Par Bouzid Chalabi
Nul n’ignore que l’économie algérienne fonctionne, actuellement, que ce soit pour les entreprises publiques ou privées avec 85% de matières premières et d’équipements importés en devises. A partir de cette évidence, il faut croire que la série de procédures dans l’acte d’importer, mise en place récemment par le gouvernement et pilotée par le ministère du Commerce, risque néanmoins de générer des retards d’approvisionnement en intrants indispensables à nombre d’entreprises du pays et, par voie de conséquence, la mise à l’arrêt plus ou moins longue des chaînes de production.
Un scénario que redoutent des opérateurs économiques nationaux. C’est du moins l’approche recueillie par Reporters auprès de responsables de sociétés participantes au Salon de l’agroalimentaire, Djazagro 2022, qui a ouvert ses portes hier au Palais des expositions des Pins-Maritimes (Safex /Alger). Nos différents interlocuteurs se rejoignent à dire que les dernières mesures portant sur les conditions d’importation des intrants qui leur sont indispensables pour produire vont à coup sûr freiner leurs chaînes de production. «Ce sera surtout le cas pour toute l’industrie manufacturière, car, jusqu’ici, les opérateurs du secteur avaient toute latitude de s’approvisionner seuls à la condition de déposer auprès du ministère du Commerce leur programme d’importation. Une formalité que beaucoup d’industriels préfèrent éviter au vu de la lenteur de se voir délivrer une dérogation d’importation. Une autre démarche existe qui consiste à se rapprocher d’importateurs de produits finis pour la revente en l’état, moyennant certes un léger surplus de dépense mais faisant gagner du temps. Chose qui ne sera plus faisable suite aux dernières mesures restrictives. «Nos fournisseurs ne seront plus en mesure de satisfaire en totalité nos besoins en ingrédients», évoque un producteur de chocolat et de confiserie. Même son de cloche chez les sociétés versées dans la production d’arômes, de boissons ou de produits hygiéniques. Nos vis-à-vis avancent même que les dernières décisions vont autant pénaliser les industriels que les consommateurs dans la mesure où cela va les mettre dans l’embarras. «Les industriels, face à l’insuffisance d’intrants qui leur sont nécessaires pour le bon fonctionnement seront ainsi impactés et, par ricochet, provoquant des tensions de tel ou tel produit sur le marché, pénalisant au final les consommateurs», nous a-t-on précisé. En somme, nos vis-à-vis sont à l’unanimité convaincus que les dernières restrictions sur les importations de marchandises et de produits «vont provoquer des pénuries sur le marché de la consommation engendrées par des ruptures d’approvisionnement de certaines entreprises en matières premières».
Notons, cependant, que certains industriels que nous avons pu approcher sont d’avis que les mesures restrictives mises en place auront des conséquences négatives sur nombres de segments d’activités industriels, mais elles sont tout à fait nécessaires si l’on veut que notre économie nationale soit moins tributaire de matières et d’intrants. Dans ce sillage, le directeur technico-commercial de la sarl Alger Chimie, Mohamed Abdelbasset Hammouche, rencontré sur son stand, considère que lesdites mesures sont importantes «car elles vont servir, d’une part, à encourager la production nationale et, d’autre part, ne pas trop puiser dans nos recettes extérieures pour financer des opérations d’importation que le pays peut éviter». Toujours à propos de ces restrictions dans les importations, ce dernier estime que « cela peut être un moyen de mettre à profit les potentialités de nos universitaires afin de créer des complexes industriels à même de produire en grande partie tout ce que le pays importe comme matière première chimique.» «Ce qui est d’ailleurs à notre portée», a-t-il conclu.