C’est aujourd’hui que sera observé le premier jour de la grève à laquelle a appelé l’Intersyndicale de l’Education dans un contexte de tension sociale, marqué par la multiplication d’actions de protestations dans divers secteurs.

PAR MILINA KOUACI
La dernière semaine a été aussi marquée par les messages et observations des officiels entre les appels à l’apaisement des uns et les suspicions des autres, notamment après la marche des agents de la Protection civile.
C’est dans ce contexte incontestablement tendu que le secteur de l’Education nationale a engagé un cycle de dialogues avec le partenaire social qui avait déjà lancé un préavis de grève. Peine perdue. Les consultations entamées mercredi dernier par le département de Mohamed Ouadjaout n’ont pas pu faire changer d’avis les organisations syndicales en colère. En effet, l’Intersyndicale de l’Education nationale a maintenu son appel à la grève de trois jours à partir d’aujourd’hui.
Ce qui donne également de l’épaisseur à cette action, c’est qu’elle réunit 14 syndicats qui font front commun pour un débrayage qui sera ponctué par des sit-in de protestation et ce, en dépit de la mise en garde du gouvernement qui évoque «une exploitation de l’activité syndicale», ont affirmé des voix syndicales.
«… Ces mouvements subversifs visant à semer la fitna et à exploiter leurs situations socioprofessionnelles à des fins douteuses», avait pointé mercredi le gouvernement dans un communiqué rendu public. Les accusations de manipulation indignent les syndicalistes qui refusent de recevoir des leçons de patriotisme de quiconque. «Ils n’hésitent pas à nous accuser à tort et à travers dès que les travailleurs réclament leurs droits», s’offusque Abdelouahab Lamri Zegar, porte-parole de l’Unpef. La grève selon lui est un «moyen par lequel le travailleur fait entendre ses revendications et non un moyen de brader le pays ou l’exposer au danger», insiste-il. Ces accusations ne sont que le reflet de «l’échec du gouvernement et de sa politique dans la résolution des problèmes socioprofessionnels» que différents secteurs posent, pas uniquement l’Education nationale, indique-t-il.
«La multiplication des actions de grèves sont une réaction logique devant le mutisme et l’inertie des différentes tutelles vis-à-vis des revendications socioprofessionnelles restées en suspens», ajoute le responsable de l’Unpef. «Qu’attendent les décideurs des travailleurs lorsque les autorités compétentes leur tournent le dos quand leurs situations professionnelles ne cessent de se dégrader ?», poursuit notre interlocuteur. Il renvoie les protestations qui ont marqué le secteur de l’Education dernièrement sans aucune couverture syndicale à «la tutelle et au gouvernement qui n’ont pas su apaiser et rassurer les travailleurs en passant à des engagements concrets». Pour lui, «les syndicats autonomes ont constamment soulevé les mêmes revendications auprès des autorités compétentes sans suite. Ce qui a incité les syndicalistes à observer des actions de protestation disparates». Le porte-parole de l’Unpef appelle ainsi le gouvernement à engager un dialogue sérieux avec les syndicats du secteur. «Nous savons que le département de Mohamed Ouadjaout ne dispose pas de marge de manœuvre lui permettant de trouver des solutions aux revendications soulevées. C’est le gouvernement qui a la compétence et la prérogative de répondre aux doléances soulevées. D’ailleurs, les réunions qui ont eu lieu avec le ministère de l’Education au cours de la semaine passée n’ont servi à rien», regrette M. Zegar.
M. Ouadjaout a signifié à l’Unpef son intention de prendre le temps nécessaire pour élaborer le statut social de l’enseignant. Mais le syndicat rappelle avoir consacré des années dans le dialogue avec l’ancienne ministre du secteur Nouria Benghebrit mais sans résultat concret. Il espère que le gouvernement ordonne «la prise en charge de nos revendications pour la stabilité, la sérénité dans le secteur et pour une école de qualité», exprimant toutefois son «pessimisme et dénonçant la politique de fuite en avant des autorités compétentes».
Jeudi, les services du Premier ministre ont indiqué que «la recherche de solutions adéquates aux différentes revendications socioprofessionnelles doit se faire dans le cadre d’une approche progressive qui prenne en ligne de compte les répercussions et les retombées de la crise économique et sanitaire que traverse le pays»
Il a été mis en avant, à ce titre, «la détermination du Gouvernement à poursuivre le dialogue avec les partenaires sociaux». Mais le message ne semble pas avoir dissuadé les syndicats qui tiennent à leur action de protestation.