Moins de deux semaines nous séparent de la rentrée sociale et le constat est que le respect des mesures de prévention et des règles d’hygiène contre le coronavirus est quelque peu mitigé, voire manque de rigueur lorsqu’on s’éloigne des grandes villes.

Il y a, certes, une certaine prise de conscience plus qu’avant, mais elle reste insuffisante au vu de ce qui nous attend, à savoir la rentrée sociale avec tout ce que cela implique comme monde circulant dehors, dans les transports en commun et les taxis, dans les cafés et les restaurants, ainsi que le retour au travail des employés qui avaient été mis en congé exceptionnel pour endiguer la propagation de la pandémie de Covid-19, etc.
S’il y a moins de cas de coronavirus, cela n’est «nullement synonyme de la fin proche de ce virus et de relâchement», avertissent les médecins, alertant encore qu’«il ne faut pas se sentir en confiance parce qu’il y a moins de cas, car à la moindre faille ou baisse de garde, il poursuit sa transmission». Ce qui nous interpelle à la veille de la rentrée sociale, même si dans certains endroits, il y a un respect perceptible des mesures de prévention.
C’est le cas, à titre d’exemple, dans certaines grandes surfaces de la capitale, où il y a un bon suivi des protocoles sanitaires, avec prise de température de chaque client avant de le laisser entrer, des tracés des allées réservées à l’entrée et des allées réservées à la sortie, affiches de sensibilisation et de rappels des gestes barrières, ainsi qu’une forte présence des agents de sécurité qui veillent au grain. Ce tableau de suivi des règles sanitaire est, pourtant, totalement différent dans certains commerces et autres endroits dehors, où surtout les jeunes continuent de se regrouper sans aucune précaution, sans distanciation ni bavettes, alors que ces dernières sont disponibles en quantité et partout. Ce sont aussi les jeunes qui continuent de veiller, dans les quartiers et sans précaution, au-delà de 23 heures, horaire du début de couvre-feu.
«Tout ceci renvoie au niveau de la perception et de la compréhension de chacun des sujets que nous sommes par rapport à la situation, à ses dangers et à ses répercussions sur la vie sociale en général si on continue à négliger les gestes barrières», estime le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP). En fait, «le constat est le même un peu partout, respect par endroits et négligence dans d’autres. Il y a, certes, une organisation au niveau de certaines grandes surfaces commerciales dans certains périmètres, mais c’est loin d’être la même chose partout», dit-il, prenant l’exemple des «quartiers populaires de la capitale où la situation est différente».
«Même ailleurs, dans les autres wilayas du pays, si on sort des grandes villes et des grandes agglomérations, ce qui s’y passe, c’est vraiment à l’opposé. On est dans une situation de cacophonie où chacun s’organise comme il peut, comme il veut», a-t-il ajouté, dans une déclaration, hier, à Reporters.

Pour une application stricte et rigoureuse de la loi
Mais loin de responsabiliser seulement le citoyen, il mettra aussi l’accent sur les lois de la République qui ne sont pas appliquées. «La réglementation s’agissant du non-respect du port de bavette existe, elle est claire. C’est la même chose en ce qui concerne les autres mesures de prévention et de protection, il y a une loi qui est normalement en vigueur, mais dont l’application n’est pas très perceptible sur le terrain», a-t-il affirmé. «Il faut comprendre que nous ne pouvons pas être différents des autres sociétés, y compris les sociétés évoluées qui ont plus de moyens que nous qui sont plus développées, et où le niveau de civisme est meilleur que chez nous pour diverses considérations. Il faut reconnaitre que dans ces pays, la loi est appliquée dans toute sa rigueur. Les gens ont peur et parlent plus des contraventions qu’ils encourent en cas de non-respect des lois relatives à la protection contre le Covid-19. Ils font très attention à ce qu’ils doivent payer s’ils sont attrapés sans masque et s’ils ne font pas dans le respect de certaines autres mesures», selon notre interlocuteur. «C’est pour dire qu’en finalité, c’est à travers l’application stricte et rigoureuse de la loi qu’on peut justement arriver à une bonne organisation et, surtout, la mettre en place», suggère-t-il.
En fait, il estime que les citoyens ont aussi besoin d’être accompagnés tout le long du processus d’organisation, car, estime-t-il, «on ne peut pas juste parler et penser qu’on peut faire confiance aux citoyens et compter sur eux seuls, penser que les gens vont s’organiser et s’agencer dans le respect de ces mesures seuls. Ceci est tout simplement faux, car si on laisse la latitude au citoyen de s’organiser, il va le faire de manière égoïste, par rapport à ses propres intérêts, qu’il soit commerçant, taxieur ou autre, ou encore même un petit jeune imbu de sa petite personne, en train de se construire et qui pense qu’être à l’encontre des règles et des lois est un moyen de s’identifier, de s’exprimer… Il faut donc prendre en considération toutes ces données et les mettre en perspective de la prochaine rentrée sociale, avec la rentrée universitaire puis scolaire, la reprise de nombreuses autres activités, la reprise du reste des travailleurs mis en congé exceptionnel, etc.». Ainsi, si des efforts ne sont pas consentis dès maintenant, la rentrée sociale qui doit s’effectuer dès le début du mois prochain risquerait d’être compromise, surtout que le résultat de l’ouverture des plages, cafés, restaurants, mosquées et autres lieux ne seront connus que dans quelques jours. «Personne ne peut prédire de l’avenir notamment par rapport à cette situation épidémique où nous avons, certes, des cas en baisse maintenant mais aussi beaucoup d’inconnues. Personne ne peut garantir et affirmer que le nuage est passé, que la tempête est derrière nous et qu’on ne risque plus rien. Nous sommes obligés, tous, d’être vigilants et faire en sorte que les mesures de prévention soient respectées au niveau personnel et au niveau collectif», a conclu président du SNPSP.