objectifs d’exportation qui renforcent de plus en plus la dépendance de la rente pétrolière, a souligné M. Attar. «La priorité du pays, ce ne sont pas ses exportations, mais sa sécurité énergétique», insistera-t-il, avant de saluer les décisions prises par le Président de la République au profit de cette démarche, citant d’abord la mise en place d’un ministère de la Transition énergétique et des Energies renouvelables. Ce nouveau-né au sein de l’Exécutif «peut faire accélérer la machine qui nous évitera plus tard le gaz de schiste».
L’intervenant citera également «l’orientation de la consommation énergétique, une direction de l’agriculture et les investissements» décidée par le chef de l’Etat qui, selon lui, laisse transparaître une volonté de «réduire la rente pétrolière en développant d’autres secteurs comme l’agriculture et l’industrie». Ceci n’empêche pas pour autant Sonatrach de «faire dans l’évaluation des réserves du pays en gaz de schiste de sorte à réagir au cas où la transition énergétique n’atteint pas ses objectifs», précisera-t-il, avant de faire remarquer que le «le gaz de schiste n’est pas une rente, mais un appoint».
«Chakib Kehlil m’avait sanctionné»
Sur un autre registre, le premier responsable du secteur a été interrogé sur l’affaire d’un ministre qui l’avait précédé à ce poste il y a quelques années, à savoir Chakib Khelil. Il répondra d’abord que «c’est un dossier qui est en justice» et dont il «ne doit pas se mêler». Mais il ne manquera pas l’occasion de dire que l’instance judicaire doit poursuivre l’ex-ministre en fuite parce que «cela relève du principe de crédibilité pour lequel se sont engagées les plus hautes autorités du pays». Sur ce sujet, il assurera qu’«il n’y a pas un Conseil des ministres qui est tenu sans que le Président de la République et le Premier ministre n’insistent sur cette crédibilité».
Remontant dans le temps, et revisitant son long parcours dans le secteur des hydrocarbures, il se souviendra qu’il avait été sanctionné par le même Chakib Khelil, en 2001, alors qu’il n’était plus Directeur général de Sonatrach. Une sanction qui avait un lien avec la mouture du projet de loi présenté à cette période. «C’était carrément une livraison des ressources du pays aux étrangers», se souvient-il. «J’avais ouvertement critiqué ce projet et j’avais même rédigé un article dans un quotidien. Ce qui m’a valu d’être privé de ma prime qui complétait mon salaire brut, que je continuais toujours à percevoir en tant que Directeur général de Sonatrach parce que j’étais en détachement. C’est Chakib Khelil qui me l’avait enlevée, c’est lui qui m’avait sanctionné», racontera-t-il pour mettre en évidence l’OPA que tentait de faire sur le secteur un ministre comptant parmi les plus en vue dans l’ancien système.
Nouvelle loi sur les hydrocarbures : 43 textes d’application bientôt publiés
Dans le cadre du nouveau texte de loi adopté en 2019, le ministre rappellera que 43 textes d’application relatifs doivent voir le jour avant la fin de l’année. «Nous espérons terminer bientôt avec une quinzaine de textes qu’on va envoyer au Secrétariat général du gouvernement. Une autre quinzaine sera prête vers le mois d’octobre et le reste d’ici la fin de l’année».
Qualifiant de «tare» le retard accusé régulièrement dans la publication des textes d’application des différentes lois, le ministre a fait remarquer que la nouvelle loi sur les hydrocarbures «n’est pas encore entrée en application» car les 43 textes réglementaires y afférents ne sont pas encore publiés. «Le retard des textes d’application est vraiment une tare. En principe on prépare ces textes en même temps que la loi en question, avant même qu’elle ne soit votée par le Parlement, et une fois la loi adoptée, on met à jour ces textes dans le mois qui suit ou dans les deux mois au plus tard», a-t-il fait constater. «Cela fait dix mois que la loi sur les hydrocarbures a été adoptée et aucun texte d’application n’a été publié à ce jour», a déploré le ministre qui a rejoint le gouvernement en juin dernier.
«Depuis que je suis à la tête du ministère c’est (la finalisation des textes d’application, Ndlr) ma première priorité», a-t-il assuré en évoquant la mise en place d’un comité de pilotage, composé de plus de 40 cadres qui travaillent en continu sur ces textes. Interrogé sur l’enjeu de la nouvelle loi, M. Attar a tenu à souligner que c’est surtout la démarche sur le terrain qui définit les relations avec les partenaires. «Vous savez, une loi c’est moins de 50% en matière de renouvellement des réserves et de partenariat, l’essentiel est sur le terrain. Il faut lutter contre la bureaucratie et être transparent vis-à-vis des partenaires», a-t-il indiqué. n