Reporters : Comment voyez-vous l’évolution récente de la cause sahraouie au niveau africain et international ?

Abdelkader Taleb Omar : La question sahraouie est en nette progression et le 5e Sommet de l’Union africaine/Union européenne (UA/UE), qui s’est déroulé fin novembre à Abidjan, en est la preuve manifeste, vu que la Rasd a participé à cet événement. Elle y a pris part bien que le Maroc n’ait ménagé aucun effort pour tenter d’interdire au Front Polisario d’y être. Avec toutes les intrigues qu’il a menées, le Maroc a fini par participer, aux côtés de la Rasd, à ce sommet. Mais même avant son adhésion à l’UA après 33 ans de défection, le Maroc a mobilisé tous les moyens humains et matériels et mené des campagnes dans le continent africain pour geler la participation de la Rasd dans l’institution panafricaine et l’exclure, mais en vain. Toutes ces machinations ont échoué car l’UA n’a pas uniquement manifesté son attachement et son soutien à la Rasd, l’un de ses membres fondateurs, mais, mieux, l’institution panafricaine a imposé au monde entier d’accepter cette réalité. Il faut savoir qu’il ne peut y avoir de sommet de partenariat entre l’UA et une autre institution sans la participation de la Rasd. Ceci est un message lourd de l’institution panafricaine, qui a agi contre les attentes et les intentions du royaume chérifien. Beaucoup d’exemples démontrent ce que je dis, notamment le verdict de la Cour de justice de l’Union européenne prononcé en 2016, qui a conclu que le Sahara occidental est un territoire distinct et séparé du Maroc.

Quel rôle peut-on assigner à l’UA dans le règlement du conflit sahraoui ?
C’est un acteur clé, avec les Nations unies. Les principales décisions prises par l’institution panafricaine durant les deux derniers sommets seront débattues au prochain sommet, prévu initialement en janvier prochain. D’ailleurs, à cette occasion, on demande du président de la Commission de l’Union africaine et du président de l’UA de présenter un rapport sur les efforts entrepris pour le règlement de la question sahraouie, car il s’agit bien d’un problème qui oppose deux Etats membres de l’institution. Donc, le prochain sommet sera une occasion pour démontrer au monde que le Maroc doit respecter ses engagements en signant l’acte constitutif de l’UA ou alors revenir à la politique de la chaise vide. Il faut noter que depuis son adhésion, le royaume n’a eu aucun acquis. Au contraire, il a fini par siéger à côté de la Rasd à l’UA, et rien ne laisse présager un changement en faveur du Makhzen. A ce propos, je dirai que le Maroc n’a qu’à se plier à l’UA et reconnaître la Rasd comme Etat indépendant.

Selon les Sahraouis, le Maroc est soutenu par de grandes puissances, notamment la France…
Effectivement. La France, un membre permanent du Conseil de sécurité, est connue pour ses thèses pro-marocaines. Or, ces positions la mèneront inéluctablement vers l’isolement, notamment avec l’UA. La France, pour rappel, n’a pas voulu qu’on prenne part au sommet UA/UE, mais elle a échoué. Cet échec va se reproduire! Il faut que ce pays revoie ses positions qui sont fausses et injustes pour ne pas se retrouver isolé. Mais pour le moment, le président français Emmanuel Macron embrasse les thèses et positions officielles connues de son pays.

Sur le plan onusien, pouvez-vous dresser un pré-bilan de la visite de l’envoyé spécial de l’ONU Horst Köhler pour le Sahara occidental aux camps de réfugiés en octobre dernier ?
La visite de M. Köhler était fructueuse et très intéressante. Ce dernier poursuit ses échanges et entretiens avec les membres du Conseil de sécurité et nous avons des indications que M. Köhler va appeler à l’application et au respect de la charte onusienne en ce qui concerne le Sahara occidental. Je dis que la marge de manœuvre qui reste au Maroc est très limitée et il ne peut, de ce fait, tergiverser davantage.

Qu’attendez-vous de l’ONU et de son secrétaire général Antonio Guterres ?
M. Guterres avait promis de donner un nouveau souffle aux processus de reglement de la question sahraouie. On attend de lui qu’il concrétise cette promesse à travers son envoyé spécial pour le Sahara occidental. MM. Guterres et Köhler présenteront durant la session ordinaire du Conseil de sécurité, en avril prochain, leur rapport sur les résultats du travail accompli jusqu’ici.