Reporters : Dans une de vos déclarations récentes, vous évoquiez une situation « difficile » à propos de l’entreprise Enie que vous dirigez et que vous souhaitiez un coup de pouce de l’Etat pour relancer les activités. De quoi s’agit-il ?
Abbès Mekamel : Oui, l’Enie connaît actuellement une crise financière et des difficultés en matière de fonds de roulement. Pour faire sortir l’entreprise de cette situation, les pouvoirs publics ont décidé d’ériger l’entreprise en pôle électronique et convertir ses fonds non consommés en fonds de roulement, ce qui nous permettra de relancer nos activités. Actuellement, le dossier est aux mains du Conseil de participation de l’Etat (CPE). Son accord nous sera salutaire dans la mesure où nous avons un plan de charge qui nous permet d’envisager l’avenir avec plus de sérénité.
Vous voulez dire que l’entreprise a des bons de commande qui lui permettent de relancer rapidement ses activités une fois les fonds de roulement disponibles ?
En dépit des difficultés financières, Enie a, en effet, réussi, à décrocher plusieurs contrats, notamment avec des établissements publics d’importance, dont Algérie Télécom Satellite (ATS). Pour ATS, le contrat porte sur la fabrication de 31 000 écrans dotés de caméras externes, que nous allons livrer en mars prochain. Ces écrans seront reliés au satellite algérien Alcom Sat 2 et installés dans des établissements de l’Education nationale. Pour Algérie Télécom, nous avons également un contrat de fourniture de modem 4G professionnel et résidentiel. Notre entreprise a par ailleurs décroché auprès du ministère de l’Intérieur le marché portant sur l’écosystème général des équipements et soft web, pour la gestion des permis à points et des cartes grises biométriques. Elle a également pu gagner de gré à gré le marché pour équiper les véhicules de la Gendarmerie et la Police nationales pour la surveillance et de le contrôle de la circulation routière et lutter efficacement contre les infractions.

Ce contrat concernant la gestion et la surveillance de la circulation routière a-t-il été déjà signé et quand ?
Le contrat sera signé prochainement. Un deuxième projet est en cours de concrétisation et concerne l’équipement des véhicules lourds et de transport en commun de chronotachygraphe numérique. J’ajouterai, qu’outre la concrétisation très prochaine d’un partenariat avec l’université Djilali-Liabès pour le développement de son soft web, nous sommes positionnés sur le marché de l’équipement d’Algérie Poste pour de nouveaux terminaux de paiement électronique (TPE). L’entreprise attend la certification de la Satim afin d’élargir son service aux banques et aux établissements financiers. La nouvelle réglementation va obliger les commerçants à se doter du TPE, ce qui, par ailleurs, va permettre à l’Enie de leur fournir ce type de matériel. Autres marchés, l’équipement des nouvelles villes de Sidi Abdellah près d’Alger et d’Errich près d’Annaba ainsi que la fabrication d’un générateur solaire pour du matériel destiné à la conservation de produits pharmaceutiques à l’usage de la Défense nationale. Un secteur avec lequel nous avons d’autres projets de partenariat via notre filiale Alfatron et un partenaire allemand. Sur le même modèle de partenariat avec Schneider Electric, nous allons assister bientôt à la naissance d’un partenariat avec Fimer Italie pour la fabrication des onduleurs solaires.
Eniem, pour le secteur public, et Condor, pour le privé, connaissent des contraintes financières suffisamment aiguës qui les privent d’accès à la matière première dont elles ont besoin pour leurs activités. L’Enie connaît-elle la même situation ?
Actuellement, notre stock de matières premières va nous permettre de faire fonctionner nos chaînes de production jusqu’aux mois de mai à juin et nous négocions avec les banques et nos partenaires pour nous octroyer de nouveaux crédits, qui nous serviront à un approvisionnement moyen de trois mois, ce qui permettrait à l’Enie de fabriquer le kit pour le deuxième semestre de l’année. Nous avons également obtenu l’accord des partenaires étrangers pour le financement des approvisionnements sur un délai de 6 à 9 mois, que les banques doivent garantir aux fournisseurs le paiement à terme.

Récemment, Enie a vécu au rythme de la grogne sociale, signe que son personnel est inquiet et suit avec attention les développements. Quelle attitude avez-vous face à cette situation ?
Heureusement, les travailleurs sensibilisés au risque du débrayage ont repris leur activité et concentré leurs efforts pour livrer la commande des 31 000 écrans pour équiper les établissements scolaires dans les délais escomptés. La sensibilisation est monnaie courante pour garantir la continuité de l’activité de notre entreprise, d’autant que, je le répète, les perspectives restent rassurantes. Notre chiffre d’affaires avoisine les 4 milliards de dinars annuellement et avec le lancement des nouveaux projets, il sera revu à la hausse à 7 milliards de dinars. En outre, et pour élargir son champ d’action et d’investissement, Enie ouvre davantage ses portes aux opérateurs étrangers installés en Algérie ou voulant le faire. Récemment, nous avons reçu une délégation turque de la société Makel, spécialisée dans la fabrication de compteurs électriques Smart. Enie, je le rappelle, se charge de la fabrication pour Sonelgaz des cartes électroniques pour ces compteurs à des prix compétitifs. Pour diversifier ses activités, l’Enie compte créer une entité de gestion déchets électroniques implantée à l’unité de Télagh.