la filière avicole

Les professionnels du secteur redoutent des effets négatifs de la décision de l’Exécutif de fixer les prix des viandes blanches. Réticents, voire inquiets, ils affirment que le meilleur régulateur de leur activité reste le marché et sa sacro-sainte loi de l’offre et de la demande…

Par Hakim Ould Mohamed
Pendant que l’idée fait son petit bout de chemin au sein du gouvernement pour qu’elle puisse être applicable sous quinzaine, le plafonnement des prix des viandes blanches ne semble pas être du goût des professionnels de la filière.
Ces derniers restent scotchés sur l’idée selon laquelle les prix actuels, jugés exorbitants et peu accessibles aux petites bourses, obéissent au principe de l’offre et de la demande ainsi qu’aux indices boursiers mondiaux, lesquels étaient caractérisés ces derniers mois par une flambée des cours des matières premières entrant dans la fabrication des aliments de la volaille.
Des justificatifs rejetés en bloc par le ministère de l’Agriculture et du Développement rural qui, il y a quelques jours, a mis au centre des controverses le projet de plafonner carrément les prix des viandes blanches afin de préserver le pouvoir d’achat des ménages. La décision serait déjà prise et son application serait imminente, selon le ministre de l’Agriculture qui, rappelons-le, a indiqué également que d’autres mesures seront prises aux fins de stabiliser les prix des œufs et des viandes rouges. Ainsi, entre les professionnels de la filière avicole qui justifient la hausse des prix par l’augmentation des prix des intrants et les pouvoirs publics qui veulent faire retomber la fièvre inflationniste à tout prix, les parallèles ne se rejoignent pas. Du moins pour l’instant. En témoignent les déclarations des uns et des autres. En plus de la hausse des cours du soja sur les marchés mondiaux, les professionnels de la filière avicole affirment avoir enregistré une importante pénurie d’approvisionnement en raison de la grippe aviaire qui a eu un impact direct sur le volume de la production nationale. Plutôt que de mettre à exécution son projet de plafonnement des prix, les professionnels de la filière avicole, fédérés sous la casquette du Conseil professionnel de la viande blanche, invitent le gouvernement à travailler sur le contrôle du marché, dont une bonne partie des exploitations évolue dans l’informel. De prime abord, il serait difficile de concilier les avis autour du projet de plafonnement des prix suggéré par le ministère de l’Agriculture. L’idée est intéressante si le marché était totalement sous contrôle et évoluait dans une certaine traçabilité. Le fait qu’une partie du marché évolue dans les circuits invisibles de la production fausse la formation des prix et rend les politiques de régulation plus complexes.
Sur papier, l’idée de plafonner et/ou de stabiliser les prix de certaines denrées alimentaires est intéressante dans la mesure où elle aiderait à réduire l’impact de la hausse des prix de certains produits agricoles frais sur le pouvoir d’achat des petites et moyennes bourses. D’autant plus que les prix des produits agricoles frais ont grandement participé aux poussées inflationnistes de ces derniers mois. Mais, dans la pratique, il serait difficile de vouloir plafonner les prix de certains produits dont le marché, plutôt une partie de ce marché, échappe au contrôle des institutions commerciales et fiscales. A moins que le gouvernement veuille contrôler les prix de sortie des structures de production relevant du domaine public. Quoi qu’il en soit, l’ONS a prouvé, statistiques à l’appui, que les prix exorbitants de certains produits agricoles frais sont sources de pressions inflationnistes. Dans le dernier Indice ONS des prix, daté de septembre dernier, il est clairement mentionné que les prix des biens alimentaires ont marqué une croissance de 0,9%, induite aussi bien par l’évolution des prix des produits agricoles frais que par celle des produits alimentaires industriels. L’augmentation des prix des produits agricoles frais (+1,3%) est due, essentiellement, par celles observées au niveau des fruits (+21,0%), de la viande de poulet (+4,1%) ainsi que de la viande rouge (+4,0%). En août dernier, les hausses étaient encore plus prononcées que celles constatées en septembre. En effet, selon l’Indice des prix de l’ONS pour le mois d’août dernier, les prix des produits agricoles frais ont affiché une variation importante de +7,4%. Des augmentations tangibles ont caractérisé certains produits, notamment la viande de poulet (+14,9%), les fruits (+26,8%) et la viande rouge (+4,4%). Ce dernier produit inscrit une hausse considérable de 23,5% par rapport au même mois de l’année précédente. Au niveau des marchés, les hausses se font sentir et érodent chaque jour davantage le pouvoir d’achat des petites et moyennes bourses. Une intervention des pouvoirs publics au niveau des marchés aidera à anticiper les déséquilibres et à mieux réguler les circuits de production et de distribution. <