Le message rassurant du chef de l’Etat quant à l’amélioration de son état de santé et à son retour au pays dans une semaine, voire deux à trois, a soulagé de nombreux citoyens, opérateurs et autres personnalités de la communauté intellectuelle du pays. La rupture d’un silence qui a duré près de deux mois augure d’une reprise du dynamisme qui prévalait avant que le président de la République ne contracte le Coronavirus. Et une hospitalisation en Allemagne qui a eu pour effet, il faut le reconnaître, d’entraîner un ralentissement de l’activité gouvernementale et un report de la finalisation et de l’approbation de mesures inhérentes à des changements importants sur la voie de l’édification d’un Etat de droit. Le premier constat est que ce séjour allemand a mis en suspens plusieurs dossiers chauds. Le premier glissement dans les délais parmi les plus importants est la signature du chef de l’Etat nécessaire à la promulgation de la nouvelle Constitution, un délai de 45 jours étant fixé pour sa publication. Un texte censé apporter des changements importants dans le sens de l’édification d’une nouvelle république respectueuse des droits des citoyens et en finir avec l’intrusion de l’affairisme dans l’activité politique, en un mot aux pratiques de la issaba. Cette nouvelle loi fondamentale avait été considérée par l’exécutif comme le prélude à l’application des réformes structurelles, donnant plus de légitimité aux gouvernants pour mettre en oeuvre ces transformations. L’autre dossier est l’élaboration et l’approbation de la nouvelle loi électorale et, partant, des législatives prévues pour fin décembre 2020. Au chapitre économique, avec le retour du chef de l’Etat vers les dix derniers jours du mois de décembre, la question est de savoir s’il sera effectivement à Alger pendant cette période pour signer la loi de finances 2021, prévu traditionnellement le 31 décembre de chaque année. Il convient également de signaler que la prise de décision a connu un sérieux coup d’arrêt avec la suspension des Conseils des ministres présidés par le Chef de l’Etat et donc nécessitent sa présence, du moins ayant recouvré toutes ses capacités physiques.

Parmi ces dossiers figurent notamment la feuille de route en matière de transition énergétique finalisée mais qui attend le feu vert du premier magistrat du pays, rapporte une source sûre, citant probablement l’agenda des actions du gouvernement à mettre en oeuvre à très court, court et moyen termes élaboré par le ministère de la Prospective. Le chef de l’Etat devra également trancher l’importation ou non de véhicules de moins de trois ans et le nouveau code en matière d’investissement. La crise sanitaire fera également partie des lourds dossiers sur lesquels le Président de la République devra arbitrer le choix du meilleur ou des meilleurs vaccins pour l’Algérie dans des délais assez courts pour que notre pays ne soit pas le dernier à entamer sa campagne de vaccination contre la Covid-19. La question est de savoir aussi si le chef de l’Etat pourra présider la réunion Gouvernement-walis pour évaluer l’exécution des actions de développement en faveur des zones d’ombre annoncée pour la fin de l’année.
Enfin, ce que soulèvent plusieurs économistes est que le Chef de l’Etat aura fort à faire à son retour face à une situation économique et sociale très compliquée en 2021. Le ministre délégué à la Prospective, Mohamed Cherif Belmihoub, avait donné un aperçu dans une déclaration à la presse. Il estime le nombre de nouveaux chômeurs 2020 à 500 000, conséquence de la crise sanitaire. La situation sera beaucoup plus grave en 2021, prédisent plusieurs économistes avec «un nombre beaucoup plus important de chômeurs et de faillites d’entreprises au déconfinement en l’absence d’application de mesures de sauvegarde des entreprises et de l’emploi». Quel est le devenir du plan de relance et des mesures de sauvegarde proposés en juillet dernier par le patronat et les syndicats ? s’interroge en ce sens Mahrez Aït Belkacem, membre de Care. Les mesures de sauvegarde, malgré les promesses du chef de l’Etat, ne semblent pas être à l’ordre du jour. Et le plan de relance n’est pas encore rendu public, en supposant qu’il soit déjà ficelé. Tout cela invite à mettre les bouchées doubles pour que se redresse la situation économique du pays après un wait and see sur la scène économique et sociale observé durant le séjour du chef de l’Etat en Allemagne et dont les répercussions seront sensibles l’an prochain.
La leçon à retenir de cette quasi pause qui ne dit pas son nom est que la décision économique gagnerait à être moins centralisée si on veut assurer sans discontinuité le processus de développement du pays C’est le moins qu’on puisse faire. <