Par Nadir Kadi
Au lendemain de la tenue à Addis-Abeba du Sommet de l’Union Africaine (UA), l’ancien ministre et diplomate Abdelaziz Rahabi a longuement commenté, sur les ondes de la Radio nationale, Chaîne III, le «renoncement» de l’organisation continentale à la «décision» du président de la commission africaine Moussa Faki d’accorder le statut d’observateur à Israël. L’ex-diplomate algérien, aujourd’hui observateur des relations diplomatiques, souligne ainsi, dans le sillage du ministre des Affaires étrangère Ramtane Lamamra qui y voit «une faute unilatérale rectifiée», que l’UA est revenu à sa mission première, «la vocation de l’UA est de soutenir les peuples, c’est son identité».
Ancien responsable dont l’avis est généralement très écouté, Abdelaziz Rahabi estime, en effet, que la décision du sommet de l’UA était «prévisible», assimilant entre les lignes l’initiative de Moussa Faki à une sorte de passage en force «la mesure (statut d’observateur) n’avait pas été prise suite à la consultation des Etats membres (…) Or il est de tradition à l’UA (…) que le Secrétaire général consulte des pays comme le Nigeria, l’Afrique du Sud ou l’Egypte avant de prendre une décision aussi importante». En ce sens, Abdelaziz Rahabi, rappelle ce qu’il considère comme la mission première l’UA, «l’Union Africaine est le produit d’un processus historique porté par les questions d’émaciation des peuples, les indépendances et la lutte contre l’apartheid (…) C’est le socle normatif de son identité, or Israël est condamné par des organisations aussi importantes qu’Amnesty International, pour pratiquer une politique d’apartheid dans les territoires palestiniens occupés».
Démarche politique qui pourrait toutefois se reproduire, d’autant qu’Israël bénéficie de solides appuis au sein de l’UA, et «travaille», selon Abdelaziz Rahabi, aux intérêts de pays occidentaux : «Il y a plus de 45 pays africains qui entretiennent des relations avec Israël (…) Israël a besoin de s’implanter en Afrique et participe à une stratégie globale occidentale, c’est l’un des outils de la politique de pénétration américaine en Afrique et d’endiguement de la pénétration chinoise».
Et l’ancien diplomate ajoute dans cette logique que le «débat reste présent» malgré le gel de ce statut d’observateur à Israël : «Je pense que la décision de renoncement a essentiellement pour objectif d’éviter un vote sur cette question (…) Cela aurait abouti à une rupture de consensus, à des divisions». Par ailleurs, l’aspect positif pour Abdelaziz Rahabi est que «les attributions du président de la commission sont aujourd’hui clarifiées (…) Il n’a pas le droit de prendre des mesures aussi importantes sans consultations».
Questionné par ailleurs sur la multiplication des relations diplomatiques, officielles ou non officielles, entre l’Israël et des pays africains et maghrébins, Abdelaziz Rahabi déclare : «Je ne pense pas que l’Algérie peut être menacée par ce type d’alliances (…) L’Algérie doit être forte par ses positions et par l’adhésion de son peuple à sa politique étrangère». Cependant, l’invité de la Radio nationale estime que l’objectif est de faire en sorte que «l’UA ne dévie pas de sa mission». Quant au rôle que pourrait avoir l’Algérie dans le règlement du conflit israélo-palestinien «au centre des problèmes», il pourrait être d’appuyer «l’initiative arabe de paix qui avait été proposée par l’Arabie Saoudite en 2002, puis reprise par le sommet de Ryad en 2007 (…) C’est une initiative concrète sérieuse qui apporte une base pour le règlement de la question». Toutefois, A. Rahabi estime que la politique de l’ancien président américain D. Trump a «neutralisé» cette initiative : «Il a proposé sa propre initiative qui commence par la reconnaissance d’Israël, or, l’initiale de paix arabe fait du règlement de la question palestinienne le préalable à la ‘normalisation’ des relations». Le préalable, reste en ce sens pour A. Rahabi, le retour aux frontières de juin 1967, l’établissement de Jérusalem-Est comme capitale mais aussi le règlement de la question «fondamentale» des réfugiés. <