Hier, à la veille du 28e Sommet de l’UA, le Maroc s’est montré confiant concernant l’acception, par les Etats membres, de sa demande d’adhésion. Une source diplomatique marocaine citée par l’AFP a en effet affirmé hier que Rabat bénéficie du «soutien inconditionnel» de 42 pays africains concernant se demande d’adhésion.

Si l’on en croit ce diplomate marocain et sauf rebondissement de dernière minute, «le Maroc va officiellement devenir le 55e Etat membre de l’organisation panafricaine» à l’issue du Sommet. Une éventuelle adhésion face à laquelle les Sahraouis semblent bien préparés, s’appuyant notamment sur le volet juridique de l’Acte constitutif de l’UA. Pour le chef de la diplomatie sahraouie, Mohamed Salem Ould Salek, l’actuel sommet de l’UA «mettra le Maroc face à ses responsabilités historiques et juridiques». À ses yeux, «la demande d’adhésion du Maroc à l’UA exigeait un traitement spécial par l’organisation dans le sens où le Maroc n’était pas un pays comme les autres, mais un pays qui occupe un autre Etat africain, qui est également membre fondateur de l’organisation, donc un pays colonisateur avec un régime identique au régime abject de l’apartheid». Si, officiellement, Rabat a ratifié il y a quelques semaines l’Acte constitutif de l’organisation panafricaine et n’a pas assujetti son retour par l’exclusion de la République sahraouie ou le gel de ses activités au sein de l’UA, les Sahraouis se montrent prudents et estiment que «le Maroc veut d’adhérer à l’UA pour la neutraliser». Selon Bechraya Bayoune, ambassadeur de la Rasd en Algérie, «le Maroc n’a pas l’intention de résoudre le conflit du Sahara occidental». Il rappelle que le Maroc avait quitté l’UA en 1984 pour protester contre l’adhésion de la République sahraouie : «Le motif de son départ persiste, donc il est venu appliquer la stratégie de l’arracheur de l’arbre ; désolidariser le tronc de son arbre pour lui donner un coup fatal», ajoute M. Bayoune qui soupçonne le Maroc de vouloir «diviser l’UA en deux camps, celui des pays pro-Sahraouis et des pro-Marocains».
Le diplomate Abdelaziz Rahabi est du même avis : «Le Maroc a probablement l’intention de diviser l’UA et renforcer les organisations régionales [concurrentes] telles que la CEDEAO et le G5 Sahel». De son côté, l’analyste politique Gilles Yabi, installé au Sénégal, parle des clivages qui «s’installent entre les chefs d’Etat de l’UA» : «La question maintenant est de savoir si le Maroc va être réintégré et, en même temps, si on ne va pas exclure le Sahara occidental de l’UA. C’est sur ce point qu’il y a des divisions très claires au sein de l’UA». Contrairement à la demande d’adhésion du Sud Soudan, tranchée par un avis favorable en l’espace de trois semaines, celle du Maroc est un «cas spécial et requiert par conséquent des organes de l’Union africaine un traitement spécial et différent», car, à ce jour, Rabat ne «respecte pas les frontières héritées du colonialisme».
Peu avant la tenue du Sommet, le roi Mohamed VI ainsi que le président de la Rasd et SG du Front Polisario Brahim Ghali ont, chacun de leur côté, entamé une tournée dans le continent pour fédérer le plus de sympathisants à leurs positions. L’Algérie est connue pour son soutien historique aux Sahraouis, tout autant que l’Afrique du Sud. Mais selon des experts en droit international, le Maroc peut se servir de l’article 32 de l’Acte constitutif de l’UA pour proposer des amendements et révisions des articles qui n’agréent pas sa démarche contre la RASD. Or, selon M. Ould Salek, «le roi marocain n’est pas en mesure d’imposer ses caprices et tempéraments aux autres dirigeants africains ».