Le non-versement des primes Covid, individuelles et collectives, du 13e mois, le non-paiement des heures travaillées durant les weekends, la non-régularisation des avancements dans les échelons, catégories et grades, ainsi que la dégradation des conditions de travail sont à la source de la colère des travailleurs.

Par Khaled Remouche
Après le personnel de santé, le mécontentement est en train de s’élargir à d’autres catégories socioprofessionnelles. En effet, la grogne a gagné, hier, les postiers qui sont, notons-le, en seconde ligne dans la lutte contre la pandémie Covid-19. Les employés d’Algérie Poste ont observé, hier, une grève à la surprise des usagers qui ont dû faire de longues queues pour retirer leur argent en raison d’un service minimum très réduit. Le mouvement de grève répond à l’appel de travailleurs non syndiqués, diffusé sur les réseaux sociaux. Nombre de bureaux de poste à travers le pays ont observé hier un arrêt de travail. Les postiers exerçant à Hydra, Meissonier, Rouiba, Reghaïa, Alger, Zemmouri à Boumerdès, Azazga, dans la wilaya de Tizi Ouzou, et dans plusieurs autres points du réseau d’Algérie Poste ont manifesté leur colère face à un manque de communication de la Direction de l’entreprise. Ce mouvement de grève intervient à la veille du mois de Ramadan, moment choisi, comme ce fut le cas l’année dernière des contrôleurs du commerce, pour peser sur la réponse de la tutelle quant au règlement de leurs problèmes socioprofessionnels.
Parmi les principaux points de leur plateforme de revendications figurent le versement de la prime individuelle, bloquée selon les travailleurs en 2012, et collective, la prime Covid, la rétribution des heures travaillées pendant les weekends, la régularisation des avancements dans les échelons et catégories bloquée depuis 2011, l’avancement dans le grade, le versement du 13e mois et l’amélioration des conditions de travail. Même topo pour le personnel de santé, le retard dans le versement des primes est l’une des sources de mécontentement des travailleurs. Ce qui montre l’incapacité de la tutelle et de la direction de l’entreprise, suivant ces griefs, à anticiper et prévenir de telles frondes sociales. Il est anormal que des postiers travaillent les weekends sans être payés. Si la prime Covid n’est pas également versée, selon les travailleurs, alors que c’est une promesse de la tutelle, il devient clair que ces revendications sont légitimes.
Encore une fois, on peut se demander si le gouvernement ne doit pas jouer dans ces crises le rôle de pompier. Il devrait intervenir de manière ferme pour que les primes Covid soient versées à temps et apaiser les tensions entre les parties en conflit. De même, il devrait veiller à ce que la gestion des entités publiques soit plus moderne, avec des contrats de performances à objectifs pour les managers et une politique de ressources humaines qui motive le personnel avec un plan de carrière attrayant et un mode de rémunération qui bonifie la productivité et la performance.
A noter que ce débrayage sans préavis de grève pénalise les usagers de ce service public déjà éprouvé par une bonne partie de la clientèle de la Poste par les difficultés de retrait de leur argent en raison du manque de liquidité. Selon des vidéos diffusées par les réseaux sociaux, ce phénomène persiste. Aymane Abderahmane a promis récemment que ce problème sera réglé au cours des premiers jours du mois de Ramadan, avec l’injection de nouvelles liquidités à la faveur de l’introduction massive de nouveaux billets de 2 000 dinars. Il est étonnant, ainsi, qu’en dépit de plusieurs annonces optimistes du gouvernement depuis le début de l’été 2020, ce problème n’est pas réglé à ce jour.