Dans cet entretien, le président de la FNAI nous parle des différents problèmes qui affectent l’activité de l’agent immobilier, en tête les transactions informelles. Selon lui, si la situation persiste sans que les pouvoirs publics n’interviennent pour mettre un terme à ce phénomène, la majorité des agences immobilières mettront la clé sous le paillasson, et ce sont près de 7 500 postes d’emploi qui vont disparaître.

 

Reporters : Le marché de l’immobilier est en berne. Les transactions ont fortement baissé, les agences éprouvent du mal à vendre ou à louer. Pourquoi est-on arrivé à cette situation ?
Abdelkrim Aouidat : Avant de parler des raisons qui ont aggravé la situation des agences immobilières dans ce sens, je dirai en premier lieu que les transactions ont baissé de 90%. Les raisons de cette situation sont multiples. Il y a d’abord les demandeurs qui sont plus concernés par les programmes lancés par l’Etat comme l’AADL ou le LPP. Il y a aussi une hausse des prix en raison de la dépréciation du dinar et la multiplication des intermédiaires.
Il y a d’autres facteurs qui sont à l’origine de la crise qui frappe le secteur de l’immobilier. L’article 08-15 exige un certificat de conformité pour la location des biens immobiliers, sachant qu’il y a 1,2 million de constructions inachevées. C’est une grande perte pour le marché. Le décret qui est venu réglementer la profession de l’agent immobilier n’a fait qu’ajuster l’accès à la propriété, le marché est donc livré à lui-même.
On peut citer aussi la décision du gouvernement qui exige un chèque ou un virement pour le paiement des transactions immobilières qui fait fuir les clients. Il faut savoir qu’il y a des personnes qui veulent acheter mais qui ne veulent pas payer par chèque pour éviter qu’on leur demande des comptes sur la provenance des fonds. Ceux qui veulent vendre ne veulent pas être payés par chèque pour échapper aux impôts.
Et cerise sur le gâteau, c’est l’augmentation des taxes prévues par la loi de finances 2017 qui va mettre en difficulté davantage les agences immobilières notamment celles agréées par l’État et qui vivent déjà des temps difficiles avec le recul du chiffre d’affaires. L’autre facteur favorisant l’envolée des tarifs, c’est la fausse déclaration. Il faut savoir que la plupart des transactions se font sous de fausses déclarations. Les parties engagées dans le contrat de location ne déclarent pas la valeur réelle de la transaction afin de minimiser les retombées en termes d’impôts. Cette pratique frauduleuse contribue à brouiller les données concernant ce marché et maintient le flou qui sucre les affaires de toute une faune de parasites qui s’enrichissent en exploitant la crise du logement.

Votre fédération a déjà soumis des propositions au ministère de l’Habitat pour régler cette situation, où vous aviez dénoncé les transactions informelles. Qu’en est-il de ces propositions ?
Justement, vous nous donnez l’occasion de relancer notre appel au ministère dans ce sens. Certes, nous lui avons fait des propositions, mais nous attendons toujours leur application et nous n’avons pour l’instant aucun écho de la part des responsables. Nous sommes donc livrés à nous-mêmes face au phénomène de l’informel. Il faut savoir, malheureusement, que les agences immobilières agréées ont seulement 10% des parts du marché immobilier.

Quel est l’impact sur les agences immobilières ?
Avec ces problèmes accentués par les charges qui pèsent trop lourd sur l’activité de l’agent immobilier, qui paye 1 million de dinars par an de charge, et avec l’Etat qui ne contrôle pas assez le marché, je peux dire que la majorité des agences immobilières vont mettre la clé sous le paillasson. Le problème c’est que toutes les wilayas sont touchées par ce phénomène. Et si les choses persistent comme ça, pas mal d’agences qui activent dans le formel, vont être obligées de verser dans l’informel. Il y a 2 500 agences immobilières agréées qui emploient près de 7 500 personnes, donc ce sont ces emplois aussi qui sont menacés. On tire donc la sonnette d’alarme avant que les choses ne s’aggravent. Le marché de l’immobilier souffre également d’un manque chronique de mécanismes de contrôle chargés de recenser les habitations inoccupées appartenant à une frange très privilégiée de la société qui accumule les propriétés de façon tout à fait illégale, à l’ombre d’un régime fiscal peu contraignant.

Le marché immobilier souffre donc de pas mal de problèmes, qu’en est-il de la réglementation ?
Il y a le texte 09-18 relatif à l’activité des agences immobilières et aux transactions immobilières qui devait être corrigé. La FNAI a revendiqué cela et nous attendons toujours que notre revendication aboutisse. Il faut mettre un terme à la spéculation entretenue par les intermédiaires qui parasitent le marché de la location. Les textes de loi étant très permissifs, les clauses du contrat de location échappent à tout contrôle.

Enfin, que pensez-vous du changement effectué récemment à la tête de l’ONPI ?
Honnêtement, nous sommes une organisation différente, donc nous n’avons pas à commenter ce changement. Je dirais seulement que c’est tout à fait logique que l’ONPI ait changé son président, d’autant plus que l’ancien s’est vu retirer son agrément.