Très prochaine arrivée de poulets surgelés d’importation sur les étals, alors que le tubercule local risque d’être concurrencé par celui de producteurs étrangers, ce qui inquiète nos agriculteurs.

Par Bouzid Chalabi
L’option de recourir exceptionnellement aux importations d’appoint, comme l’envisage le Président de la République Abdelmadjid Tebboune, qui, de toute évidence, concerne uniquement la viande blanche et dans une moindre mesure, la pomme de terre, répond sans détour à la cherté actuelle de ces deux produits de très large consommation, d’autant qu’il n’est pas possible que ces deux produits connaissent à court ou moyen termes une baisse de leurs prix. Au contraire, ils risquent de connaître une ascension dans les jours à venir. Le président de l’Association de protection et d’orientation du consommateur et son environnement (Apoce), Mustapha Zebdi, juge que «devant l’impossibilité de solution immédiate qui puisse stabiliser les prix de la volaille, l’alternative de recourir à l’importation devient incontournable». Ce dernier, approché par Reporters, approuve donc la décision du chef de l’Etat la qualifiant même de «courageuse».
Soulignant que cette option «vise à ne pas priver les citoyens de viande blanche en lui offrant la possibilité de s’alimenter à un prix qui corresponde à son pouvoir d’achat». Ce dernier de rapporter également que «la décision de passer à l’importation s’imposait dans la mesure où le marché de la volaille, en amont et en aval, reste miné par un dysfonctionnement criant. Toutes les mesures prises jusqu’ici n’ont pas produit l’effet escompté. En résumé, le marché manque de stabilité et pour la retrouver cela demande du temps. Chose que l’on peut se permettre sur le strict volet des besoins de consommation de ce produit animal». Il dira enfin : «A cette situation exceptionnelle, des mesures exceptionnelles s’imposent quand bien même des centaines d’aviculteurs craignent que le provisoire s’installe dans la durée». A propos des aviculteurs, le président de la filière, Moumen Kali, approché par nos soins, confie : «Nous soutenons l’option d’importation, car il est évident qu’avec les prix actuels, les consommateurs sont durement impactés. Et devant la possibilité que la situation s’accentue, le recours à l’importation exceptionnelle devient inéluctable.» Cependant, ce dernier indique : «Nous allons rencontrer le ministre de l’Agriculture et du Développement rural aujourd’hui (ndlr : hier) pour débattre de cette initiative et aussi tracer le mode opératoire qui concilie les aviculteurs et le ministère de tutelle. A notre question de savoir si le processus d’importation sera rapide, contrairement à celui de la viande rouge, Kali demeure convaincu. «Comme il s’agit de poulet congelé et très disponible chez les fournisseurs étrangers, les opérateurs verront leur commande conclue tout au plus, dans les 36 heures.»
Concernant la pomme de terre, l’éventualité de son importation risque fort de ne pas se concrétiser. En effet, du côté du Conseil interprofessionnel de la filière pomme de terre (CNIF/PT), on doute fort que cela puisse se produire. Le président du CNIF/PT Ahcène Guedmani, approché par Reporters argue dans ce sens : «Nous sommes à la veille des récoltes d’arrière-saison et, compte tenu de la grande superficie emblavée de pomme de terre, cela va suffire à rééquilibrer l’offre et la demande. Et du coup, la tendance à la baisse des prix sera de retour». Et de reconnaître que «d’ici là, les prix vont encore grimper». Pour l’éviter, le recours à l’importation demeure la solution idoine. Sur ce dernier point, le président du CNIF/PT explique : «En supposant que les importateurs fassent vite, le risque de se retrouver avec un marché où la pomme de terre locale est concurrencée par celle importée est fort probable. Un cas de figure que redoute les producteurs locaux dès l’instant où le tubercule local ne sera pas concurrentiel avec celui importé car le coût à la production du premier est nettement supérieur à celui importé». Enchaînant dans cette comparaison : «Il va falloir donc trancher, mettre en avant l’intérêt des producteurs locaux et, par ricochet, contraindre les citoyens à patienter avant que les prix baissent et donc exclure l’importation de pomme de terre.»
En somme, s’il est certain que le poulet d’importation sera sur les étals des marchands de volaille très prochainement, ce ne sera pas le cas pour la pomme de terre, à moins que les prévisions de récoltes d’arrière-saison ne se concrétisent pas. Nous le saurons à la fin du mois de novembre. Mais d’ici là, les paniers des consommateurs seront sensiblement moins pleins de pommes de terre. n