La formation  musicale académique supérieure en Algérie connaît un nouveau souffle avec le lancement de la première promotion LMD (Licence-Master-Doctorat) à l’Institut national supérieur de musique Mohamed-Fawzi (INSM) d’Alger. Le directeur de l’INSM, Abdelkader Bouazzara, aborde dans cet entretien les enjeux de cet acquis important ainsi que les différentes démarches et objectifs fixés à court et long termes pour assurer un enseignement de qualité pour  les jeunes passionnés de musique qui ont choisi de suivre ce cursus universitaire.   

Reporters : Tout d’abord, qu’elle est la nouveauté pour l’INSM  pour cette année universitaire 2020/2021 ?
Abdelkader Bouazzara :  L’année universitaire 2020/2021 sera marquée  par la  sortie de la  première promotion du système  LMD.  C’est une grande fierté pour notre institut.  En tant que directeur de cet institut, je tiens à souligner que c’est un acquis très important et l’un  des objectifs à atteindre dès ma nomination à la tête de cette  institution, dédiée à la formation académique supérieure en  musique. La sortie de cette première promotion est rassurante, car la relève pour l’enseignement supérieur de la musique est assurée.  Je tiens à souligner que les étudiants qui auront obtenu les meilleurs résultats dans leur cursus au sein de l’INSM bénéficieront de post-graduation. Je suis vraiment heureux que l’on commence à trouver des solutions  au manque d’enseignants pour les études supérieures en musique. Notre slogan sera toujours  «le professionnalisme au service de la culture ». C’est  dans le même esprit de professionnalisme et d’excellence que nous avons sélectionné nos étudiants  qui ont obtenu des bourses pour poursuivre des études supérieures en Russie et en Chine.  

Peut-on en savoir plus sur l’octroi des bourses à l’étranger ?   
Oui, c’est une grande fierté d’avoir réussi  à décrocher ces bourses pour nos étudiants, grâce au soutien du ministère de la Culture et de pays étrangers qui ont ouvert les portes à nos meilleurs étudiants. Je suis d’autant plus heureux pour eux que cela faisait trente ans que les étudiants algériens en musique n’avaient pas bénéficié de bourses d’études supérieures en post-graduation à l’étranger. Mais, aujourd’hui, on a réussi à ce que les étudiants de l’INSM bénéficient  de bourses en  Russie et  en Chine.  C’est rassurant pour garantir la relève de l’enseignement académique  supérieur de la musique en Algérie. Ceux qui ont bénéficié de ces bourses sont les majors de leur promotion. D’abord, il y a eu un conseil pédagogique qui a validé l’octroi de la bourse par le mérite et que le meilleur gagne. Les étudiants sont aussi notre fierté, car en plus de représenter l’INSM, ils représentent aussi le ministère de la Culture et l’Algérie à l’étranger.  Et on continue avec les mêmes critères pour les étudiants qui vont bénéficier de post graduation. On va se baser  sur les meilleurs étudiants comme je l’ai déjà  dit pour combler le manque d’enseignants à l’institut de musique mais aussi au niveau des instituts régionaux de  formation musicale.

En plus des bourses à l’étranger,  vous organisez régulièrement des  Master-Class, animés par des solistes, à l’instar du premier master class de cette année 2020 avec le grand pianiste tchèque Ivan KLansky…
En effet, c’est dans l’esprit d’atteindre l’excellence pour la formation académique de nos étudiants, et ce, en bénéficiant de l’expérience de musiciens internationaux, de véritables virtuoses à l’instar d’Ivan Klansky, qui est également le doyen de l’Académie de musique de l’université de Prague. La majorité des interprètes internationaux de musique universelle, qui visitent l’Algérie, passent  par l’INSM et cela grâce au parrainage du ministère de la Culture, il nous informe toujours de la présence de ces artistes. Je tiens aussi à souligner que nous  aspirons à collaborer étroitement avec l’Académie des arts de Prague de la République Tchèque qui dispense un cursus pluridisciplinaire LMD (licence master doctorat),  notamment en accueillant des stages de perfectionnement, des master-class, des conférences au profit des étudiants de l’INSM. Nous espérons aussi décrocher des bourses au profit de nos étudiants. Tout cela entre dans le cadre de notre mission et des buts que nous nous sommes tracés à l’INSM, à savoir assurer une formation académique de haute qualité au sens le plus noble du terme.

