Par Nadir Kadi
Le dernier Conseil des ministres, présidé dimanche par le Président de la République, est en grande partie revenu sur les conséquences des tragiques feux de forêt qui ont ravagé les wilayas du Nord du pays, causé près de 90 morts, des dizaines de blessés en plus de «très importantes» pertes matérielles. Et à ce titre, Abdelmadjid Tebboune, près d’une semaine après la «maîtrise» presque totale des feux, a demandé aux secteurs de l’Intérieur, de l’Agriculture et de l’Habitat de «finaliser, au plus vite, les opérations d’évaluation des dégâts et d’indemnisation». Une demande pressante, qui traduit la volonté d’acter une certaine forme de retour à la normale dans les régions sinistrées à «l’approche de la rentrée sociale et de l’hiver». Le ministère de l’Intérieur est en ce sens autorisé à faire appel «si le besoin se fait sentir» au soutien de l’Armée nationale populaire en vue de renforcer ses capacités d’évaluation des dégâts.
Le Chef de l’Etat, qui a par ailleurs salué, dimanche, «l’élan solidaire du peuple algérien avec les wilayas touchées par les récents incendies», a également fait savoir qu’il chargeait «dans l’immédiat» le ministre de l’Intérieur et le Secrétaire général de la Présidence de la République «d’entamer le versement des allocations au profit des familles des martyrs des incendies». Une mission qui s’annonce toutefois difficile, le bilan exact des victimes reste pour l’heure «provisoire», ainsi que celui du nombre de blessés et de blessés graves. Quant au bilan des pertes matérielles déjà enregistrées, il s’agirait de près de 62 000 hectares ravagés par les flammes, dont 60% de forêt, selon les premiers décomptes de la Direction générale des forêts. Les 40% restants sont pour leur part constitués de zones de broussailles et de maquis, mais surtout plus de 4 260 exploitations agricoles vitales à l’économie régionale.
En ce sens, les premiers bilans «non exhaustifs» de la Direction des services agricoles (DSA) de la wilaya de Tizi-Ouzou, région la plus touchée, recensent déjà la destruction de quelque 5 193 hectares d’arbres fruitiers dont 4 500 hectares d’oliveraies. Une véritable hécatombe pour le secteur qui enregistre également, selon la même source, la perte d’un grand nombre d’infrastructures agricoles «dont 103 étables, 100 bergeries, 40 chèvreries, 26 poulaillers en dur, 31 serres avicoles, 3 batteries de poules pondeuses et 154 hangars»… Des chiffres qui restent malheureusement «provisoires», le bilan de la DSA ne serait réalisé qu’à 60%, selon le directeur de la structure Djamel Sersoub. Ses services sont pourtant mobilisés depuis le 15 août dernier et devraient continuer le travail durant encore «deux semaines». En ce sens, l’appel est toujours lancé en direction des agriculteurs et exploitants, non encore recensés, «afin que les recenseurs qui sont toujours sur place puissent se déplacer chez eux et évaluer les dégâts subis».
Mission de recensement qui reste toutefois supervisée par le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales. Ce dernier a fait savoir hier par la voix de son Inspecteur central, Abdelaziz Deliba, que l’opération était «à un stade avancé». Et dans le détail, le responsable explique que les indemnisations se feront sous forme financière pour les dommages et destructions causés aux habitations, le dédommagement des pertes ayant affecté le secteur agricole seront «en nature», conformément aux instructions données par le Président de la République aux ministres de l’Agriculture et de l’Habitat, précise la même source.
Une opération qui, sur le «plan administratif», devra également s’assurer de l’identité de chaque intéressé, tout en se basant sur les documents de l’expertise fournis par les spécialistes, les procès-verbaux des équipes de spécialistes chargées de l’évaluation des dégâts, le dossier de la commission centrale. Quant à l’action à «long terme» sur la régénération du couvert végétal, elle devrait être confiée au ministère de l’Agriculture et du Développement rural qui «se chargera du reboisement, à grande échelle, des arbres fruitiers au niveau des régions touchées», selon le compte-rendu du Conseil des ministres, rapporté par l’APS.