Contacté par Reporters sur l’impact de la chute importante des prix du pétrole sur la compagnie pétrolière, Abdelmadjid Attar, ancien PDG de Sonatrach et spécialiste, trouve raisonnable la décision de la compagnie pétrolière de réduire de 50% son budget pour parer aux effets du choc pétrolier sur l’économie nationale. Il préconise de réduire les dépenses d’investissement moins indispensables. En l’occurrence, il suggère de réviser le plan d’investissements en reportant les projets de nouvelles raffineries, les projets pétrochimiques, d’annuler les forages d’exploration risqués et de demander aux compagnies de services présentes en Algérie, telles Shlumberger, Halliburton, Baker and Hugues, de baisser les tarifs de leurs prestations. Aux Etats-Unis, les compagnies ont demandé aux sociétés de service de faire un tel effort. Cela peut représenter une économie de centaines de millions de dollars pour Sonatrach. Abdelmadjid Attar rappelle que lorsqu’il était PDG de Sonatrach en 1998, face à une conjoncture de forte baisse du pétrole, de faibles ressources détenues par l’Etat -Sonatrach n’avait pas d’argent- elle a dû rapatrier les dividendes tirés des actions qu’elle détenait sur la compagnie américaine Anadarko (8 à 9% à l’époque) et annuler plusieurs forages d’exploration risqués. Sur le coût de revient du baril algérien estimé entre 15 et 19 dollars, considéré comme excessif, Sonatrach doit le ramener de 12 à 14 dollars. Pour le spécialiste pétrolier, le PDG doit ainsi revoir le fonctionnement de Sonatrach. La compagnie pétrolière nationale doit du reste se préparer à s’adapter à une nouvelle ère où les choses ne seront plus comme avant. «Les hydrocarbures ne doivent pas être la rente essentielle de l’Algérie».

Sonatrach face à quatre défis
Face à cette situation exceptionnelle de baisse des prix du pétrole, liée à la pandémie Coronavirus, Sonatrach doit relever, selon lui, quatre défis. Le premier est celui de la baisse des prix du pétrole depuis juin 2014. Le second défi est celui de la baisse de la production et des réserves hydrocarbures du pays. Le troisième se rapporte à l’impact de la pandémie sur la consommation mondiale. Le surplus de l’offre pétrolière est estimé à 3,2 millions de barils/jour par rapport à février. Quant à la baisse de la demande, elle est estimée à 20 millions de barils/jour en ce mois. Pour Abdelmadjid Attar, elle risque d’atteindre 30 millions de barils/jour au cours des prochains mois. L’offre est beaucoup plus importante que la demande. Quatrième défi, pouvoir maintenir et vendre la production. Le monde consomme beaucoup moins de pétrole, un peu moins pour le gaz. Avec le confinement de milliards de personnes, la demande sur l’électricité à partir du gaz reste non négligeable. «Ceci est une très bonne chose pour le gaz. D’ailleurs certains analystes prévoient que les prix du gaz vont doubler en 2021.» Si cette prévision se concrétise, c’est une bonne nouvelle pour l’Algérie qui est beaucoup plus riche en gaz qu’en pétrole. L’ancien PDG de Sonatrach ajoute que 85% du prix du pétrole est lié actuellement au Coronavirus. Il signale que le baril algérien le Sahara Blend était de 2 dollars moins cher que le Brent il y a une semaine. Ce qui constitue un fait rare en raison de la qualité du brut algérien. Enfin, Abdelmadjid Attar prévoit que les prix du pétrole se situeront en moyenne entre 35 et 40 dollars en 2020.<