«L’avenir énergétique algérien est dans le schiste qui n’est pas un choix rentier.» Abdelmadjid Attar, ancien patron de Sonatrach, défend mordicus sa position. Invité hier au forum organisé par le quotidien «Le Courrier», l’expert recommande tout de même une vigilance infaillible.

Précisant que le chemin sera parsemé d’accrocs, il prévient contre la non-rentabilité du gaz de schiste, relevant au passage qu’une telle démarche nécessitera impérativement une technologie pointue, donc coûteuse, et une logistique sophistiquée. La prudence à laquelle appelle également M. Attar trouve son explication dans le risque environnemental. A ce sujet, l’expert apporte une précision de taille. Le risque «peut intervenir en surface et non en profondeur». Ce n’est pas tout. Balayant les assertions selon lesquelles l’exploitation du gaz de schiste pourra se faire prochainement, M. Attar, limpide, indiquera que la première production commerciale ne peut intervenir avant 2025. Sur sa lancée, le conférencier a relevé que l’exploitation du gaz de schiste dépendra aussi de l’adaptation de la nouvelle loi sur les hydrocarbures qui devra toucher à l’aspect fiscal dans l’objectif d’attirer les investissements étrangers.

Le schiste nécessitera l’adaptation de la nouvelle loi sur les hydrocarbures
Le ministre de l’Energie, annonçant que la mouture définitive du projet de la nouvelle loi sur les hydrocarbures sera prête vers la fin du mois de juillet 2019, a précisé que «nous escomptons prendre en considération et lever toutes les barrières à l’investissement étranger dans le secteur. Pour ce faire, les avis de nos partenaires sont pris en considération dans notre réflexion». Avant lui, le Premier ministre Ahmed Ouyahia avait affirmé Alger que le gouvernement s’attelle à la mise à jour de la Loi sur les hydrocarbures en vigueur «qui aboutira dans quelques mois» pour rendre plus attractif l’investissement dans le domaine minier du pays. L’amélioration de l’environnement global des affaires en Algérie fait l’objet d’un programme de travail auquel le gouvernement est attelé dans plusieurs directions», avait soutenu le Premier ministre.

100 milliards de dollars pour le programme des ENR et des réserves restantes en hydrocarbures d’à peine 58%
Il faut rappeler également que M. Guitouni, avait expliqué, il y a quelques mois, qu’une réflexion était engagée pour réviser la loi sur les hydrocarbures à l’effet d’améliorer l’attractivité de notre pays en direction des partenaires étrangers, notamment dans la prospection et l’exploitation des hydrocarbures.
En termes de chiffres, M. Attar souligne que les réserves restantes en hydrocarbures conventionnels représentent à peine 58% de ce qui a été découvert à ce jour.
«Nous sommes en train d’épuiser ce qui reste avec peu de renouvellement depuis plus d’une décennie, en dehors de révisions annuelles des réserves et de petites découvertes non développées à ce jour. D’après les différentes publications et évaluations disponibles, elles seraient d’environ 14 milliards de tonnes-équivalent pétrole tout confondu (pétrole, condensat, gaz, et GPL)», a-t-il ajouté. D’autre part, M. Attar a relevé que le secteur énergétique algérien pèche par un problème d’arbitrage, en ce sens qu’il n’y a pas un équilibre entre l’exportation et la consommation de plus en plus importante. Cet équilibre recherché nécessitera, selon lui, de nouvelles découvertes et une «modification profonde» de la politique énergétique «sinon on ne pourra exporter que des miettes à partir de 2035». D’autre part, il estime que la réalisation des 22 000 mégawatts inscrits dans le cadre du programme national des ENR est « très en retard et au rythme actuel ledit programme risque de ne pas voir le jour». Ce programme «nécessitera 100 milliards de dollars d’investissements».

Un baril à 70 dollars avant la réunion de Vienne
D’autre part, M. Attar a souligne que la prochaine réunion de Vienne pourra annoncer l’annulation de l’augmentation de la production pétrolière envisagée pour combler la baisse de la production iranienne suite aux sanctions décidées par le président américain Trump. Autrement dit, le retour aux décisions prises à Alger en 2016.
Et précise que le prix du baril se situera d’ici la tenue de ce rendez-vous à 70 dollars. A propos de l’intérêt de l’Algérie au sein de l’Opep, il indique qu’ «en théorie il n’y aucun intérêt d’y rester, mais sur le plan politique, oui», ajoutant que «si l’Algérie ne pèse pas par sa production, sur le plan historique sa contribution est avérée».
Dans son intervention, M. Attar est revenu sur la stratégie déployée par Sonatrach à l’horizon 2030, relevant la nécessité pour ledit groupe d’aller à l’international. Rappelons dans cette optique que Sonatrach a signé, il y a une semaine, un contrat d’engineering project construction (EPC) avec la société italienne spécialisée en ingénierie Maire Tecnimont, pour la réalisation d’un 4ème train de Gaz de pétrole liquéfié (GPL).
Ce contrat est estimé à 29,17 milliards de dinars, soit 248,5 millions de dollars, sera ainsi situé au niveau du complexe industriel GPL- ZCINA se trouvant à six (6) km de Hassi Messaoud et dont la capacité nominale de traitement de gaz est estimée à huit (8) millions de m3/jour, a fait savoir M. Zane. <