Justement que voulez-dire par une formation académique de haute  qualité ?  
Il est important de sortir du simple concept de la formation et d’aller vers une formation rigoureuse et pointue pour donner le meilleur accompagnement aux études supérieures en musique. Non seulement à travers les formations de longue durée au sein de l’INSM, mais aussi de formation de courte durée de stages de perfectionnement. Notre but aussi est de combler le vide de quelques spécialités telles que  la direction d’orchestre, la direction de chœur, les classes de  trombone, de cor,  de harpe  et différents instruments et pour lesquelles nous avons  un manque de spécialistes pour les enseigner.

Quelle est la démarche pédagogique au sein de l’INSM ?
Tout d’abord, l’INSM est une institution universitaire qui dépend à la fois du ministère de la Culture et de celui de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique. L’accès se fait sur concours, les candidats doivent être titulaires du bac, toutes séries. Je voudrais ajouter que ces étudiants sont chanceux car ils ne sont pas nombreux par rapport au concours d’autres universités où vous avez trois mille  étudiants qui concourent pour en prendre une trentaine seulement. Je tiens aussi, à souligner qu’en tant que directeur de l’INSM, je suis très fier des enseignants qui donnent le meilleur d’eux-mêmes pour que  règne la musique, surtout quand il s’agit d’un grand institut comme le nôtre qui est une référence au niveau africain grâce à ses encadreurs (Master et Doctorat). Il faut ajouter qu’il y a une volonté politique pour mettre tous les moyens pour perfectionner l’enseignement supérieur de la musique. Non seulement,  au niveau de  l’Institut supérieur de musique, mais aussi au niveau des instituts régionaux qui  ont un grand déficit en termes d’enseignement et c’est cela notre premier devoir. Assurer un enseignement  de qualité.  Le plus important,  c’est que nous avons bien entamé notre mission qui nous permet d’ouvrir des portes pour ces formations.  Je tiens également à  rappeler qu’en Algérie, qu’il y  dans  plusieurs villes des institut régionaux  de formation musicale, notamment à Oran, Bouira, Batna, Biskra, Sidi Bel-Abbès, Chlef, Annaba, Constantine, Laghouat… Tous ces instituts ont besoin de cadres et d’enseignants pour assurer la formation.  On  ne peut pas jouer Beethoven, Mozart, Verdi ou Tchaïkovski et notre musique symphonique algérienne sans avoir une connaissance profonde et une maîtrise parfaite de la musique académique.  

Concrètement quels sont les débouchés des diplômés de l’INSM, notamment ceux de post-graduation ?
Il y a tellement  de choix, tout d’abord être enseignant au niveau de l’INSM ou des instituts régionaux de musique. Cela permet aussi de devenir soliste dans un orchestre, être  conseiller culturel au ministère de la Culture  ou dans les différentes structures culturelles étatiques ou privées. En Algérie, il y a vraiment un besoin important de spécialistes en musique qui ont des compétences académiques de haut niveau. 
Au final, est-ce que l’on peut dire qu’en tant que directeur de l’INSM,  vous avez fait avancer les choses en termes de formation académique supérieure ?
Sincèrement, cela n’est pas facile. Mais, je dois rendre hommage à tous les professeurs. Je tiens à saluer aussi le soutien du ministère de la Culture et  remercier notre partenaire majeur, l’Office national des droits d’auteur et droits voisins (Onda), qui est là pour nous encadrer et nous soutenir pour suivre ce chemin. J’aimerais nouer de vraies relations avec tous les instituts régionaux et  toutes les universités. Nous avons déjà commencé à le faire en signant des conventions avec  l’université de Mostaganem.  En plus de la signature récente avec l’Académie des arts de Prague, nous avons aussi signé une convention avec l’université privée Morehouse College d’Atlanta, en Géorgie aux Etats-Unis. Cela augure des jours meilleurs pour nos étudiants. Depuis   notre arrivée dans cette institution, nous avons une vision à long terme sur plusieurs années pour atteindre les objectifs assignés à notre mission d’assurer une formation musicale supérieure pointue. En plus de combler les spécialités manquantes, il s’agit aussi de  donner les moyens à nos étudiants d’être dans l’excellence. Tout cela demande beaucoup de moyens et  de sérieux, de compétence et de rigueur. Je considère que  nous sommes dans la bonne voie  pour atteindre  ces objectifs. Il faut vraiment qu’en Algérie on prenne conscience de l’importance de la culture qui est un des fondements de la nation, et  en la développant, le pays ne peut être que dans la performance comme l’a aussi souligné la ministre de la Culture Malika Bendouda. Aujourd’hui, avec une formation académique supérieure, avec des étudiants motivés, nous avons un véritable vivier de potentiels performants pour un meilleur avenir de la musique en Algérie.