Abdelkader Zoukh est passé des ors de la wilaya d’Alger au rayon de la délinquance en col blanc et, pour finir, à la prison d’El Harrach. Jugé en comparution et en première instance hier par le tribunal de Tipasa, il a écopé dans une première affaire liée à l’ancien DGSN Abdelghani Hamel d’une peine de 5 ans d’emprisonnement ferme et de 4 ans de réclusion dans une autre en relation avec la famille de l’ancien homme d’affaires Mahieddine Tahkout.

Condamné entre autres pour «dilapidation délibérée de deniers publics par un fonctionnaire», «utilisation illégale de biens et de deniers publics qui lui ont été confiés en vertu de sa fonction», «abus de fonction et violation des lois «et règlements dans le but d’obtention d’avantages pour un tiers», l’ancien wali doit également s’acquitter d’une amende de 2 millions de dinars, en plus de 20 millions de dinars de compensations pour les pertes subies par le Trésor public. Il se voit par ailleurs déchu et interdit d’occuper des postes au sein de l’Etat ou de se porter candidat de responsabilités politiques.
En effet, l’ancien wali d’Alger Abdelkader Zoukh a été condamné hier par le tribunal de Tipaza à deux peines de 4 et 5 ans de prison et à un million de dinars d’amende dans deux affaires distinctes liées à la corruption. L’ancien responsable, placé sous contrôle judiciaire depuis plus d’une année, a également été conduit en détention à la suite du prononcé du verdict. Abdelkader Zoukh, était jugé depuis le 28 novembre dernier pour ses «liens d’intérêt» avec l’ancien homme d’affaires Mahieddine Tahkout, ainsi qu’avec des membres de la famille de l’ancien DGSN Abdelghani Hamel. Une troisième affaire de corruption entre l’ex-wali à l’homme d’affaire Ali Haddad est toujours instruite par la justice. Son verdict est attendu pour le 29 décembre prochain, le Procureur de la République ayant requis pour ce dossier 10 ans de prison, assortie d’une amende d’un million de dinars.

Après le contrôle judiciaire, case prison
Placé sous contrôle judiciaire depuis le mois de juillet 2019, Abdelkader Zoukh est poursuivi pour «dilapidation délibérée de deniers publics par un fonctionnaire», «utilisation illégale de biens et de deniers publics», «abus de fonction et violation des lois et règlements dans le but d’obtention d’avantages pour un tiers», la justice citant parmi les bénéficiaires certains des dignitaires et proches de personnalités du «système» Bouteflika. Ainsi, Abdelkader Zoukh, alors wali d’Alger entre octobre 2013 et juin 2019, a été condamné à cinq ans de prison assortie d’une amende d’un million de dinars et 10 millions de dinars de compensations de pertes au Trésor public, pour avoir «donné pour instruction» d’attribuer des biens immobiliers à la fille (Chahinez) et au fils (Chafik) d’Abdelghani Hamel. Deux appartements, dont l’un social et l’autres LSP, ont été cités par la justice, qui a également fait savoir que Chahinez Hamel avait bénéficié de manière «irrégulière» d’une concession industrielle destiné à la construction d’un hôtel et d’un immeuble dans le quartier de Bab Ezzouar. L’attribution de ce terrain de près de 7128 m² avait également été accompagné d’un second lot de 700 m² à Ouled Fayet pour des locaux commerciaux au profit de l’épouse d’Abdelghani Hamel.
Une accusation qui a été renforcée durant le procès par plusieurs témoignages, notamment celui de l’ancien directeur général de l’Office de promotion et de gestion immobilière OPGI. M. Mohamed Rehaimia a ainsi affirmé avoir attribué un logement à Chafik Hamel «sur instruction de Zoukh».
Quant au second verdict de quatre ans de prison prononcé hier par le tribunal de Tipaza «avec ordre de sa mise en détention durant l’audience», il concerne l’affaire des liens d’intérêt entre Abdelkader Zoukh et l’homme d’affaires Mahieddine Tahkout. Ce dernier, notamment connu pour son quasi-monopole dans le secteur du transport urbain, aurait en effet bénéficié de «l’appui» du wali Abdelkader Zoukh lors de l’attribution de concessions de marchés, mais aussi de terrain à Rouiba, Réghaia et Zéralda. 15 «arrêtés de droit de concession» pour investissement dans un foncier industriel pendant 33 ans ont en ce sens été cités par l’enquête. Tous ayant par ailleurs été accordés par l’ancien wali en dépit des oppositions des services techniques de la Protection civile et de Sonelgaz, selon le président du tribunal.

Lourd réquisitoire dans la 3e affaire
L’accusé a pour sa part nié les charges retenues contre lui. Abdelkader Zoukh avait fait savoir dès les premières audiences qu’il n’avait «jamais donné une quelconque directive». L’ancien wali a toutefois indiqué qu’il avait bien été «sollicité» par Abdelghani Hamel. Ce dernier lui aurait uniquement demandé des détails sur la procédure à suivre pour les projets de sa fille. La «responsabilité» des attributions irrégulière de fonciers ou d’autorisation de construire reviendrait par ailleurs a ses subalternes des services de la wilaya : «La responsabilité incombe aux membres du guichet unique (…) moi je n’ai fait que signer ce qu’ils ont validé», a expliqué ainsi Abdelkader Zoukh à propos des plusieurs permis de construire attribué par la wilaya a l’homme d’affaire Mahieddine Tahkout.
Quant au troisième volet du jugement d’Abdelkader Zoukh, il concerne le soutien et les interventions supposées de l’ancien wali en faveur de l’homme d’affaires et ancien président du FCE Ali Haddad. L’un des témoins entendu par le justice, M. Yazid Baka, ancien responsable de l’agence de gestion et de régulation foncière d’Alger, a ainsi fait savoir que le wali avait notamment œuvré à «bloquer» des dépôts de plaintes. Le Procureur de la république a requis dans cette affaire 10 ans de prison et le verdict est attendu pour le 29 décembre. Abdelkader Zoukh a été également «interdit d’occuper des postes de responsabilité au sein de l’Etat et de se porter candidat pour des postes politiques pendant 5 ans après l’expiration de sa peine».