« Une loi de finances complémentaire est inévitable », a estimé hier l’ancien P-DG de Sonatrach, Abdelmadjid Attar. Dans un entretien avec l’APS, ce vieux routier du secteur pétrolier algérien, reconverti aujourd’hui dans l’expertise, considère que l’évolution négative de la conjoncture internationale n’arrange pas l’Algérie, qui a calculé sa loi de finances sur la base d’un baril à 60 dollars.

Cette conjoncture, marquée par le refus de la Russie de réduire à nouveau son niveau de production et la réplique de l’Arabie Saoudite, qui a décidé de baisser ses prix et d’augmenter sa production, met notre pays devant des « conséquences négatives » sur « l’ensemble » de « ses prévisions économiques et budgétaires », explique M. Attar. L’ancien P-DG de Sonatrach, qui s’attend également à « un recours probablement plus intense aux réserves financières du pays », appelle à « des réformes profondes à tous les niveaux ». « C’est plus que jamais le moment d’engager sérieusement » ces réformes, a-t-il ajouté.
Sur le contre-choc pétrolier et la crise ouverte, Abdelmadjid Attar affirme : « L’impact et la durée de l’épidémie (coronavirus ndlr) est presque impossible à évaluer. » Selon lui, la situation est « tellement grave que le chacun pour soi a tout simplement primé », allusion faite à la Russie et à l’Arabie saoudite qui ont des « intérêts géostratégiques et politiques très opposés ». Cependant, en termes de scénarios prévisionnels, notamment sur l’entente en vigueur depuis le sommet historique d’Alger de septembre 2017 entre pays Opep et non Opep, M. Attar se montre cependant prudent, déclarant qu’il est « trop tôt pour prédire quoi que ce soit de l’avenir de l’accord de coopération au sein de Opep+, et encore moins de la durée de la guerre des prix qui vient d’être déclenchée par l’Arabie Saoudite ». Toutefois, l’expert n’exclut pas que « la guerre des prix déclenchée par l’Arabie Saoudite va faire chuter le baril à un niveau proche de 30 dollars sur plusieurs semaines ou plus ».
« Cette situation, affirme-t-il, ne durera pas longtemps car l’offre supplémentaire de pétrole de l’Arabie Saoudite ou de tout autre pays exportateur finira par ne plus trouver de preneur même à très bas prix, au vu du niveau très bas de la demande avec des stocks mondiaux au plus haut». « Ce qui est très probable est que le monde s’oriente vers une crise économique mondiale pire que celle de 2008.
« Un seul espoir persiste, parce que à moins de 40 dollars, il est possible qu’une partie de la production américaine de pétrole de schiste chute à beaucoup moins de 8,5 million b/j, leur production totale étant aujourd’hui de 13 millions b/j ». Sur l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et la probabilité d’une rupture, « aucun de ses membres n’a intérêt en ce moment à agir ou à causer l’éclatement de cette organisation », avance M. Attar. Son explication est qu’ « à l’inverse de la Russie, qui semble se satisfaire momentanément d’un prix entre 40 et 50 dollars, tous les autres producteurs sont déjà gravement affectés au point de vue économique ». « Ils vont non seulement maintenir les niveaux de réduction existant, mais continuer à se concerter peut-être pour une autre réduction même modeste dans l’espoir de faire revenir la Russie vers la table des négociations au cas où le baril poursuit sa chute en dessous de 40 dollars », a-t-il ajouté.<