La ratification par le Maroc de l’acte constitutif de l’Union africaine (UA) ne signifie pas uniquement son engagement de faire partie de l’UA, après 33 ans de défection, mais, qu’il «reconnaît directement la République arabe sahraouie démocratique (RASD) sans qu’il n’ait aucune autorité directe sur la RASD », explique Abdelaziz Rahabi, diplomate et ancien ministre, hier, au Centre d’informations sahraoui à Alger.

« Le royaume chérifien reconnaît qu’historiquement, il n’a aucun lien avec la RASD. D’ailleurs, on retrouve dans l’acte constitutif qu’il a ratifié deux principes : l’égalité souveraine des États membres et le respect des frontières héritées au moment de l’accès à l’indépendance », souligne Rahabi, qui ajoute : « Quand le Maroc a accédé à l’indépendance, en 1956, le Sahara occidental ne faisait pas partie de son territoire. » L’ancien diplomate souligne par ailleurs qu’aucun pays dans le monde « ne reconnaît la souveraineté du Maroc sur les territoires sahraouis ». Pour Rahabi, « l’adhésion du Maroc à l’Union africaine (UA) est une reconnaissance de l’échec de sa politique de la chaise vide (adoptée depuis 1984) mais ce pays présente cette démarche comme une victoire diplomatique alors que c’est une victoire pour le peuple sahraoui ». Dans ce sens, l’ancien ministre s’est interrogé sur l’intérêt de l’amplification et du tapage médiatique qu’il a affiché son intention d’adhérer à l’UA en juillet dernier à Kigali alors que le processus d’adhésion du Sud Soudan n’a pris que trois semaines.
« Le problème n’est pas dans son adhésion mais dans l’organisation d’un référendum d’autodétermination », indique-t-il. Rahabi estime que l’objectif du Maroc était de « maintenir la stratégie de la tension permanente parce que son adhésion est liée à un problème de décolonisation ».
Avec des négociations de paix à l’arrêt depuis 2012, « le Maroc et la RASD ont la chance de relancer les négociations dans le cas où on siège côte à côte », indique pour sa part Bechraya Bayoune, ambassadeur de la RASD en Algérie. En effet, le statut de l’organisation panafricaine permet de régler pacifiquement les conflits de ses pays membres. « Son adhésion est un acquis pour la RASD », poursuit Bayoune. Néanmoins, après son adhésion, le Maroc peut neutraliser l’institution panafricaine en créant un camp pro-marocain et un autre pro-sahraoui. « Le Maroc peut vider l’UA de sa substance en renforçant et en encourageant les organisations régionales comme la Cedao et le G5 Sahel », alerte Rahabi.
Pour sa part, Tahar Eddine Ammari, spécialiste en droit international et enseignant à la faculté Mouloud-Mameri de Tizi Ouzou, « la manière avec laquelle le Maroc traite le dossier sahraoui peut menacer le processus de paix au continent africain ». Il explique que le Maroc ne peut demander de geler la participation de la RASD mais peut le faire une fois adhérant en demandant la modification de l’article 32 de la charte de l’UA qui stipule que chaque Etat membre peut soumettre des propositions et amendements ou de révision du présent Acte ».
Sur un autre volet, Rahabi pense que les Sahraouis ont des motifs de « satisfaction » de voir Guterres à la tête du Secrétariat général de l’ONU. Pour lui, Guterres a une « sensibilité réelle sur la question sahraouie, vu qu’il connaît très bien Tindouf, les camps de réfugiés et aussi le drame que vivent les Sahraouis », a-t-il soutenu.