Invité hier de la Chaîne 1 de la radio nationale, l’ambassadeur de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) à Alger, Abdelkader Taleb Omar, a apporté le point de vue de son gouvernement sur la situation au Sahara Occidental et, plus précisément, sur la situation dans la région de Guergarat. L’intervenant, qui pointe la responsabilité du «régime» marocain dans la dégradation de la situation, a clairement laissé entendre que la RASD ne se considérait plus tenue au respect de l’accord de cessez-le-feu de 1991. Abdelkader Taleb Omar laisse néanmoins ouverte la possibilité d’un retour aux négociations «sous conditions».
Ce responsable explique que la dégradation de la situation constatée depuis le 12 novembre dans la région de Guergarat n’était que le dernier «épisode» d’une longue liste de violations du cessez-le-feu de 1991 : «Cela fait un moment que le régime marocain viole presque tous les accords. Il retarde et gèle tous les aspects de processus politique, que ce soit les négociations, le travail de la Minurso, l’ouverture de consulats, la délimitation des frontières maritimes, la passation de marchés économiques.» Revenant en ce sens sur le déroulement des derniers événements, il a indiqué que «le régime marocain» avait «agressé des manifestants pacifiques sahraouis», sortis contre l’occupation de la région de Guergarat, limitrophe avec la Mauritanie. Cette région, explique-t-il, «est devenue petit à petit un point de passage pour l’exportation des ressources pillées, en plus de ce qui est caché, c’est-à-dire, le trafic de drogue».
La manifestation des Sahraouis aurait ainsi été réprimée par les autorités marocaines. «Le peuple sahraoui est sorti manifester pacifiquement, ils ont fermé ce passage», c’est ce qui a conduit à «vouloir les attaquer». La sortie des manifestants étant par ailleurs conforme au droit international, explique Abdelkader Taleb Omar : «Ce passage de Guergarat n’existait pas au moment de l’accord de cessez-le-feu (…) Il est illégal et les Nations unies avaient déjà mis fin à la réalisation de la route. Et je rappelle que le Maroc avait refusé qu’une commission technique étudie la question». Le Président sahraoui avait, quant à lui, envoyé plusieurs lettres aux Nations unies en précisant que «la situation était devenue dangereuse et qu’il fallait la rectifier (…) sans quoi la RASD reverrait sa position».
Quant à la situation actuelle, elle se transformait petit à petit en un véritable conflit sur l’ensemble de la ligne de démarcation. «Notre réaction a été d’ouvrir le feu sur toute la bande défensive marocaine du Nord jusqu’à l’Ouest (…) et, actuellement, nous continuons à cibler les positions des forces marocaines», explique l’ambassadeur de la RASD à Alger. Il a toutefois laissé entendre que la possibilité d’une reprise des négociations n‘était pas totalement écartée, indiquant en ce sens que le Secrétaire général de l’ONU António Guterres s’est entretenu avec les assistants des dirigeants des pays de régions, dont la RASD. Le responsable note cependant : «Nous ne cachons pas que les Nations unies ont déçu et n’ont pas accompli leur travail comme il le fallait (…) mais cela ne veut pas dire que nous ne parlons pas.»
Le même responsable, ajoutant hier à propos des «conditions» d’une reprise du dialogue que «tout apaisement ne peut se faire qu’en se basant sur la justice. Il n’est pas possible qu’une des parties foule les accords et plus encore agresse et, en même temps, demande à l’autre partie de rester calme (…) Le régime marocain doit revenir au respect des accords de 1991. Et relancer réellement le processus de paix. La politique de la montre n’aura plus aucun effet».<