Par Dominique Lorraine
Le Festival bat son plein. La Croisette est écrasée par le soleil, une chaleur étouffante qui précipite les festivaliers vers les salles ou sur les terrasses de cafés où la dernière mode, écologie oblige, est de servir des radis pour accompagner les cocktails de tout genre. Les organisateurs se sont, comme promis, pleinement engagés dans le virage écolo, plus de dossiers de presse, billetterie informatisée, bouteilles en plastique bannies remplacées par des gourdes offertes. Pour la deuxième journée, deux films ont d’ores et déjà retenu notre attention.

James Gray, pour la cinquième fois en Compétition…
Sa première en sélection, en 2000, pour « The Yards » lui a valu une mention spéciale pour l’ensemble des acteurs du film : Mark Wahlberg, Joaquin Phoenix, Charlize Theron, James Caan, Faye Dunaway, Ellen Burstyn. Un casting royal. Cette année, il revient avec son dernier opus « Armaguedon Time », une chronique familiale plus modeste mais très attachante, inspirée de son enfance.
New York, 1980. Le jeune Paul Graff (Michael Banks Repeta) est à la fois un ange, -il en a le visage- et un petit diable -il en aurait les audaces. A la maison, réfractaire à l’autorité, il fait tourner ses parents en bourrique. Il n’écoute que son grand-père Aaron, qui croit en lui. Paul fréquente une école publique mais n’est que très peu réceptif en cours. Il chahute avec son copain Johnny (l’épatant Jaylin Webb), un jeune garçon noir indiscipliné qui rêve de travailler à la Nasa, et passe son temps à dessiner car il veut devenir artiste.
Mais leurs frasques, hélas, vont finir par lasser et leur destin basculer dans des directions opposées. Comme le lui avait dit son grand-père, fils d’une Ukrainienne ayant fui les pogroms d’alors, « la vie est injuste ».
« Armaguedon Time » décrit une Amérique en proie au racisme envers les immigrants venus d’Europe de l’Est et les Noirs américains et au mépris de classes. Gray ancrera encore plus le film dans son époque avec l’entêtante musique de Sugarhill Gang. L’époque qui prépare l’Amérique suprémaciste, avant l’heure, à l’intronisation du sénateur conservateur Ronald Reagan. Et à la grand-mère du jeune Paul, effrayée par cette hypothèse : « C’est Armaguedon !».

Retour à la Quinzaine des réalisateurs pour Philippe Faucon
Philippe Faucon garde en mémoire son enfance en Algérie où il a vécu les quatre dernières années de la guerre de libération.
Sa filmographie y fait souvent référence indirectement (« Fatima ») ou directement comme « La Trahison » en 2005. Il revient, cette fois, avec « Les Harkis », son dernier opus qu’il a coécrit avec Yasmina Nini-Fauconet Samir Benyala. Le film suit un groupe de harkis, ces supplétifs de l’armée coloniale, dévolus aux basses œuvres, qui ne leur épargnent pas les brimades de leurs supérieurs.
L’escadron commandé par le Lieutenant Pascal crapahute à travers le djebel à la recherche des combattants algériens. Alors que les pourparlers entre le gouvernement français et les représentants du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) avancent à Evian. Sur le terrain, s’intensifient les opérations, celles, désespérées, du « dernier quart d’heure ». Salah, Kaddour et leurs camarades s’inquiètent, sentant poindre l’abandon de la France. En dépit des ordres de ses supérieurs qui ordonnent le retour dans leurs familles de ces supplétifs « séduits » et abandonnés, un lieutenant espère toujours leur évacuation. Le film file vite des années 1950 à l’Indépendance, rythmé par des cartons qui égrènent des dates clés, et ancré dans un huis clos à ciel ouvert, une terre ocre brûlée par le soleil (le film a été tourné au Maroc). Il est à relever, par ailleurs, la performance les comédiens algériens, Amine Zorgane, Mohamed El Amine Mouffok, français, Théo Cholbi, Pierre Lottin, Yannick Choirat, et marocain, Omar Boulakirba. Il est, cependant, à signaler l’occultation de la violence de faits de vengeance et autres exactions commises sur les populations civiles algériennes dans ces contrées isolées. Reste qu’avec « Les Harkis », le film de Philippe Faucon rappelle, si besoin est (encore) qu’il s’agit bien d’une histoire franco-française qui n’a pas été entièrement soldée, en tout cas, moins que celle qui concernait la Collaboration durant l’occupation de la France par l’armée allemande, pendant la Seconde Guerre mondiale. n