Echappé de sa cage dans la matinée de jeudi dernier, un jeune tigre de 10 mois à peine a été abattu quelques heures plus tard par des élements de la Gendarmerie et de l’Armée nationale. Une enquête est ouverte pour faire la lumière sur l’utilisation de balles réelles contre cet animal après s’être échappé d’un espace zoologique privé pour déterminer les circonstances de l’abattage. Celle-ci devra établir s’il y a eu mise en danger de la vie d’autrui.

Les vidéos et images publiées sur les réseaux sociaux, prises lors de la poursuite, de l’abattage et du dépècement du félin, sont d’une extrême violence et ont suscité la colère et l’indignation de tout le monde. Cette enquête devrait donc déterminer les conditions de sécurité qui ont permis à ce fauve de s’échapper de sa cage et aussi faire la lumière sur le comportement, pour le moins inacceptable, des personnes qui ont intercepté le fauve. Cette bête a été purement et simplement dépecée. Pour le commandant de la Protection civile et directeur par intérim de la DPC d’Ouargla, Ghrissi Abdelkader, « c’est un geste terriblement douloureux mais nécessaire ». On n’avait pas le choix. Il a fallu intervenir avant la tombée de la nuit où il aurait été difficile de le repérer ».

Le fauve en vadrouille
Installé récemment dans un espace zoologique au niveau du parc d’attraction « Les frères Messaoudi », dans la localité d’Aïn Sahra (commune de Nezla), un tigre captif s’est échappé de sa cage et est parti en vadrouille dans la région. Il a été sauvagement tué vers 12h47 le même jour, par balle, par les éléments de la gendarmerie et de l’armée.
Aussitôt l’information sur la fuite du félin du parc confirmée, une grosse panique a envahi la ville de Touggourt. Durant les opérations de ratissage, les autorités locales et sécuritaires ont demandé aux habitants de rester enfermés chez eux pour éviter tout contact avec le fauve. Un renfort militaire a été dépêché sur les lieux ainsi que des véhicules et des éléments de la Sûreté, de la douane et de la Conservation des forêts pour retrouver le tigre en liberté.
Le fauve a été pris en photo, jeudi matin vers 8h30 près d’une briqueterie dans la localité de Nezla. Selon le commandant de la Protection civile de Ouargla et directeur par intérim, Ghrissi Abdelkader, l’animal s’est introduit dans l’usine de fabrication des briques en quête d’abri. Cette structure a été aussitôt vidée et les employés ont quitté les lieux pour éviter tout incident. Le tigre a été capturé peu après dans la forêt avoisinante à Témacine, où il a été abattu après 5 heures de traque. Le tigre asiatique n’est pas habitué, selon ce dernier, à la chaleur et la faim, puisqu’il a été élevé depuis sa naissance au sein d’une propriété.
Une foule de curieux a accompagné l’opération d’abattage de l’animal. Les éléments de l’armée ont tiré plusieurs balles sur l’animal.

Corps dépecé
Au lieu de récupérer le corps de l’animal, les autorités locales l’ont laissé à la portée de la foule de badauds. Il a été récupéré aussitôt par des jeunes qui se sont précipités pour l’exposer et prendre des pauses avec le corps sans vie et maculé de sang.
Les photos ont vite fait le tour de la toile. Le tigre a été transporté ensuite à bord d’un véhicule. Quelque temps après, les images de son dépècement ont été publiées sur les pages locales de Facebook. Des images violentes et choquantes de l’animal suspendu à un crochet et dépouillé de sa peau ont été publiées provoquant une vive colère et forte indignation.

Manque de moyens ou de professionnalisme ?
Devant la violence des vidéos, les gens ne cessent de s’interroger. Comment l’animal, espèce en extinction, s’est échappé ? Pourquoi a-t-il été tué et non endormi et capturé vivant ? Manque de moyens ou de compétences ? Pourquoi la Protection civile ne dispose-t-elle pas d’armes paralysantes ? Pourquoi les autorités n’ont pas fait appel aux vétérinaires dans ce cas ? Cet incident soulève un tas de questions qui nécessitent des réponses.
Au niveau national, ce qui s’est passé jeudi est incompréhensible et trop cruel. Les messages de colère et d’indignation se lisent dans toutes les pages des réseaux sociaux. « Je suis profondément choquée qu’un animal beau et vulnérable ait été injustement et impitoyablement abattu. Pourquoi? », commente une internaute de Batna.
« Des camions, des armes et des dizaines de personnes pour intercepter un animal affaibli par la soif. Est-on à ce point inhumain ? », s’interroge une autre sur une page de Ouargla.
« Ils auraient dû l’endormir et non le tuer », se lamente un autre. « Personne n’a été blessé, on ne voit pas pourquoi toute cette cruauté. On aurait pu l’endormir avec des cartouches anesthésistes. Ils disposent sûrement de fusils hypodermiques. Le tigre est une espèce menacée, on n’aurait pas dû le tuer », lance un énième internaute.
Incompréhensible et injustifiable réaction, les autorités n’ont pas fait preuve de professionnalisme ni d’humanité dans le traitement de cette affaire qualifiée de cruelle et inhumaine envers une espèce qui se fait très rare.
La majorité des internautes pensent que la véritable bête dans cet épisode est cet être humain, en responsabilisant entièrement le propriétaire de l’animal, qui l’a ramené vivre dans ces conditions très rudes loin de son environnement d’origine.
Quoi qu’il en soit, cet épisode malheureux, qui a attristé tout le pays, ne passera sûrement pas inaperçu notamment chez les défenseurs de la cause animale. Les images trop violentes qui circulent encore sur la toile maculeront à jamais la réputation d’une région qui a fait, malheureusement, à travers cet acte, la preuve d’une barbarie inouïe. Pour la majorité des internautes, la population et les autorités sont tous deux coupables.